‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 120 sur 138 · C-^î ^ ii^'iTine lia n-ru mord -j-ii, aa premiier at-onî · texte numérisé non relu

C-^î ^ ii^'iTine lia n-ru mord -j-ii, aa premiier at-onî

eaat&Dçt^miLî. Beatkam sieciriiuc ooa:re la théorie de aiaflfcwi:rT'«'îeHiiine.>Maimeïi':LLecùtété aveo la sien ne ai an*» Li*~aLeiHaùle exiatatËet±oa. C'est p-i'irtaot vers cette dartrne in «u «tfr«/. nuHâti-^ i L'.i;<ie des donaées de I3 sdectx pb.ysok'iœ'pie. ■■pte *feci::ieQt înoliner par la force des chiisifs les pios récente rç; ré^ntints de lêcole an-

>>:-*is iTTiB, *el«3D M. Spenijer, on instinct moral acçns par 1" -spâ-JrQire. trmsforné p;ir l'évolutioD et •.ransnus zar ITiêrwtte. Crf înstiii'jt est devenu un véritible sens m-:r*I. » De m^ce que. î-rloQ moi, dit M. Spencer,

• lliiniitioQ de l'espace posseCee par an individu vivart a

■ ete '(T :Tiiit des eiperîences or^rinisêes et consolidées des

■ :n'lvi']us qui Tout précédé et qm lui ont légué leurs orga-

■ 2isaw-2i nerveuses lenieoieat développées, de même je « cr>is qi^e les expériences dutilité, organisées et conso- « lidees .1 travers toutes les générations passées de la race « hutnaiae, ont produit des mi>iUÎLations ner\"euses corre^ < pondriaies qui. par transmission et accumulation conL-

• nues, sont devenues chez noiis certaines facultiz^s dintui- « tioa morale, certaines émotions répondant à une conduite

• juste ou injuste, qui n'ont aui une base apparente dans les

■ expériences d'utilité individuelle '. ■

1. tfttrr à SzKorr Hûl. cilée par il. Bain IMfnt. tmà mor. j^ifjt«, p. 72)'. — Ëiail'i^iirsi ; « Si. par les progrès d^ l'espèce et par Tes péri pnce qu'ils

• oal ■■:i]UL£e des e0ets <ie leur eotiJuite, les bommes n'araient peu à

• peu li>tme des ^enêralisaUoDs et dùf principes de morale; si ces prin-

■ ripes n'avaient etê. de generaUon en tieDéralion , inculqués par les

• parenU a leurs eofanls, proclames par l'opinion publique, sanctifiés

• mr la religion... ; si. sous l iiilloence de ces moyens puissants, les

• kâhiiiiiff If i'élaïtnl mofii/ièfs. el si les sentiments qui y correspondent

■ des éttes oryanigiieTni^iit moraux, il est certain que la suppression des

• moiit^ énergiques et précis ériiclés par la croyance rpcue serait suivie

■ de resullala désastreux. » (Premiers Principta, p. 126.J

>i caaes de M. Spencer rentermenl l'idée maîtresse qui domine son ^~ i™?.. ,,, I,.,., w. )„ „, — I. ....„ï„Hn» »(.(,, Une théorie -■—■ "-■

'.n Analelerre, un moindre en France; a la .Manche A de nombreuses objecrl ta défendre contre quelqueis-unes ■^, d'autre part indiouer ce qu'elle :,iLere, el rechercher le vrai rûle que

jamais les ■ eipériences d'utilité ■ I <{ui resiiemble k un sentitnenl im-

Hiji dniii' les termps mêmes. Lorsque :n d'uliliti organisées à travers le»

rORXîA^NISME MORAL ET LINSTINCT MORAL 327

Pour Stuart Mill, c'était tel individu donné qui, en asso-| ciant ses propres idées de telle manière^ se nécessitait à; teUe ou telle action. Doctrine insuffisante pour produire! une nécessité durable; car, ce que je fais moi-même, je puis le défaire; ce que j'associe moi-même, je puis le separer.i M. Spencer va plus loin. D'après lui, la douleur ou le plaisir, j qui s'associent à tel ou tel acte, ne viennent pas de nousj seulement; plus haute et plus lointaine est leur origine f ceux-là mêmes qui nous ont engendrés, les ont engendrés en nous. En eiSet, la loi de l'association n'a-t-elle pas agi sur ceux qui nous ont précédés non moins que sur nous ? ■,

