MORALE NÂTURAUSTE ST ALTRUISTE DE M. SPENCER
Les lois empiriques du plaisir subordonuées aux lois nécessaire' de la yie : passage de Stuart Miil à M. Spencer.
Le bonheur social ramené à un équilibre mécanique, et le progrès social à un progrés mécanique. — Nouveau critérium emprunté aux lois nécessaires de la mécanique : la déduction. — Ce critérium est-il plus fixe que Tinduction empirique. — Effort de M. Spencer pour éviter les exceptions et ramener la morale à des lois univer^ selles. — Comment il refuse à Tindividu le droit d*agir d'après une évaluation personnelle et directe du bonheur. — Opposition de cette doctrine avec la tendance au développement de Vindividualité, que M. Spencer considère comme Fessence du progrès même.
Nous avons vu, dans l'histoire de l'école utilitaire, Epi-cure poser dès Torigine, comme fin dernière des êtres' et objet de la morale, le bonheur. Mais le bonheur, objectaient les stoïciens, n'est autre chose que la satisfaction des tendances naturelles, et la tendance même est antérieure à cette satisfaction. Ne poursuivre que le plaisir, c'est donc; s'attacher à l'effet sans remonter à la cause, objet de la morale; la véritable morale est la détermination de ce'
3ui est conforme à la nature ; sa vraie méthode est la déuction : il faut déduire de la nature de chaque être les manières d'être, les mœurs que comporte cette nature.
Ainsi, tandis que les épicuriens invoquaient un fait, la ' recherche du plaisir, les stoïciens ramenaient ce fait à sa / loi, la conservation de l'être. Le stoïcisme apportait ainsi | comme im complément nécessaire à l'épicurisme.
m LA MORALE ANGLAISE CONTEMPORAINE
Ce progrès qu'on voit se produire quand on passe de répicurisme au sloicisme devait reparaître souvent dans i'hisloire de la philosophie. Après Hobbes, par exemple, qui avait renouvelé la doctrine d'Epicure, vint Spinoza, qui la compléta par la doctrine de Zenon. Le plaisir n,iîl du désir; or le aésir n'est autre chose que la tendance à persévérer dans son être, La persévérance dans l'être est donc ( le premier principe de la morale '.
■ De même, au dix-huitième siècle, après qu'Helvétius eut : répété Hobbes, Volney répéta Zenon et Spinoza ^ :
Enfin, de nos jours, au moment où lutilitarisrae semble être arrivé à son apogée chez Bentham et Sluart Mill, nous voyons sa méthode, d'abord exclusivement exjjérîmenlnle et inductive, devenir de plus en plus déductive, remonter à des lois de plus en plus générales, enfin poser au sommet des choses ce principe suprême qui domine rhumanité comme la nature, et dont la moi aie a pour tâche unique de déduire des règles pratiques ; conservation de l'être. M, Herbert Spencer est une sorte de Spinoza positiviste, avec cette difl'erence que, approfondissant davantage le principe de la persistance dans l'être, il en lire celui du progrès dans l'être : toute conservation est une évolution, dit-il. C'est là l'idée capitale qu'il ajoute aux doctrines de Zenon, de Spinoza, de Volney *.
M. Spencer s'efi'orce d'enlever aux règles morales d'utî- •lilé leur caractère hypothétique et arbitraire en tirant son critérium non plus de généralisations empiriques, mais de déductions nécessaires, « La science de la droite conduite, « dît-il, a pour objet de déterminer comment et pourquoi « certains modes de conduite sont funestes ou avantageux.
■ 1. Voir, dons noire Morale d'Epicure, le chapitra consacré à SpîDOza. S. ■ Le bonheur est un élat occidcnlel qui n'a lieu que dons If Jéve-
«loppemenl dvs tiiruliée de rhoii>me et du eyslénie Bocial ; il n'est m poJLil le but imniêdiBt ei direct de la nature; c'esL un obj<>t rte luxe ,■ surajoute à robj^t uËcessBire et rotidanienlal de la conservât ion. • 3, Tandis que. en Anglettrie, la mëlbode inductive se change en t In duel i Te- (le du et ive, Pt que l'objet de la morale devient, au liru du bonheur, effet de la vie, la vie elle-même, un cbaniiemeiit analogue se produit dans notre pays. L'un ài-% rares représenlanta
de l'utiliUiTiïme en France, M. Cuurcelle-Seneuil, propose di
à la rormule du ■ plus grand bonheur ■ ce qu'il appelle m • lurmuie
de la vie ■. • L'hoiMne naii^saiit pour vivre, dit-il, la vie est ks Un.
■ Par consèqupnl, ses actes peuvpnl être jiigèH bons ou mauvais selon , qu'ils tendent à la conservaiioD et à I accroissemenl de la vie, ou,
BU contraire, A la Oiminiilion et i la deslruciion de la vie dans
■ IhumaniLé. La vie dans l'hunianiLé sera donc le critérium du bi.^n et .■ du mal. » {I}f l'util, cojtfïd. conimt prine. de la mor. : Journal des éeonaniisle». sept. iVlii. Si. Winrt ciiiiibineètialement les doctrin--s Jk JoiitTro; et celle des Htililairea [Princifits de la morale toruidirie comme Kience),