La paresse. — La paresse est, avec la méchanceté
un des deux défauts absolument mauvais et dont il n.*^ a rien à tirer.
. Les paresseux comme les vagabonds, les bohémiens,
les chemineaux, sont capables d'efforts violents, pourvu
Qu'ils ne durent pas. Ce qui est pénible au paresseux, qui
est un malade de la volonté, c'est de faire effort longtemps.
Sont de vrais paresseux, les enfants bien portants qui
Jouent avec entrain, mais à qui les efforts d'attention
qu'il faut répéter, comme à l'école, sont insupportables
201. La paresse la plus répandue, c'est la répugnance & réfléchir à l'avance. — Réfléchir à l'avance à ce qu'il faut faire ; examiner comment il faudra s'y prendre, c'est ce que peu de gens s'obligent à faire. L'écolier qui n'a pas pris la décision de travailler à ses devoirs, est, au dernier moment, affolé et bâcle sa tache. Il en est ainsi dans k vie. Ceux qui n'ont pas pris l'habitude de penser à avance à leur travail, sont de mauvais ouvriers : car dans une culture, il faut prévoir de loin, et le jour où tout le monde est au travail pour les semailles, il faut avoir du grain pour semer ! Quand le four est chaud, il feut que la pâte soit pétrie.
Combien de jeunes femmes, par paresse de réfléchir, txe prévoient rien! Elles font cuire le déjeuner au der-
<; nier moment, et quand le mari arrive, la viande est crue à l'intérieur, quoique brûlée à la surface. Les petits pois pourraient servir de gros plomb pour le fusil
W de chasse, tant ils sont durs !
aoa. Cette paresse fait de simples manœuvres. — Les Paresseux pour qui est pénible l'effort de réfléchir à ^avance et de prévoir, que peuvent-ils être? Des ouvriers d'usines, esclaves de la machine, destinés à faire toujours te même geste : racommoder un fil qui casse et remettre te métier en mouvement. Des domestiques médiocres à Vu il faudra donner des ordres précis pour tous les ins-
tants de la journée et qui travailleront sans rien prévoir, comme des horloges qui ne marchent que si elles sont remontées.
ao3. La paresse profonde. — Au contraire, les vrais paresseux ont une répugnance même pour le travail qui ne demande aucune réflexion. Ce qui leur pèse, c'est la monotonie du labeur, et si faible que soit l'attention qu'exige une occupation routinière, elle les lasse.
Et alors ? Alors on a un propre à rien, dangereux, car cette paresse peut prendre toutes les formes d'une volonté malade : imprévoyance* ennui et par suite besoin d'excitations malsaines ; mensonge, etc.
Le paresseux est réduit à la vie animale qui demande peu d'efforts : il n'a ni dignité, ni liberté.
204. Tout paresseux est envieux. — Comme tous les ratés, le paresseux est envieux ; il est jaloux de ceux qui travaillent et sa malveillance en fait un calomniateur. A un camarade qui a vaillamment travaillé et qui est arrivé à une situation, il dit : « Tu en as de la chance ! » On est tenté de lui répondre : « Non, je n'ai pas eu de chance, niais pendant que tu restais au lit tard le matin, pendant que tu buvais et jouais durant des heures chaque jour, je travaillais. On récolte ce qu'on sème ; tu n'as pas semé, il n'est pas étonnant que tu n'aies pas de récolte à engranger ».
Les fainéants, qui n'ont pas réussi dans la vie, sont les plus acharnés à décrier les hommes qui font honneur à leur pays. Le paresseux est aigri, mécontent, envieux et méchant.
ao5. Le paresseux est une sorte de mort. — Le paresseux n'existe guère plus qu'un mort: on ne sait jamais s'il aura le courage d'accomplir sa tâche. Il irrite ceux qui l'emploient, car il ne fait rien consciencieusement:
son air languissant et mécontent est désagréable; jamais
une obéissance vive et instantanée.
*& Si c'est une jeune fille qui balaye, elle ne nettoiera
pas les coins ; elle poussera les ordures sous les meu- Y^ blés. Faute de se baisser pour éponger l'eau répandue,
elle traînera partout ses pieds mouillés et donnera plus ^ d'ouvrage à faire qu'elle n'en fait.
Un enfant paresseux essaiera de copier ses devoirs, de tromper son maître. Toujours distrait, évaporé, Une s'ap- I>lique à rien. Vérifier la règle ou l'orthographe d'un mot svir laquelle il hésite, c'est trop pénible ! Aussi ne fait-il ^Xicun progrès.
