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aurait pu être acceptëc par Bentham sans y rien changer : Faire partout des aénombremeots si entiers et des revues si sénérales, qu'on soit assuré de ne rien omettre.
Voici, en termes précis, le problème qui se pose : nous avons un principe, une base, l'utilité; nous avons une méthode, la méthode arithméliqae; sur cette base et par cette méliiode, édifier la moralité.
Nous sommes d'abord en mesure, s'il &ut en croire Bentham, de restituer aux hommes la vertu que nous leur avions enlevée. Dès lors qu'il y a des quantités dans le bien, la vertu représentera la quanlité la plus grande : la vertu, ■ c'est ce qui maximise les plaisirs et mmimise les
• peines, c'est ce qui contribue le plus au bonheur •. » On a fait rentrer jusqu'à présent Véconomie dans les vertus; mais ce sont toutes les vertus qui, d'après Bentham, doivent rentrer dans l'économie : n L'homme vertueux amasse dans « l'avenir un trésor de félicité; l'homme vicieux est un pro- « digue qui dépense sans calcul son revenu de bonheur... I La vertu est comme un économe prudent, qui rentre dans
• ses avances et cumule les intérêts. •
Toutefois, l'économie et le calcul, s'ils sont l'œuvre de la froide raison, ne suffisent pas à constituer la vertu et la moralité. Ici, nous devons remarquer un progrès notable, que Bentham fait accomplir à la morale utilitaire. La vertu, dit-il, n'est pas simplement un raisonnement, un calcul; il faut qu'au calcul s'ajoute l'effort, la lutte, le sacriQce d'un bien présent au bien à venir, en un mot une certaine dose i'abnégalim temporaire, sinon déQnitive. Boire, manger, autant d'actes qui tendent & a maximiser » le bonheur et qui cependant ne sont point comptés au nombre des vertus; pourquoi? « Parce que dans leur exercice il n'y a (point d'abnégation, point de sacrifice d'un bien présent
• à un bien à venir... Pour appliquer aux habitudes ou aux
• dispositions d'un homme 1 appellation do vertu, il est « indispensable de supposer que ces habitudes sont accom-
• pagnées (ou ont été jadis accompagnées) d'une certaine c somme de répugnance, et par conséquent d'abnégation '. » Enjoignant amsià l'idée de vertu celle d'elTort, Bentham fait faire à l'utilitarisme un progrès évident que réclamait la logique même du système. Désormais, nous ne serons plus exposés à confondre des actes qui, quoique utiles,
exigent un Irès-minime effort, avec les actes vertueux; nous ne mettrons plus, comme les cyrénaïques, la force du corps, ou, comme Voiney, la propreté au rang des vertus cardinales' ;nous ne mêlerons plus les prescriptions de riiygiène et celles de la déontologie. La vertu, en redevenant une lutte, redevient un travail ; or le travail est un déploiement de volonté, et là où la volonté se déploie le plus, agit et veut le plus, elle est le plus capable de moralité.
Mais, dira-t-on peut-être, Benthara, enjoignant à l'idée de vertu celle d'effort et de lutte, est infidèle au système utilitaire : il n'appelle plus vertueuse toute action utile, mais seulement l'action utile qui a exigé un effort; cependant l'effort, considéré en lui-même, n'a rien d'utile ni d'agréable; Bentham, en jugeant les actes vertueux, se sert donc d'un autre critérium que l'utilité; il abandonne ses principes. — Nullement, répondrons-nous. Il est bien vrai qu'une action donnée, si on la preud à part et indépendamment de la volonté intelligente qui l'a produite, n'est point plus utile qu'une autre par la seule raison qu'elle a coûté plus d'effort. Mais on ne doit pas séparer ainsi les aciions de la puissance intelligente qui les produit. Or, quel est l'homme le plus capable de recommencer, dans toutes les circonstances et m:ilgré les tentations les plus vives, une action utile? est-ce celui qui a accompli une première fois cette action sans effort, par une simple disposition d'esprit et par une inclination momentanée, ou est-ce celui qui l'a accomplie avec effort, avec lutte, avec abnégation? En mécanique, on peut calculer la dislance que parcourra un mobile, étant données sa force et l'intensité des forces inférieures qui lui résistent. Il en est de même en morale. Si la vertu d'un homme est l'œuvre de ses efforts, cette vertu plus intense trouvera moins d'empêchements dans les accidents ordinaires de la vie; elle les liaiicbira sans peine; elle résistera, inaltérable, aux épreuves; ce sera donc un capital plus sûr. Le cuivre a toujours moins de valeur que l'or, parce que l'or est plus inaltérable, La vertu de l'homme courageux est comme une vertu d'or, et l'eau régale ellemême, qui décompose l'or, ne la ternirait pas. Cette vertu d'effort a donc plus de valeur; elle subsistera plus longtemps : elle aura, si l'on regarde non seulement le présent, mais le possible et l'avenir, plus de vraie uliUlé.