‹ La morale à l'écoleChapitre 22 sur 35 · L' esclavage atténué ou annexion. — Aujour · texte numérisé non relu

L' esclavage atténué ou annexion. — Aujour

d'hui, on n'emmène plus en esclavage les peuples vaincus dans une guerre. L'esclavage s'est atténué : on annexe ur territoire comme l'ont fait en 1870 les Allemands poui l'Alsace-Lorraine. On oblige les peuples annexés à entrei malgré leur volonté dans une autre patrie. C'est un minable abus du droit du plus fort, une forme d'esclavag qui doit disparaître et que notre conscience réprouve.

243. Forme récente de l'esclavage. — Il est un< forme plus atténuée d'esclavage. Vaincus en 187 1, nous avons dû payer aux Allemands cinq milliards de francs Cela impose à chaque famille française une dette perpétuelle de cinq cents francs, soit environ dix-huit francs d'intérêts par an. Un ouvrier qui gagne trois francs pai jour, travaille une semaine « pour le roi de Prusse » soit un an en cinquante-deux ans. Voilà de quel pri: nous payons notre manque de volonté en 187 1, car noui pouvions, avec quelques mois d'énergie encore, éviter d< si cruelles conditions. Si une nation criminelle nom déclarait la guerre, nous devrions vaincre à tout prix,. car un nouveau tribut de guerre rendrait la vie impossible aux paysans et aux ouvriers qui seraient hors d'état de payer les impôts.

244. L'esprit de domination. — Dans la plupart des écoles, on trouve des enfants qui ont l'esprit de domina-

7&n. Ils veulent qu'on leur obéisse : si on joue au cheval, ]k n'acceptent que de conduire. Si on joue à cache-cache, *** veulent bien se cacher, mais non chercher. Ne jouez Pas avec ces despotes : s'ils ne se soumettent pas à la *%le commune, laissez-les seuls. Plus tard, ils rendront la vie dure à leur femme et à leurs enfants.

a45. « Négriers »• — L'esprit de domination est fait rforgueil et de dureté. Si la paresse et l'avarice s'y joignent, ces vilaines passions s'entendent à établir un véritable esclavage autour d'elles. Esclavage, le travail excessif imposé à des ouvriers peu payés (salaires de famine). Esclavage, l'exploitation des mousses à bord des navires, des orphelines exténuées de travail au Bon-Pasteur de Nancy (procès de igo3).

« Négrier », l'ouvrier dont la femme en rentrant de sa journée s'exténue à monter de l'eau, à soigner les enfants, à faire la cuisine, tandis que monsieur, assis, lit son journal ou cherche querelle. « Négrier », l'ouvrier qui boit son salaire et oblige sa femme à faire des ménages.

Y Ame de négrier, la femme qui voit son mari travailler et qui n'économise pas, nourrit mal son homme, ne

\t reprise pas le linge, ne raccommode pas les vêtements. Combien de paresseuses empêchent la famille de sortir

^ delà misère!

246. Le poison du servage. — L'ignorance du paysan lui donne la peur de toute autorité. Il accepte qu'un commis d'administration le rudoie, se moque de lui, le renvoie. Il croit que l'autorité peut le mettre en prison à sa guise, que les gros propriétaires disposent de la justice, de la gendarmerie 1 II n'a pas conscience de ses droits, de sa dignité de citoyen. Pactout survit la peur de l'ancien serf taillable et corvéable à merci. Le paysan a encore dans les veines « le poison du servage ». Il n'a pas conscience de la liberté et des droits que lui a conquis la Révolution, et

il n'a pas la fierté du citoyen d'une république. Il a u»— déférence injustifiée pour les gens enrichis même p»— l'usure et pour les « messieurs » même s'ils sont indigne^^ C'est un état d'esprit de serf : il faut que nos paysansne respectent que l'honnêteté, le courage et l'intelligen< ~~

247. Souffrances infligées par le calomniateur. — L est douloureux d'encourir le mépris à la suite d'un men- — songe ou d'une mauvaise action !

Nous avons le besoin d'être estimés par nos camarades- > par nos parents, par nos maîtres. Nos parents ont besoir» d'être estimés par leurs voisins et par leurs amis.

Aussi, celui qui blesse ce besoin, qui ment sur notre compte, qui nous fait du tort, nous cause de cruelles souffrances. Qu'un jaloux, un haineux nous calomnie, etaussitôt les têtes légères qui jugent sur des apparences, et les malveillants colportent le mensonge. Sans que nous sachions pourquoi, les gens nous sont hostiles !

248. Les scélérats ont plus de garanties qu'un honnête homme. — Un criminel est jugé par un jury. 11 peut récuser les jurés qu'il croit trop sévères ou prévenus. Un avocat le défend : il fait venir les témoins qui peuvent dire du bien de lui.

Voilà quelles précautions on prend pour Juger des scélérats ; mais s'il s'agit d'un honnête homme ou d'une honnête femme, personne ne les défend; ils ne sont pas informés qu'on les accuse, ni de quoi on les accuse. N'estce pas à la fois lâche et criminel?

