SOCRATE
philosophe athénien (470-400 av. J.-C).
Spinoza, philosophe hollandais (1632-1671).
Tolstoï,
écrivain et moraliste russe
(né en 1828).
Fig. 28. — Quelques héros de la pensée libre.
chir, nous nous enfoncerions dans nos habitudes, nos préjugés : ainsi les carpes s'enterrent dans la vase et y prennent mauvais goût si les brochets ne les obligent à se remuer, à rester alertes, toujours en éveil.
Soyons reconnaissants à ceux qui, dans la sincérité de leur conscience, font effort pour détruire les inexactitudes que la longue ignorance, dont nous émergeons à peine, a mélangées à la vérité.
L'erreur seule craint la lumière de la discussion: la vérité a tout à gagner au grand jour. Celui qui abandonne le calme, le sang-froid nécessaires h la recherche, a tort. Ceux qui crient, vocifèrent, injurient, ont. tort. La violence est signe de faiblesse ; celui qui discerne la vérité n'a pas à se fâcher, car la raison est puissante: lorsqu'on l'a pour soi, on a conscience qu'on est soutenu par une force contre laquelle la persécution ne peut rien.
263. L'ancienneté d'une croyance ne prouve rien. — « La suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement. » Les hommes qui vivaient il y a longtemps, étaient ignorants comme des enfants. Si nous sommes plus savants qu'eux, c'est que « nous avons joint à leurs connaissances l'expérience des siècles qui les ont suivis ». Opposer aux vérités d'aujourd'hui des idées très anciennes, c'est comme si on disait à un homme qui n'a pas cessé de s'instruire : « Mais tu ne pensais pas ainsi quand tu avais dix ans 1 Tu avais peur de la nuit, tu croyais au loup-garou, au diable qui emporte les enfants méchants. Donc, aujourd'hui, tu as tort de ne pas penser comme à dix ans » ! Si on vous parlait ainsi, vous ririez. Ils méritent aussi qu'on se moque d'eux, ceux qui voudraient nous obliger à respecter une croyance peu raisonnable, sous prétexte qu'elle est très ancienne.
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264. L'école fcnqoc fiamffce sur le neyca mutuel. — On a fait longtemps une terrible opposition iux écoles laïques, parce que le» républicains înt vrniin <pi in 7 enseignât ara enfant* à se respecter et i Vumer. -sans s'occuper de leurs croyance». Pour :ela 1 tnllait les maîtres capable» de se placer * un pt;inr .ie vie plus élevé que celui des diverses régions. *t i'-ïiiseiiïTier 411 catholique la fraternité avec le juif, jux pr: testants L imcur des catholiques et aux catholiques celui «les protestants. Qui ne voit que, pour faire l'union entr** ces ennemis irréconciliables, il faut l'école laïque foniiee *ur la Loi «ie j:s~ tice qui impose le respect mutuel *aas Usa action •! " opinions ?
a65. Laissons dacn penser librement ! — Il n'y a pas deux enfants, pas deux frères qui aigrit les mêmes goûts, les mêmes désirs. De même, il n "y a pas deux personnes appartenant au même parti po Litige ou à U même religion, qui pensent de même. Entre la bonne vieille qui se représente Dieu comme un vieillard à grande barbe, et un philosophe comme Descartes, quelle différence ! Il n'y a pas deux arbres identiques, deux chiens identiques, et on voudrait trouver deux hommes identiques ! Laissez donc chacun se développer librement, et penser comme il le veut.
366. Ne nous occupons jamais des croyances. — N'imposons rien, sinon le respect de la loi de justice. Sans lui, la société se dissout; c'est le retour immédiat à l'ignorance, à la sauvagerie.
Un incroyant qui est juste est honnête : il sera un loyal mari, un bon père de famille, un bon ouvrier, un citoyen probe. Il sera plus estimable qu'un croyant qui resto avare, dur et égoïste. Ne nous occupons donc jumaU don croyances : la conduite seule nous regarde.
267. C'est l'intelligence qui nous divise le moins. — C'est l'intelligence qui nous divise le moins : la région ou nous sommes divisés, c'est la région basse où grouillent 1 egoïsme, l'orgueil, l'envie, la haine, etc. Au contraire, plus notre intelligence est cultivée, plus nous apercevons que le respect de la justice est nécessaire pour que nous puissions être heureux et pour que nous puissions développer notre énergie et notre intelligence.
268. Les doctrines « dangereuses » elles-mêmes sont utiles. — Quant aux intelligences « paradoxales » qui soutiennent des doctrines jugées dangereuses, elles sont utiles : elles nous obligent à « confronter » nos croyances avec les faits.
Quand on croit un reçu faux, on le rapproche de la souche dont on l'a détaché ; de même quand on attaque nos idées, nous devons les confronter avec la réalité pour voir si elles ne sont pas fausses.
Il n'est pas mauvais que de temps en temps quelqu'un prétende que le pont sur lequel on passe depuis longtemps menace ruine: on vérifie et on le consolide s'il le faut.
Mais gardons-nous de confondre les écrivassiers qui surexcitent les passions basses, avec les penseurs désintéressés.
Sujets à traiter. — Montrez que ce qui est important, ce ne sont pas les croyances, mais les sentiments. Peut-on connaître toute la vérité? La vérité a-t-elle des ennemis? Citez des exemples. Qu'arriverait-il si tous pensaient de même? Que prouve, en faveur d'une croyance, son ancienneté? Sur quelle idée juste repose l'école laïque? Faut-il imposer les idées par la force? Que pensezvous des doctrines hardies?