Sênérations humaines», il s'agit évidemment de Tutiliié générale comme e Tutilité personnelle. Lps « expériences > et les t généralisations • de nos ancêtres portaient non moins sur Tintérét de leur famille ou de leur tribu que sur leur intérêt propre. Dés Torigine de Thumanité se sont' formés quelques sentiments altruistes, et c'est pour cela que nous^ retrouvons ces sentiments grossis à l'infini dans la société actuelle. H ' ne faut pas (comme semble par exempfe le faire M. Husson [Macmillan ! Magazive, 1869] ) prêter à M. Spencer la pure doctrine de Bentham.

Des objectious d'un autre ordre à la tnéorie de M. Spencf^r ne nous semblent pas non plus porter juste. Dans cette théorie, dit Cb. Darwin (dont l'opinion diffère d'ailleurs assez peu de celle dé M. Spencer) une foule de coutlimes invétérées devraient devenir héréditaires , par exemple l'habitude des femmes musulmanes de sortir voilées, ou encore l'horreur des juifs et des musulmans pour les viandes impures. — On peut répondre que ces coutumes bizarres et souvent contre nature (car les femmes ont toujours aimé à montrer leur visage, et la viande de porc n'est pas moins appétissante que les autres), ces coutumes, dis-je , ne peuvent pas laisser de traces bien profondes dans l'esprit, , et ces traces, si ellps existaient, s'effaceraient rapidement dans un, autre milieu. Entre les diverses tendances que nous lègue l'hérédité, il se produit une lutte pour la vie, analogue à celle que Cb. Darwin constate dans tout l'univers. Les plus fortes, et principalement cellt^s qui sont <

Ï>our ainsi dire dans le sens du développement vital, sont les seules à 'emporter. Il est peu probable, par exemple, qu'une Chinoise transportée en naissant dans nos pays éprouve jamais le besoin qu'on lui lasse aux pieds une opération douloureuse. Toutes ces coutumes ne vivent que par le milieu et l'éducation : ôtez-les de leur milieu, le flot de la vie les emporte.

Pour nous, ce qui nous semble sujet à contestation dans la théorie < de M. Spencer, c'est la manière dont il se représente le rôle de rhérédité dans la formation du caractère moral. Que l'hérédité agisse aveé force sur notre caractère, c'est évident ; mais comment s'exerce cette action? est-elle aussi tranchée, aussi exclusive que parait le croire M. Spencer? Il semble, à l'entendre, qu'elle peut toute seule, abstraction faite du milieu et de l'éducation, nous donner les principes de notre moralité. Quand il nous parle de u certaines facultés d intuition morale »> • il a tort, selon nous, d'emprunter à la doctrine de l'intuitionisme mystique un langase vicieux. Veut-il dire que Thérédité fournit à l'homme l'intuition immédiate du bien et du mal, la détermination fixe des actee moraux et immoraux? S'il en était ainsi, M. Spencer en reviendrait à ce qu'il y de plus insoutenable dans la vieille doctrine du « sens moral », à savoir que nous apercevons par une sorte de vue intéri ure le bien et le mal, comme nous distinguons par les yeux le noir du blanc. L'in* . néité des idées morales ne nous semble pouvoir être acceptée en aucune mauière, même si on la ramène à rhérèdité. Peut-être d'ailleurs n'est ce

rs ikf Itf'irs idées entre elles, ^ - — ^r-rr -::r^ -».x .*::s> tè?i:«*!a:iLGs, peu à peu, ont '^ ^-- t^-t ; rr^-ir 'dix irrtTtrs un pli qu'ils ont -^'^ ^ ^i:>-"z - -r^-^- w r:':::^^ C^rfc ce que M. Spencer

- -- * r::^:>w "z :r^ -Tr^^reiiL-e? • ou leur trans-

- ':--^^T -a ziT <" ".ir^ r^iTLrie. Au5:â trouvons- ^ ^ : • •- :« i-^ a^> T- c^ ^«rr^-r^a. rccizie une série de