Ouvrier, au lieu de réfléchir à ce qu'il fait, et de tra- ^v-^ilier en conscience, il restera routinier et « sabotera » s^ tâche. En un mot, nul ne peut compter sur le paresseux.
206. Criminel par paresse. — Non seulement il est *^ne cause de souffrances par son manque de conscience, **nais encore il peut causer à son patron de graves ^xnuis et se trouver criminel sans le vouloir: une défectuosité dans une barre de fer, dans une corde, peut *^«)ûterla vie à des mineurs, à des ouvriers montés sur un échafaudage; un écrou insuffisamment serré peut causer ^*n déraillement. Combien d'incendies sont dus à l'incurie ^i'un maçon qui, pour s'éviter de la peine, a laissé affleurer "V*ne poutre dans la cheminée !
Ajoutons à ces maux causés par la paresse, les charges écrasantes qui pèsent sur nous du fait des vagabonds, des Coureurs d'hôpitaux et de prisons, des mendiants, des "Voleurs, des ouvriers de mauvais métiers, des journalistes de bas étage, des parasites de tout ordre que nous entretenons à grands frais.
207. Mauvais calcul ! — Le paresseux est bête : il fait ira mauvais calcul ; comme il n'a pas d'habitudes laborieuses* les moindres efforts lui pèsent. Les initiatives que
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lui impose la vie courante : les visites à faire, les lettres à écrire, les démarches à tenter, le travail obligatoire, le service militaire, lui sont beaucoup plus pénibles qu'aux autres travailleurs, et il n'est jamais récompensé pa*" la joie du travail bien fait.
208. Certaines paresses sont guérissables. — Lorsque la paresse, le manque d'entrain viennent d'une santé faible, il faut beaucoup de soins, une bonne nourriture, du soleil et du grand air. Les promenades fatigantes sont nuisibles : il faut un peu d'exercice et beaucoup de repos dans l'air pur. 11 faut veiller à ce que les digestions ne soient pas lourdes et que l'enfant ne soit pas congestionné après le repas. 11 faut ensuite l'habitude du travail quotidien, courageux, mais n'allant jamais jusqu'à la fatigue. Pas de vins, jamais de préparations alcoolisées, mais de l'huile de foie de morue et des glycérophosphates, et, comme dans la guérison de la timidité, il faut s'exercer à des gestes fermes, décidés. Il faut surtout ne pas se décourager et savoir que la volonté se conquiert.
209. Sachons faire l'éducation de notre volonté. — Lorsque la paresse n'a pas pour cause la mauvaise santé, il faut essayer d'un travail agréable. Souvenons -nous qu'avec un tout petit peu de volonté, on peut en acquérir un peu plus, puis un peu plus, et ainsi de suite ». Souvenons-nous, en outre, que la volonté a sa source dans les sentiments et que nous pouvons arriver à aimer ce que nous n'aimions pas d'abord. Par exemple, un enfant prendra goût à son travail s'il fait des efforts, d'abord ennuyeux, pour contenter sa mère. Peu à peu, grâce à l'habitude, et grâce aux satisfactions qu'il ne manquera pas de rencontrer, il finira par aimer réellement le travail
1. Lire plus tard : Jules Payot, V Éducation delà Volonté. Sujets à traiter : Voir page 128.
r. — L'ENERGIE EN LUTTE CONTRE LES FORCES HOSTILES : LE TRAVAIL
^ Sommaire
C'est par le travail que les hommes ont conquis leur iberté intérieure, car le travail est une école pour le :orps, l'intelligence et la volonté.
fi est la forme par excellence de la coopération. Beaucoup de nos souffrances proviennent du mauvais travail e* des mauvais coopéra teurs.
Le travail crée du bonheur par ses effets matériels. Il e*i crée aussi par ses effets moraux sur notre énergie.
aïo. Dans la cage aux lions. — Les badauds admirent ^ne dompteuse dans la cage aux lions : son sang-froid ^^it éclater la supériorité de la volonté d'une femme frêle ^\ir la force bestiale. Mais nous n'avons pas besoin d'aller ^u cirque pour admirer l'énergie. Nous sommes toujours ^omme dans une cage de bêtes féroces et, à chaque instant, sous peine de mourir, il nous faut lutter contre le froid, la faim, la souffrance, la maladie, le malheur, et aussi contre la méchanceté, le mensonge, les abus de la force ou de l'argent.
Pour nos pauvres ancêtres, la lutte était plus dure en- , core : le danger les guettait partout et ils vivaient dans . la terreur.
