Stiart MiU, Vtilit., loc. cit
OUYAU. *0
de découvrir les^ lois qui règlent le monde économique, mais, ces lois découvertes, de s'en servir pour refaire ce monde, de répandre partout la richesse et le bonheur, et en même temps que la richesse, en même temps que le bonheur, l'honnêteté qui en est inséparable. Sans doute nous ne possédons pas, dans le présent, des moyens absolument efficaces pour lier et obliger l'humanité à son devoir; mais la vieille morale a encore pour de longues années de vie : les préjugés ont de profondes racines, et on les ébranle plutôt qu'on ne les arradie. Jusqu'à ce que la société soit transformée, il n'y aura guère de benthamistes conséquents ou influents; et une fois qu'elle sera transformée, il pourra y en avoir sans danger. Si Tassociation des idées ne constitue pas en quelque sorte une obligation définitive, elle en peut du moins constituer une provisoire, et c'est tout ce qu'il nous faut en attendant l'organisation idéale de la société. Telle est la bienfaisance de la nature, qui est, elle aussi, utilitaire : elle ne fait disparaître Terreur même que lorsque l'erreur a cessé d'ôtre utile.
A vrai dire, répondrons-nous, les doctrines passent plus vite de la théorie à la pratique que ne semblent le croire les partisans de Bentham et de Mill. Vous nosez cette majeure : € Chacun, au fond, ne suit et ne aoit suivre que < son plaisir » ; ne vous étonnez jsas si, sans attendre votre organisation idéale, je tire immédiatement cette conclusion : « Lorsque, en fait, moix plaisir s'oppose au t vôtre, je dois sacrifier le vôtre ». Ce qui caractérise la morale anglaise contemporaine, c'est qu'elle déduit de son * principe, dans l'idéal, des conséquences toutes contraires a celles qu'il comporte dans la réalité; soit; mais enfin sommes-nous dans l'idéal ou dans la réalité? En attendant l'idéal, où chaque homme aurait la liberté de penser et d'écrire, Helvétius n'avait-il donc pas raison, au point de vue du pur intérêt, de renier {)ubliquement devant la censure les
Îrincipes qu'il affirmait plus que jamais en secret? La [ettrie, courtisan de Frédéric le Grand, réalisait aussi sa propre doctrine. Enfin Volney, acceptant, après avoir flétri le coup d*État de brumaire, une place au sénat impérial, n'était pas non plus infidèle aux principes de l'intérêt Chez des hommes conséquents (et les Français, en général, le sont plus ^ue les Anglais), les principes doivent ''^ leurs conséquences : or, du principe ae l'égoîsme mt tirer autre chose que des conséquences égoïstes f '^ peut guère poser aux hommes des règles provi-^