249. Méprisons les journaux diffamateurs, -j- Le journal sert trop souvent aujourd'hui de tribune aux diffamateurs. Il est vrai que, diffamés, nous avons le droit de répondre par un article double de l'article qui attaque; mais les lois sont mal faites, et il est difficile d'obtenir d'un journal qui nous calomnie des dommages-intérêts. Aussi, les adversaires de la liberté, comptant sur l'envie qui *s*t

*^ mal des démocraties, ont essayé de déshonorer les Meilleurs serviteurs du pays, et parfois ils ont réussi.

Nous devons avoir un profond mépris pour les journaux qui admettent la diffamation.

a5o. Ne soyons pas des « receleurs ». — Les souffrances infligées par la calomnie sont graves : c'est une jeune fille qu'on perd de réputation sur de simples apparences ; c'est une servante que sa maîtresse accuse de vol ; c'est un employé, un fonctionnaire qu'on perd dans l'esprit d'un chef.

N'oublie jamais qu'en écoutant une calomnie, tu te fais le complice du calomniateur. Si les honnêtes gens avaient plus de courage, la calomnie serait moins fréquente. Si le receleur est aussi coupable que le voleur, celui qui écoute la calomnie est un u receleur » .

a5 1. Ne poussons personne au désespoir par notre sévérité, — Les enfants sont sévères dans leurs jugements. Ils séparent les gens en bons et en méchants. Ils ne voient pas qu'eux-mêmes sont à la fois bons et méchants. Cette sévérité désespère ceux qui en sont victimes. Si nous avions été mal élevés; si nous avions été entourés de vilains camarades, qui sait ce que dans un moment d'étourderie ou de tentation, nous aurions fait? 11 faut être charitable: sachons pardonner et n'ayons pas une langue venimeuse à l'égard des autres.

a5a. Le médisant. — Médire diffère de calomnier, en ce que le médisant n'invente pas, ne ment pas.

Médire des gens qui ont de petites manies, delà vanité, qui sont paresseux, qui se donnent de la peine pour qu'on les croie riches, c'est bien innocent !

Mais si on attaque la conduite, comme on n'a pas pu faire une enquête et qu'on n'a pas entendu les accusés

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dans leurs moyens de défense, forcément on ment et pa^ suite, on calomnie.

Étant jeunes, nous nous moquions de l'avarice d'unrr" collègue qui n'eût pas dépensé un sou mal à propos. IK^ endurait sans rien dire nos railleries. Plus tard nou^ sûmes que le pauvre jeune homme avait à sa charge son* père aveugle et sa mère impotente.

a53. Guérissons-nous de la jaunisse.— Celui quC— médit est toujours poussé par des sentiments aigres: malveillance, jalousie, orgueil. Il ne peut plus voir la. vérité. Ces sentiments sont comme une jaunisse de l'esprit qui nous fait voir tout en jaune I Aussi, si nous voulons faire notre devoir et nous faire aimer, chaque fois qu'on attaquera quelqu'un devant nous, rendons l'accusation douteuse et gardons-nous de la jaunisse des envieux !

Sujets a traiter. — Que faut-il pour être juste? Pourquoi l'injuste est-il notre ennemi? Pourquoi ne faut il pas tuer? Quels sont les criminels dangereux ? Y a-t-il des criminels sans le vouloir? Qu'est-ce qu'un meurtrier au détail? Y a-t-il d'autres meurtriers? Sont-ils de vrais hommes, ceux qui tuent? Parlez de la légitime défense. La peine de mort est -elle défendable? Est-il beau de se battre? Que pensez vous du duel? Que savez-vous de l'esclavage? Quels sont nos devoirs envers les Malgaches, les nègres, les Annamites? Y a-t-il des formes d'esclavage atténuées? Montrez les maux produits par l'esprit de domination. Qu'est-ce que le servage? Souffrances infligées par le calomniateur. Citer des exemples. Faites la différence entre calomnier et médire.

B. — I*a tolérance.

Sommaire

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Être juste, n'est pas la seule condition qui rende possible la coopération : il faut encore être tolérant. C'est aux intelligences énergiques, que nous devons tous les progrès. Les routiniers et les orgueilleux, en persécutant les novateurs, ont retardé la marche en avant.

a 54. Nos actes plus importants que nos croyances. — Mon voisin est-il honnête, juste, courageux, je l'aimerai, qu'il pratique ou non une religion. Est-il violent, brutal, paresseux, orgueilleux ou avare, je ne pourrai l'aimer, même s'il se dit religieux.

Ce qui fait un bon père de famille, un bon citoyen, un voisin sur qui on peut compter, c'est une volonté solide, droite, juste. Ce qu'on fait, voilà l'important et non ce qu'on pense.

a55. La cause réelle des disputes politiques. — Dans les familles désunies, est-ce parce qu'on ne pense pas de même qu'on se dispute ? Non, c'est parce qu'on ne s'aime pas ; c'est parce que le mari boit ou parce que la femme est paresseuse, ou parce qu'on est orgueilleux, violent...

