Pauéet^ art. X
% Penséeê, ait. X, 1.
à la fois la cause la plus irrésistible et l'instrumeat le plus , sur. Là où riodividualité disparaît, on ne tarde pas à voir ; apparaître la servitude, et rabaissement moral engendre i l'abaissement politique, qui l'exploite et l'accroît encore. L'idéal que nous propose ici la morale à la fois égoïste et altruiste a été déjà en partie réalisé, même par des morales qui s'inspiraient d'un autre principe. Cette sympatlue passive, cette vertu d'habitude et de rite, cet altruisme devenu un besoin, qu'est-ce autre chose que la vertu prèp-chée et pratiquée par les bouddhistes dans certaines parties , de l'Orient? La religion de Bouddha diffère peu sous ce rapport de la morale ou bonheur, et elle a produit les mêmes ' 'effets. Résignation, oubli de soi-même, douceur, charité passive : tel est bien l'idéal qu'on trouve réahsé dans ces villes de l'Indo-Chine où un vol est une rareté et un crime un sujet d'étonnement. Mais cette résignation inerte, cet oubli de soi-même qui est en quelque sorte involontaire, -cette douceur molle, cette charité machinale recouvrent un réel abêtissement, une servitude intellectuelle et politique sous la domination des préjugés et sous te gouvernement des prêtres. Le progrès de la pratique morale et en quelque sorte du rite moral cache une d^radation de la moralité même. Comme on fabrique en Orient des « machines h prier », on fait de l'homme une machine k bien agir, et c'est l'éducation qui en fournit le grand rouage.
Est-il rien de plus dangereux, en général, qu'un système d'éducation nationale où l'Ëtat façonnerait les inoividua non pour eux-mêmes, mais pour lui-même, non pour dé- "velopper leur valeur, mais pour servir sa propre utilité, et qui se changerait aisément en un système d^xploitaUon ? Est-il rien de plus dangereux, en outre, que de comprendru comme à rebours l'éducation et, au lieu de développer avant tout le sentiment de la personnalité pour ennoblirles penchants, de développer les penchants aux dépens de la personnalité? On peut aire qu'Helvétius, au moment même où il s'élevait avec le plus de force contre le despotisme et la servitude, travaillait sans s'en douter à les ramener par son système d'éducation. On peut dire aussi que Stuart Hill, cet ami si sincère de la liberté civile et de l'mdividualisme, trav^Ue pourtant à faire disparaître la liberté et à eflacer l'individualité. C'est d'ailleurs ce que, lui-même, il semble reconnaître avec franchise. Après avoir exposé ce q^u'il entend par l'idéal de la morale utilitaire, et après avoir parlé de la solidarité qu'il voudrait voir établie entre les hommes,