CHAPITRE PREMIER
L'IDENTITÉ NATURELLE DES INTÉRÊTS, PRINCIPE DE L'OBI^IGATION, SELON BENTBAM
i,*ÉCONOMIE POLITIQUE, LA POLICE SOCIALE ET LA SYMPATHIE
Néces»tè de donner aux règles de la morale une puissance effective.
— Gomment Tidée « d'obligation morale », incompatible avec la théorie utilitaire, est remplacée par celle d'un intérêt poussant Tindividu. — Si cet intérêt peut suffire dans la sphère individuelle, peut-il suftlro dans la 3pbère sociale. »* Moyens successifs que cherche Bentham pour assurer la réalisation de sa règle morale.
I. — L'identité des intérêts et l'économie politique. — Est-il vrai, comme le croit Bentham, que les intérêts soient dès à présent identiques? — Distinction de la solidarité et de l'identité. — Que l'harmonie économique des intérêts est tout extérieure. — Qu'elle n'est pas aussi constante que le prétendent les économistes. — Les harmonies économiques et les contradictions économiques. — L'économie politique est-elle optimiste ou pessimiste? — L'intérêt seul peut-il produire l'union aes intérêts ?
II. — La crainte et la pouce sociale. — Que la contrainte sociale est et restera sans influence dans une foule de cas. — Que, pour la rendre plus efflcace, il faudrait la rendre despotique. — Que les instruments et agents de la contrainte sociale peuvent se retourner contre la société même.
m. — La sympathie et l'opinion publique. — Gomment Bentham croit qu'on ne ueut faire souffrir les autres sans se faire souffrir soimême. — La sympathie est-elle universelle, régulière et certaine?
— Sanction de l'opinion publique ; son affaiblissement nécessaire dans une société benthamiste. — fe^évéïité mutuelle dans la forme ^
m LA MORAl-E ANGLAISE CONTEMPORAINE
tnda1f;<'nce itiutiicllo dans le fond. — Comment un acte injuste penl être digne de sympatliio pour un beutliamUte, s'il reste seciÀ et s'il produit plus de mut que de bien.
Montrer aux hommes un idéal plus ou moins éloigné et leur fixer des lois aÎJSLraites de conduite, ce n'est pas assez faire; comment les amener à réaliser effectivemeûl cet idéal, à s'incliner devant ces lois?
Les utilitaires n'ont pas sur l'homme d'autre moyen d'action que le désir, et ils n'ont pas d'autre moyen d'exciler le désir tiue le plaisir. Le problème revient donc pour eux il celui-ci : Liant données les règles morales qui indiquent par quelles actions on peut produire ce qui est désirable, faire en sorte que ces actions elles-mêmes soient réellement désirées, d une part en y attachant les plus grands plaisirs physiques ou intellectuels, d'autre part en attachant aux actions contraires les plus grandes peines physiques ou in tel lectu elles, L' « obligation mo- • raie n de la vieille philosophie, le « devoir » proprement dit, il n'y faut évidemment pas songer dans le système utilitaire. Si l'agent moral y est lié à la loi, c'est par un lien sensible, par le plaisir ou par la peine; ce qui fait l'oifigation, c'est la sanction. — L'obligation, ainsi coni;ue, suffira-t-elle? Avant d'examiner en elte-même l'idée de sanction, voyons jusqu'à quel point elle remplace l'idée d'obliffUion, si avec les peines et les récompenses ou, comme disait Saint-Lambert, avec " l'espoir des dragées et la crainte du fouet 11, on peut se passer de tout autre mobile.
Occupons-nous d'abord des partisans de la morale cgoiste. Bobbes, Helvélius, Bentham, et de nos jours M. Bairalt et plusieurs autres. — Votre morale ne peut obliger, dit-on h Bentham. — «Si cela est, tant pis » ', répond-il ;• la vôtre oblige moins encore; l'égoisme, voilà la seule loi et ea même temps la seule puissance efficace. La lilche du moraliste, c'est uniquement de « régulariser l'éi-oîsme «, et pour que l'homme obéisse aux règles qu'on lui pi-opiisa, le seul moyen est de le convaincre qu elles n'ont qu'un but, l'accroissement de son plaisir.
En théorie, rien de plus simple ; je cherche mon plaisir; vous m"indî([uez ta route, je la prends ; tout est pourl" ni'i">ux. Il faudra bien, il est vrai, compter avec certaines gens moroses, dignes disciples des stolques ou des as;:étes,