C'est par le travail que les hommes sont sortis de « cette
118 JULES PAYOT — LA MORALE A l'ÉCOLE
cage aux lions » et en comparant notre vie avec celle des ancêtres, nous sommes émus devant tant d'efforts qui nous ont fait la vie douce ! Gomment pourrions-nous ne pas sentir notre poitrine s'enfler d'espérance, en songeant à l'avenir qui attend nos arrière-petits-enfants ? Le travail» c'est la liberté.
an. L'école du travail. — Le travail donne aux mus>~ clés force et précision; il fait circuler le sang et transforma le corps en une machine obéissante et bien réglée. EOoutre, il est l'école de l'intelligence : il apprend à obser-^" ver avec soin, et « à ouvrir l'œil ». Le menuisier, le maçoE^ ont à prendre leurs mesures exactement; le fondeur, 1^ forgeron doivent avoir du sang-froid et du « coup d'oeil » *£** chaque ouvrier évalue l'étendue, le poids, le degré de du-^reté des matériaux dont il se sert. Il faut que le paysan, pour tracer son sillon droit, fasse attention. C'est pour — quoi Anaxagore disait: « L'homme est intelligent parce ^ qu'il a des mains. »
212. La dissipation punie. — Des contremaîtres que nul ne trompe, surveillent le travail et punissent toute dis- sipation : ils ne pardonnent jamais. Ce sont d'impitoyables éducateurs ! Ces contremaîtres qu'on ne peut mystifier, sont les lois naturelles : menuisier, tu as mal pris tes mesures ? Tu referas cette fenêtre 1 Tourneur, tu as mal calculé ton pas de vis ? Recommence ! Et tous sont punis : le cordonnier qui a mal coupé son cuir, la couturière qui a donné un coup de ciseau de trop ! Le mal est irréparable.
Le médecin malpropre qui opère sans prendre toutes les précautions d'asepsie, empoisonne son malade que nul ne sauvera.
Quoi que fasse notre fillette, si elle a laissé bouillir son œuf plus de trois minutes, jamais plus il ne redeviendra un œuf à la coque !
^ La mère qui soigne son enfant avec des remèdes de
l'énergie en lutte contre les forces hostiles 119
y bonne femme le tue et nul pouvoir humain ne le ^ ressuscitera!
C'est ainsi que tout travailleur paie sa sottise.
ai3. La précipitation punie. — La précipitation est châtiée avec autant de sûreté. Mauvaise affaire que d'être énervé, « emballé ». A quoi sert de se fâcher contre le fer, le bois, la pesanteur ? Que le paysan peste ou non, la récolte ne lève pas un jour plus tôt.
Nous sommes pressés ? C'est bien : ce tison qui n'est pas pressé de se refroidir, nous brûle cruellement. Observons les camarades : l'un toujours affairé et inattentif, se cogne la tête, se pince les doigts, se donne des ooups de marteau sur la main : tout lui est ennemi. Les ohoses s'ingénient à faire mille espiègleries aux impatients ! L'enfant réfléchi, calme, trouve les objets dociles, <^t il n'a à souffrir ni de leur malice ni de leur taquinerie. £ji grande règle de vie, c*est de ne faire qu'une chose à la *fois, avec calme.
ai4. Le désordre puni Regardons le matin, le petit
ïaul qui est en retard pour aller en classe : comme tout "va de travers pour ce petit garçon qui n'a pas d'ordre !
Au lieu d'agir avec d'autant plus de méthode qu'il est plus pressé, il s'impatiente : au lieu de chercher objet par objet, il pense à tous à la fois et ne trouve rien. Il s'affole : on a caché sa ceinture, son béret, on a pris son cahier; les choses semblent se moquer de lui et éprouver du plaisir à l'affoler! 11 est de si mauvaise humeur, si maladroit, qu'il fait rire tout le monde. Il part exaspéré!
Comédie amusante que donnent les impatients, depuis l'agité qui agace par ses questions les employés parce que le train n'arrive pas à l'heure, jusqu'à l'ouvrier désordonné qui ne trouve jamais ses outils. En ramassant ses copeaux, il se coupe grièvement : le ciseau qu'il cherchait lui enseigne l'utilité de Tordre.
