‹ La morale à l'écoleChapitre 7 sur 35 · Lois du 2 novembre 1892 et du 30 mars · texte numérisé non relu

Lois du 2 novembre 1892 et du 30 mars

53. Conquête de la sécurité, — Ce qui était insupportable pour les hommes de cœur avant la Révolution et sous le régime impérial, c'était l'absence de respect pour la personne humaine : pour une parole ou sur une dénonciation, on vous jetait en prison sans jugement. C'était le régime de l'arbitraire, du « bon plaisir » auquel sont encore soumis presque tous les peuples de l'Asie et de l'Afrique. Songez quelle indignation est la vôtre quand vous croyez que vous êtes punis injustement! Aussi devons-nous tous être prêts à agir si jamais un gouvernement violait les garanties qui protègent la dignité du plus pauvre citoyen.

54. Le petit Français. — L'enfant français est le plus heureux de l'univers. Tandis que le père, autrefois, avait le droit de faire mourir son enfant, vos parents ont le devoir de vous élever et de respecter votre dignité : vos maîtres, plus que les maîtres allemands et anglais, font appel à votre raison.

Bienplus, nous pensons que p^rso/me n'a le droit de vous imposer ses croyances. Vous avez le droit de connaître les découvertes et les idées que la collaboration des hommes a mises au jour. Vous avez le droit de connaître la beauté et la vérité trouvées avant vous : toute l'œuvre du passé, vous avez le droit de la connaître, et c'est l'instruction reçue à l'école qui vous en donne les moyens : aussi avez-vous le devoir d'être de bons élèves, attentifs, laborieux, studieux. Plus on a de droits, plus on a de devoirs.

Il faut qu'arrivé à l'âge d'homme, vous puissiez choisir vos idées.

Mais c'est surtout la jeune fille et la femme qui ont gagné en dignité. Chez les sauvages, elle est condamnée aux travaux monotones, rebutants ou pénibles.

Chez les Romains, la femme restait une mineure ;

LA CONQUÊTE DE LA LÏBEKTÉ HUMAÎNE 31

veuve, elle devenait dépendante de son fils aîné. Le mari pouvait la condamner à mort. En mourant, il

V pouvait lui imposer un second mari. Le père pouvait marier sa fille sans la consulter.

Mais le sort de la vieille fille, de la veuve pauvre et des femmes âgées surtout, était affreux dans l'an-

^ tiquité. Elles étaient réduites à la mendicité dans une société sans bonté, où la charité n'existait pas.

Les premiers chrétiens introduisirent la charité dans le monde. Les petites sociétés chrétiennes vinrent

.-en aide aux femmes âgées, aux veuves, aux orphelines, aux infirmes, aux malades, jusqu'alors abandonnées. Aussi, les femmes pauvres éprouvèrent une joie profonde. Assurées d'être secourues, d'avoir place aux repas du soir qui se prenaient en commun, elles se

y sentirent entourées de bienveillance.

Aujourd'hui encore, en Asie et en Afrique, des

^ millions de femmes sont enfermées pour toujours, et en comparant leur sort avec celui de leurs sœurs

^•musulmanes d'Algérie, les Françaises peuvent comprendre quelle haute dignité elles ont conquise.

Sujets à traiter oralement ou par écrit. — Quels bienfaits devons-nous à la coopération ? Progrès de notre santé, de notre nourriture. Autres progrès à espérer. Nous-mêmes, quels progrès avons-nous faits? Ont-ils été faciles? Qu'entend-on par revenants? Comment lutter contre eux? Qu'est la liberté de penser? Qu'est la liberté politique? Dire en quoi la situation des enfants et des femmes s'est améliorée.

D. — Seule Ventr'aide sociale a rendu possible la liberté. Le choix qui s'impose.

Sommaire

Être libre, c'est n'obéir qu'à la raison. Mais, pas de société, pas de raison : l'homme serait un barbare.

Or, sans justice, pas de société, donc pas de raison, pas de liberté.

Il y a deux versants : choisis d'être injuste et de retourner à la barbarie, ou choisis d'être juste et d'aider à la coopération sociale et au progrès.

Choisis le bon versant, et ne te décourage pas des échecs !

55. Liberté n'est pas folie. — Si un homme, pour montrer qu'il est libre, sautait par la fenêtre au lieu de descendre par l'escalier, nous dirions qu'il est fou.

Il ne faut pas confondre folie et liberté.

Être libre, ce n'est pas faire ce qui nous passe par la tête.

L'homme le plus libre qui fut jamais, c'est Socrate; il ne craignait pas de s'amuser honnêtement, mais quand il le fallait, nul ne supportait plus gaiement la fatigue, la souffrance, la privation de nourriture et de sommeil.

Être libre, c'est obéir à la raison, et n'obéir qu'à la raison.

56. Ce que c'est qu'obéir à la raison. — N'obéir qu'à la raison, c'est refuser de subir la tyrannie de la gourmandise, de la paresse, de la violence.

On ne peut pas compter sur celui qui est dominé par sa gourmandise, par sa paresse, par ses colères. On ne sait pas s'il pourra sortir de son lit, s'il fera avec conscience le travail qu'on attend, s'il acceptera avec calme un reproche mérité. Lui-même ne le sait pas. On dit que l'Enfer est pavé de bonnes intentions. En effet, les faibles ont beaucoup de bonnes intentions ; à les entendre, ils vont en abattre, du travail! Ils n'ont peur de rien, ni de la fatigue, ni de la faim, ni du froid, ni de la chaleur, et pourtant ils ne font rien. Ils tremblent à l'idée d'être envoyés par les camarades faire une réclamation juste au patron; s'il fait froid, ils grelottent et perdent tout courage. S'il faut faire une heure de chemin de plus sans manger, il faut les entendre maugréer! S'il fait chaud, ils sont anéantis.

Cela des hommes libres? Allons donc! On n'est libre que si on n'est pas l'esclave de son corps et de ses passions.

57. Un enfant vraiment libre. — Quand nous pourrons, sans mauvaise humeur, interrompre notre sommeil pour prendre un train matinal, ou allumer le feu au ; milieu de la nuit pour la maman malade, alors nous ; serons libres.

[ Quand nous pourrons supporter sans nous plaindre la i faim, la fatigue, Je froid ou la grande chaleur, alors nous \ . serons libres.

Quand nous nous mettrons courageusement au travail; quand nous ne nous laisserons abattre ni par la pauvreté, ni par la douleur, ni par le chagrin, alors nous serons libres.

Quand la grossièreté des autres ou leurs mauvais procès nous laisseront calmes, sans poussées de colère ni de haine, alors nous serons libres.

Nous serons libres parce que nous obéirons à la raison e* que nous n'obéirons qu'à la raison. Nous pourrons ^ors compter sur nous-mêmes, et on pourra compter sur

Pàtot. — Morale (Élève). 2

nous. Gomme Socrate, nous refuserons d'être esclaves de notre corps lourd et paresseux, et de nos passions. Nous serons vraiment des hommes.

i ° Sans la société, les hommes seraient des brutes.

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