De même les partis ne se disputent pas parce que leurs opinions politiques ou religieuses diffèrent : ils se disputent et se diffament parce qu'ils se jalousent, se haïssent. C'est le manque de bonté, c'est l'orgueil, c'est l'esprit de domination, c'est l'envie qui font qu'on se veut du mal :

les croyances religieuses, les opinions politiques ne sont que des prétextes.

a56. Les cerises gâtées. — Au marché, les fripons cachent les cerises gâtées sous des cerises fraîches : de même les intolérants essaient de cacher leurs vilains sentiments, haine, envie, orgueil, en les recouvrant de leurs opinions politiques ou religieuses. Il est plus agréable de dire : « Je suis républicain » ou « Je suis royaliste »; « Je suis catholique » ou « Je suis anticlérical » que de se dire : « Je %suis une âme haineuse, orgueilleuse, envieuse ! »

357. Personne ne détient toute la vérité. — Le malheur est qu'on n'essaie pas de comprendre et d'aimer ses adversaires.

Or, la tolérance consiste à les écouter avec sympathie.

Quelqu'intelligent que nous soyons, nous avons besoin que des intelligences puissantes voient pour nous. Combien de ménagères avaient aperçu le couvercle de la marmite soulevé par la vapeur ! Mais Papin, le premier, se dit: « Pour soulever un couvercle qui pèse, il faut que la vapeur soit une force ». Découverte dont les conséquences sont énormes. — C'était facile à observer ! — Oui, mais il fallait y penser 1 — Il en est ainsi partout.

258. Les savants et les philosophes, même s'ils détruisent des idées que nous aimons, travaillent pour établir la vérité. Personne, ni savant, ni académie, ni église ne connaît toute la vérité, car on ne la découvre que peu k peu : les plus. grandes intelligences de l'antiquité et du moyen âge ont cru à la sorcellerie à laquelle nous ne croyons plus !

259. A bas les chemins de fer! — La découverte faite, ceux dont elle dérange les habitudes et lèse les intérêts

&Ont furieux : les aubergistes, les voituriers, les marchands de chevaux ont maudit l'invention des chemins de fer.

Fig. Snt — Les hommes de

PHDGRÉ& HOftT TROP SOU- VENT YICTlMEtâ DES PRÉ- JUGÉS routiniers (Jacquard pousse âtfns le HllOnt).

Les bienfaiteurs de l'humanité, les penseurs, les inventeurs ont eu à lutter contre les préjugés, les routines, les défenseurs de l'erreur menacée par la vérité. Voyez Jacquard, l'inventeur du métier à tisser, que les ouvriers lyonnais voulaient noyer (1810), pour défendre ce qu'ils croyaient être leur intérêt.

Les bateliers ont brisé le premier bateau à vapeur de Fulton.

De même, quand le Christ a prêché une doctrine nouvelle, les croyants et les prêtres de la religion établie l'ont fait mourir.

260. Orgueilleux et moutons de Panurge. — Toute J idée nouvelle trouve deux sortes d'opposants intolérants: les faibles d'esprit ou de volonté et les orgueilleux. Les premiers, moutons de Panurge timorés, peu intelligents, sont affolés lorsqu'on change quelque chose à leur routa.

Les autres protestent par orgueil. Examinons-nous et nous surprendrons un mouvement de mauvaise humeur contre ceux qui se permettent de ne pas être de notre avis. « Se croit-il plus intelligent que les autres ? Nous prend-il pour des sots ? » Voilà ce que nous fait penser notre orgueil. Si nous sommes raisonnables, nous réprimons ce mouvement mauvais, nous écoutons et nous réfléchissons. L'orgueilleux, lui, refuse d'écouter et il cherche à empêcher l'adversaire de parler.

261. La « meute hurlante ». — On ne pourra jamais évaluer le mal que ces intolérants ont fait à l'humanité. Appuyés sur la foule ignorante, ils ont mené une guerre sans pitié contre les intelligences audacieuses, contre les inventeurs, contre ceux à qui nous devons nos progrès.

Qu'on passe en revue Fui ton, le constructeur du pre-* mier navire à vapeur, ruiné et désespéré par la hain^ de ses contemporains; Jacquard, l'inventeur du métie*" à tisser (fig. 27) ; et dans l'ordre de la pensée, Socrate* condamné à boire la ciguë {fig. 28), le Christ crucifié* Luther réduit à se cacher, Galilée condamné à la rétrac -~ tation (fig. 37), Descartes obligé de se réfugier en Hollande, Spinoza excommunié, Auguste Comte révoqué,, Tolstoï anathématisé, etc.

Oui, les bienfaiteurs des hommes, les penseurs, ont eu à lutter contre la meute hurlante des préjugés, des routines, de l'orgueil et des erreurs menacées par la vérité.

262. Carpes et brochets. — Respectons et aimons ceux qui ne pensent pas comme nous : les contradicteurs nous sont nécessaires. Sans eux, nous cesserions de réflé-

Luther,

réformateur religieux

allemand

Descartes,

mathémathicien

et philosophe français

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