> - : --^ . .^^ii' -- ^ir îTî- ^neriïi'ias aatérieures, ces ■^^ — ,.. .^ rr-^ s.:-^r. zuit^ lii^ i<L':;e5 ei devenir maî- ^^-^^ ^ . ^ -^ -jr:z:r' X-^^::^leJe^ iTTj 05 p*3int créées, n ^ ^ ' x"'-..:: -^ :-n-rç. r^mme ne es ne les avons

tf V ^t^-'^rs'. "^èïcaeit». tf iKt Vf dire, on est

., ^ ^arr^TT' i i«^*-:?*.ï^«jc- œ ».Y*?-^i:ié comme

^ .^^ ,• rT'-rtr A ifAisr-Jiii^^^auc^ iiî leJocation : en

jf-cwi* A i'*i jrn^:^- r^sc siir l hérédité

crsiLcîTiUliiici?. à» \ir:>4t des races

iinSiinii àc^is fce Dom de

lîiiLjtfr «las ces excès

jkoisur à ocootser Iheré-

inTïur ** .a première le

^S&s et lescseignement

wr» iocirr»? •* et dautre

•m^os ^off^icace ; ïm. force

. jr -"fefrwxGe-

T,r^.^ :£-* r : ^^ '33icii:»?< héréditaires

, -fc ^ :* a^ .-^aitpitj* î-ie action est

.t ^ uifr siir -r»^ aLs«. ir«os^ que dans

'jkri'-si^i t r-^nirf^iï*r»ïîeat , soru-

^.tj:, K» Bcins jrfCis luî-mèrae

1= A a XT'frse. Mos ciiieos de

^-r;*ï^ -*'^* i»..-i'S 1 ifurç ieçecs la lac-

A -ULitf IL *ii oa câ^^en rec<?m-

i-^o- X lîXrl : ce=5t ta i avantage

,»^ >:' '^ * -ai;«o?«ur^ ,:î2'aiu*à» caca*» ; c est cooame

^ '—- ^'^ w:^9 * > ivimiiiî- ja Cmrre bt«*n des difîè-

,ç^^ ^ ^^i..:-«ni!^ lut-'T-uw -mrnT «x 0^3*? «ie compte* Sans

*• ^ ^"t'va'î 5v;«^ mnni:» 3«r j» ans. rv>«ee par les att-

*^.,* "1 ^ j^vT- uar>ii>r?uof. >«. 3riM::^jcasses*cvVe decelles

, A iriit mAûJïfr. ùr:to-->? a eues, l i^^djenc-i» du ^ ^, i-T%L :>*-^-"^-*t culKaLUfraCuMbHU ^oaijs te miii>^u (U3»~*v«. ï^^^ sjmines *jaT«"» a sq Dombre iDdcrnii ^ ^i^m Jts!^ ju.mj.ni: Ji*^^ ce miitea hieiero^reoe et '*^ ' . ^ j^tnitj * r* àuitH *r>»emaii*nt arec plus de dilû- '*'^** '^ ivinimf . . j!ctfi!!;f^fl*."e luterrieot, rkiuit en sys-

^ ** " i^it^ jtn»v-ij*r* jjîfu-n:* j» in>ticcts moraux les plus . -'-^•*" a ^ •^•^•^ * w. :ir? T^ ott ot^it à une raisc-n quand

^',e. ^^-*r ^.i^ -'^J*-*^ ^ r»-:<ctx>rœr?ttL Ealîn, d. ns la to-

- - ^^ ^^ ,i -w^ 5^ ccc^ri^uent de plus en plus;

fvii? Bcri-tS « c\:cij,iiquent dans la même

LnIyt^^:«i:^saa:eqlia:iJ li ^apl de faire accom«

i^ciusn. pcfyi ia p^us grande partie de sa

point mises en nous, nous ne pouvons les en arracher : elles ont des racines d'autant plus inébranlables qu'elles s'enfoncent plus avant dans le passé. A vrai dire, ce n'est pas moi-même qui m'oblige ou, plus exactement, qui me nécessite, et ma volonté seule n'aurait point ce pouvoir; la nécessité morale n'est que la manifestation en moi d'une* puissance qui m'est antérieure et supérieure, la puissance du passé; ce sont ceux qui m'ont précédé, mes pères et mes aïeux, qui en quelque sorte m'obligent à travers le temps; moi-môme, à mon tour, j'obligerai les générations futures. Les êtres s^ poussent mutuellement au bien de tous;

force quand il s'affU de transmettre à l'homme des vertus aussi abs- -, traites en elles-mêmes et aussi variées dans leurs effets que le sont par exemple la justice, la tempérance, etc.