2i5. Ordre et méthode toujours nécessaires. — H faut de l'ordre partout. « Pour faire la soupe, il a Mu penser par avance à tout : acheter un morceau de viande, avoir dans sa poche l'argent pour le payer, au bras le p nier pour le mettre, aller au jardin, arracher des carottes ou couper un chou, mettre l'eau sur le feu. Il faut avoir du charbon prêt, les légumes épluchés, et quand l'eau est encore froide, y mettre viande et carottes. Il faut écumer la surface, saler le tout, etc. La méthode consiste à faire, au moment convenable, chacune de ces opérations. Pas de méthode, pas de soupe, mon bonhomme! » Eh! bien, tout ce qu'on fait dans la vie, si on veut que la chose réussisse, doit être fait avec méthode.
Beaucoup de femmes compliquent leur travail faute de réfléchir. Il faut toujours se demander pourquoi on fait ce qu'on fait et comment il faut le faire. Ainsi, on ne balaiera pas une pièce en laissant
^ ouverte la porte d'une pièce voisine déjà nettoyée. Mieux encore, on ne balaiera pas à sec, puisque balayer
^ c'est déplacer la poussière et non l'enlever. Il n'est pas un détail du ménage qui ne puisse être amélioré avec de la réflexion, et il n'y a pas une jeune fille sur dix qui essuie sa vaisselle intelligemment, bien assise devant la table.
216. Initiative et décision. — Le travail donne de Finitiative ; il est nécessaire que la volonté soit prompte : quand il faut lever une charpente, soulever de lourds fardeaux, emplir un moule de fonte en fusion, chacun doit être alerte, voir vite et agir sans perdre une seconde.
Une maîtresse de maison qui a des invités, doit avoir la décision et le coup d'oeil d'un général sur le ^ champ de bataille.
Aussi, faisons vivement ce que nous faisons. Écoliers, mettons-nous rondement à notre leçon, à notre devoir.
l'énergie en lutte contre les forces hostiles 121
N'attendons pas pour nous mettre au travail de nous sentir « en train ». Quand nous voulons sauter, nous prenons de l'élan; de même, quand nous commençons un devoir, faisons d'abord quelques efforts pour prendre de l'élan et l'ardeur viendra tout de suite. Il faut se mettre au travail même sans goût, car dès qu'on a fait quelques efforts, l'entrain vient.
217. Le travail a créé le pain. — La plupart des plantes qui servent à notre alimentation ont été créées par l'homme; des générations de cultivateurs les ont améliorées. Le froment ne pousse nulle part à l'état sauvage : c'est l'intelligence et le travail humains qui l'ont fait.
Aussi regardons avec respect le pain qu'on met sur la table. Que d'intelligence et de travail il représente! Avec le boulanger qui pétrit sa farine, collaborent les hommes qui ont inventé la culture, amélioré le blé, perfectionné le labour, les semailles, les moissons, imaginé le fléau, puis les machines à battre, à vanner ; qui ont découvert l'art de broyer le grain pour en faire la farine, l'art de faire la pâte; trouvé le levain, les propriétés de la cuisson.
Nous ne connaissons pas le nom de ces bienfaiteurs, mais ces amis morts travaillent en quelque sorte avec le boulanger. D'autre part, les paysans qui ont cultivé leurs champs, semé, récolté, etc.; les ingénieurs et les ouvriers qui ont construit les routes, les chemins de fer, les locomotives et les wagons qui ont apporté le blé, etc., tous ont travaillé à me donner le pain que je mange.
2 1 8. Les anges gardiens. — On disait dans le temps que chaque enfant avait son ange gardien qui veillait sur lui et qui 1 aimait. Chaque travailleur en a des milliers. Le bûcheron n'est pas seul dans sa forêt: il est entouré d'invisibles collaborateurs qui sont ses anges gardiens. A chaque coup de cognée qu'il donne, l'univers collabore
122 JULES PAfOT — LA MORALE A L'ÉCOLE
avec lui, ajoutant à sa force celle de la gravitation universelle. Avec lui collaborent aussi les efforts de millions d'âmes humaines qui ont peiné, et passé par des alternatives de tristesse et de joie! C'est non" seulement la pesanteur terrestre qui aide le bûcheron à entailler le chêne, mais,. avec lui assènent les coups, les innombrables inventeurs et travailleurs qui ont peu à peu remplacé la hache de silex préhistorique par le terrible tranchant de la cognée d'acier.
