LA FIN MORALE ET LES LOIS DE LA VIE
taines causes exceptionnelles, particulièrement e£Bcacesi
Sour contribuer à rétablissement de cet équilibre, mais* ont l'emploi est contraire à la justice? — * En d'autres termes, ne verrons-nous pas se poser de nouveau la terr lible question des exceptions ^ qui, dans la morale utilitaire, est une difficulté essentielle et inhérente au fond même de la théorie ? Le critérium des lois nécessaires de la vie aurat-il sur les gens excei)tionnels ou les circonstances exceptionnelles plus de prise c[ue le critérium tiré des condir tions empiriques du plaisir^ et ne finira-t-on pas par reconnaître que, l'élément exceptionnel se retrouvant dans tous les actes particuliers , on ne peut établir aucune unité fixe de mesure, aucun critérium universel?
Le principe que M. Herbert Spencer place au sommet i de tout son système, et auquel il rattache Vévolution^ est ! le suivant : Toute cause produit plus d'un eiEfet : un môme rayon de lumière, traversant un milieu complexe^ s'étale en une infinité de nuances. Parallèlement à ce
Srincipe, ne pourrait-on poser la loi suivante : Tout eflet, ans le monde sensible , peut être produit par plusieurs causes? Etant donné un ^z , l'hydrogène par exemple^ il y a plusieurs manières de le fabriquer. Appliquons le principe à la morale. Il n'y a pas dans le monde entier, tel que nous le connaissons, œeSet plus complexe à pror duire que cet équilibre final de' toutes les activités hur , maines qui représente, d'après M. Spencer, le bonheur ! suprême. Donc, il n'y a pas dans le monde entier d'e£Pet ' qu on puisse produire par des causes plus nombreuses,' par des procédés plus divers. Mais plus il y a de causes i possibles, plus il y a de choix possibles entre ces causes. Chaque individu, dans ses efforts pour produire le bon-/ heur général, pourra donc suivre une foule de lignes de conduite diverses. Parmi ces voies, quelle est celle que M. Spencer lui conseille de suivre? — La plus courte. — \ Sans doute; mais l'utilitarisme déductif, pas plus que l'util- ' litarisme inductif, ne peut embrasser tous les moyens à laportée de chacun. L'induction et la déduction sont également impuissantes ici à fournir autre chose que des généralités ; alors, encore une fois, que ferez-vous des exceptions et de ces éléments exceptionnels qu'on peut trouver dans toutes les actions individuelles et particulières? Si je vous démontre de la manière la plus rigoureuse que, dans certains cas, le vol ou toute autre injustice est la voie la plus courte pour promouvoir le bonheur collectif , que me •
S72 U MORALE ANGUISE COrfTEHFOBAINB
' répondrez-vous ? Qu'en général elle n'est pas la voie la {)lus courte 7 D'accord ; mais je suis une exception. Je vous prouverai par déduction que je dois voler, comme je vous l'aurais prouvé par induction.
. Si encore la marche de l'humanité vers le bonheur Bnal ^^tait directe, si le progrès avait lieu sans retour en arriére, sans secousse et comme en Ligne droite, on pourrait plus facilement déduire la tâche do chacun. Mais il n'en est pas ainsi. Dans l'humanité comme dans le monde entier, d'après M. Spencer, le mouvement du progrès est rhythmique-, de vastes ondulations agitent sans cesse les flots •humains: nous ne marchons qu'en reculant pour avancer ensuite, et de perpétuelles lignes courhes remplacent la ligne droite idéale. Ce progrès rhythmique, qui ne nous {torte en avant qu'à concfition de nous ramener en arrière, l'individu ne peut-il parfois l'aider par des moyens q^ui, si on les employait toujours, seraient sans doute nuisibles, mais qui, dans certains cas exceptionnels, dans certaines périodes rhythmiques et provisoires, seraient utiles? En ce fiens, ne pourrait-on défendre, au point de vue utilitaire, une morale de coups d'Etat, de coups de force, comme on a défendu h ce même point de vue la politique de coups d'Etat? On pourrait le faire même avec plus d'apparence de raison; car l'injustice d'un particulier, lorsqu'elle reste secrète, n'a pas, utilitairement, les inconvénients d'une injustice politique offerte comme exemple et comme modèle à tous. Les utilitaires doivent moins redouter le crime que te scandale.
En un mot, Ja justice que vous nous proposez est une ' sorte de justice mécanique et abstraite, résultant de l'équilibre des forces sociales; mais, pour produire une telle justice, l'injustice peut servir, et servir parfois mieux que tout autre moyen. Cette injustice, toute mécanique ellemême, entrera comme composante dans l'ensemble des forces sociales; CQ sera une oscillation répondant à une autre oscillation et la détruisant ; elle pourra produire au point de vue mécanique les plus beaux résultats; elle pourra donner lieu aux plus élevantes démonstrations matbémaliques. Qu'avez-vous à lui reprocher? D'après votre critérium, elle aura tous les caractères de la justice; l'bomme injuste, s'il réussit à servir l'humanité, ne méritem pas plus d'être bl&mé qu'un acrobate adroit. II sera en moralO' ce qu'est en mécanique un homme qui marche sur la t^te; qu'importe après tout à i'ulilitairâ comment