On a souvent invoqué, pour montrer la force irrésistible de Vhérédité ■ morale, Tesemple de certaines passions, de certains vices héréditaires ; un dipsomane peut engendrer toute une famille de dipsomanes; de même pour la manie de l'assassinat, du viol ou du vol (V. M. Ribot, VHérédité). Mais précisément ce sont là autant d'actes déterminés et toujours les mômes, analogues à ceux que l'hérédité fait accomplir aux animaux. Il ne faut pas confondre ici Thérédité des instincts immoraux et dépravés avec celle des instincts moraux, ni conclure par analogie des uns aux autres. Les premiers sont tout simplement des penchants animaux éclatant tout à coup chez Thomme ; de là leur violence parfois irrésistible; au fond, ils sont le symptôme d'un état anormal du cerveau, d'un manque d'équilibre dans l'organisme; ils ne sont pas très-fréquents ; ce sont des exceptions, des maladies mentales. Au contraire, la moralité consiste dans l'harmonie et l'équilibre de toutes les tendances inférieures; elle est Taffranchissement des instincts animaux et mémo en général de toute passion violente. Aussi crevons- nous que l'hérédité doit prendre en face d'elle une nouvelle rorroe, et qu'ici elle se manifeste rarement par des tendances très- déterminées. Un fiévreux a l'instinct de boire, instinct bien net et déterminé, tandis qu'un homme plein de santé n*a pas l'instinct ri«> dépenser sa force en soulevant tel ou tel fardeau plutôt que tel autre.

La moraine est la santé morale ; nous la croyons parfaitement trans- • missible comme elle; mais nous croyons qu en général, et dans la moyenne des cas, la moralité héréditaire ne nous porte pas plus que la santé physique à tels ou tels actes, qu'elle nous fournit bien peu de ces € intuitions mystérieuses » dont parle'M. Spenéer, bien peu de ces jugements a priori sur le juste et rmjuste. Chez l'homme, Thérédité transmet plutôt les linéaments vagues, les germes indistincts d'une faculté nouvelle que cette faculté même ; elle n'agit pas dans le détail; elle agit bien plutôt en gros, sur l'ensemble du caractère. Nous n'héritons pas, comme on pourrait le croire en lisant M. Spencer, d'un codé tout fait, nous fixant d'avance notre conduite; mais nous héritons d'un certain nombre de sentiments avec lesquels, sous l'influence du milieu et de l'éducation, nous faisons nous-mêmes ce code moral.

Il se produit pour le caractère la même chose que pour l'intelli- \

Sence. Aucun de nous ne naît avec les théorèmes de géométrie tout ' émontrés dans la tète ; aucun de nous ne porte inscrits dans le cer« veau, comme dans un phonographe, un certain nombre d'airs de mu« sique : et cependant il est des personnes ayant de très-fortes dispositions naturelles pour la géométrie ou la musique. De même en ce qui ^ncerne la morale ; certains enfanta naissent sans doute avec des dis-

chaque mouvemeot que je fais vers la fin commune y entraîne ceux qui me suivront. Le passé meut et dirige le

. présent; le présent meut et dirige l'avenir.

( Loin donc que le sentiment de l'obligation puisse se

, ramener à la conscience d'une prétendue liberté morale, il semble qu'on pourrait ainsi le définir, d'après la pensée de M. Spencer : la conscience du déterminisme réciproque par lequel nos ancêtres nous nécessitent au bien social et par lequel nous nécessitons au bien nos descendants. La théorie de M. Spencer, si perfectionnée qu'elle soit,

: peut-elle ici nous suffire ?