219. L'égoïste coopère malgré lui. — La coopération est inévitable au point que l'égoïste lui-même ne peut travailler pour lui seul. Le paysan avare et dur, qui défriche un coin de terre, qui draine un marécage, qui arrache une mauvaise herbe, qui détruit une bête malfaisante, assainit son pays. Sans penser à autre chose qu'à son gain, il travaille pour tous : ses pensées sont égoïstes, mais ses actes sont féconds et généreux. L'avare sordide se trouve, en fin de compte, avoir accumulé du bonheur et de la joie pour autrui I
220. Le travailleur crée du bonheur. — Vivifions notre travail par la pensée du bien qui en résulte. La réflexion que ce que nous faisons est utile à l'un de nos semblables, à une famille, à une cité entière, ne doit-elle pas nous donner du courage ? Chaque pierre que le maçon élève, chaque coup de rabot du menuisier, chaque coup de bêche du paysan, c'est un peu du vêtement chaud qu'on achètera pour la vieille maman qui nous a tant aimés, pour la fillette qui va à l'école; c'est un peu des bons souliers du petit garçon ; c'est de la bonne nourriture, c'est du feu l'hiver pour ceux qu'on aime!
« La maison qu'on bâtit procurera chaque jour, s chaque heure, à toute une famille, du bien-être et delà joie. Elle sera encore un doux abri, un lieu de réuniof intime, un séjour d'affection après que je dormirai dan*
l'énergie en lutte contre les forces hostiles 123
la tombe. » Quel réconfort que de créer du bonheur pour les autres !
221. Le mauvais ouvrier fait souffrir les autres. — Si le bien que nous accomplissons dépasse le moment présent, il en est malheureusement de même du mal que nous faisons.
Chaque manque de conscience d'un ouvrier se traduit par des souffrances pour quelqu'un. La ménagère, à chaque instant, éprouve de la peine parce qu'un meuble est fait sans intelligence. Combien de gens perdent du temps et se font « du mauvais sang » parce qu'une cheminée tire mal! Le linge brûlé par le chlore d'une blanchisseuse indélicate, s'use rapidement. La nourriture préparée sans soin est mauvaise et lourde, etc. Un romancier célèbre, Emile Zola, est mort asphyxié par une cheminée mal construite.
Un mauvais ouvrier peut donc causer la mort d'autrui. De même, s'il laisse une « paille » dans un anneau de chaîne, il est responsable de la rupture qui précipite au fond du puits une dizaine de mineurs.
222. Impôt formidable sur la désunion. — .Les mœurs du paysan ont été faussées par les gouvernements monarchiques qui avaient peur de la liberté et qui tremblaient dès que quelques citoyens formaient une société.
La république, elle, n'a pas eu peur de la liberté. On lui doit la loi bienfaisante sur les syndicats. Un syndicat agricole qui se fonde, et qui unit les paysans a cent fois plus d'importance qu'un comité politique qui surexcite les haines. Il est des pays, comme le Danemark, où les paysans sont syndiqués. Leurs bénéfices sont plus grands, tandis que les paysans et les consommateurs français, parce qu'ils ne savent pas s'unir, coopérer, s'organiser, payent chaque année sept milliards de francs aux intermédiaires, aux « leveurs », aux acheteurs en gros. Ce
prélèvement est un impôt formidable sur le manque de sympathie et de cordiale collaboration : la désunion se paye cher !
223. Nous avons intérêt à nous unir. — Le jour où les habitants d'un village prendront conscience de la communauté de leurs intérêts, leur situation sera bien améliorée.
Peu à peu, les machines seront achetées par les communes ou par des syndicats. On s'associera pour 1-assurance agricole, pour les irrigations, les drainages, les analyses de terrains, les achats de bestiaux, de semences, de plants, d'engrais. Pour nos paysans, l'isolement c'est la ruine : la coopération les sauvera et les enrichira.
Les haines de village font toujours le jeu de quelqu'un. Nos vrais amis, ceux dont les intérêts sont les nôtres, ce sont les villageois qui travaillent comme nous. Les intermédiaires sont heureux de nos haines, car elles leur permettent de nous rançonner.
224. Le travail nous a sauvés. — Nous devons tout au travail.
Sans lui, la race humaine fût demeurée méprisable. Un monde, qui eût spontanément offert à nos besoins ce qu'ils demandaient, eût été un monde sans efforts, sans travail, sans courage, sans héroïsme et sans génie. « Un monde sans lutte, sans obstacles, sans danger et sans mort, eût fait de nous une race croupissante. La pauvreté est l'institutrice du genre humain. »
Nous devons notre énergie à la lutte contre les difficultés et les dangers.
a Un travail facile, agréable, ne fait pas de robustes esprits, ne donne pas à l'homme le sentiment de sa puis sance, ne le forme pas à la patience, à la persévérance, à la constance de la volonté, cette force sans laquelle tout le reste n'est rien. Ce sont, il est vrai, des maîtres sévères
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