; Les " modifications nerveuses » dont parle M. Spencer,

poBJtionB vasuee pour la pitié et les vertus aiïectiTeB, pour le coarage et les vertus personnellpe; mais ce sont là dee tendances générales, des capscilés, miUenieiit lies préceptes particuliers; de plus, ces \ tendances dans la plupart des cas se développent lenlemenl, et au milieu de ce développement laborieux un rien peut les arrêter. D'une part, li où manque teiie ou telle capacité hëréititaire, I' » éducateur ■ est réduit à l'impuissance; d'autre part, là où celte capacité existe, on peut l'oblitérer et la supprimer assez facilement. Elevez une jeune Canaque comme une jt'une fille européenne ; il est évidemment impossible que vous arriviez à lui communiquer la délicalessL' de seulJments el l'élévation d'idées que voua communiquerez à l'auire ; ceci montre bien l'impuissance où se trouvent Tédu^ation et le milieu k suppléer tout d'uo coup à l'hérédité; moralemi'ni, un sauvage éprouve autant de difQcullë à rivaliser avec un Européen qu'il en aurait physiquement à devancer une locomotive. Mais renversons les termes : supposons un de nos hommes les plus célèbres par son humanité ou sa charité transporté en naiss chez les anthropophaees d'Afrique ou d'Océsnie : le bon abbé de S.ii Pierre, par exemple, l'auteur du projet de paix perpétuelle, ne t:ii.i°ia pas h trouver que la guerre a cette utilité incontestable de procurer une nourriture bien plus succulente et plus abondante que d'habitude. Saint Vincent de Paul, habitué dés sa naissance à voir abandonner les malades avec une sorte de terreur supersiilieuse, quelquefois à les voir étrangler pour en Anir plus vite, ne songera jamais a fûnder un ordre de sœurs garde-malades (l'un des rarea ordres religieux qui aient eu quelque utilité). De même, Moxart ou Haydn, nés ctiez les Uurons ou même chez un peuple d'une civilisation déjà avancée, comme les Chmois. Joueront peut-être merveilleusement du tam-tam ; mais ils ne s'élèveront guère plus haut. Il faut au génie intdlectuel, comme à ce génie moral qu'on appelle lu bonté, des mslrumenls pour s'exercer et se développer i il faut qu'il soit aidé, provoqué ; il a besoin d'une certaine atmosphère où il puisse vivre; il faut qu'il puisse tout ensemble se com- E rendre et être compris. De là vient que, même au sein de notre oivisatioD, el sans que nous nous en il 'lions, de hautes intelligences el de nobles caractères se trouvent chaque jour arrêtés dans leur develoiK pemenl, éloulTés par le milieu où ils vivent ; les uns sont empoches de r <.'iiser, les autres d'agir. La Foniaine, notre grand poète, s'est ignoré lui-même jusqu'à quarante ans ; combien facilement il eût pu s'ignorer touLfi sa vie! bons cesse l'hi-'rédi te a besoin de l'occasion, de la fortune, cette déesse que les anciens adoraient ; elle a besoin de l'art et de U '".ience, qui, par l'éducation, la règlent ou l'effacunt à leur gré; en un -•l, elle esi impuissante à diriger en tel ou tel sens précis la vie et actions bumaines ; c'est une force souvent aveugle, qui, combinée

en se répétant à travers les âges, ont façonné le cervéaii et y ont produit peu à peu un véritable t organe moral », invisible et pourtant analogue aux organes (les sens. Quand ce sens moral, résultant de la structure héréditaire du cerveau est choqué ou satisfait, il donne naissance à des douleurs et à des plaisirs tr'^s-réels, qu'on pourrait appeler les sensations morales plutôt que les sentiments moraux. Un acte de violence, par exemple, qui blesse l'organe moral, pro-^ duit la peine; un acte de sympathie produit le plaisir. Mais, quelque réels que soient ces plaisirs ou ces douleurs, il» n'ont pourtant dans le monde extérieur aucun objet réel ; ils n'ont, dit lui-même M. Spencer, « aucune base apparente dans les expériences d'utilité individuelle. » La mora-

avec d'antres forces, peut produire un effet tout contraire à celui qu'onl attendait d'elle.

Même chez ranimai, on est trop porté de nos jours à exagérer le rôle! de l'instinct; on fait tout faire à r hérédité. L'art a toujours sa part dan» les actes de l'animal comme dans ceux de Tbomme. L'oiseau qui con-l Btruit n'est plus seulement un élre poussé par Tinstinct, c'est un véritable! architecte; il déploie^ comme l'observe M. Russel Wallace, des faeuitésl mentales de même ordre que celles du sauvage construisant sa hutte. 1 n sait profiter de toutes les circonstances extérieures, accommoder le nid au milieu. Pour prendre un exemple entre cent, le xantoriua varius •des Ëtats-Unis fait un nid presque plat lorsqu'il peut l'asseoir sur des! branches raides ; mais, lorsque ce sont les branches flexibles d'un saule > pleureur, qui vacillent sous le vent , il donne beaucoup plus de profon- ' aeur à son nid, pour ne pas que les petits en tombent. L*animal imite et i raisonne d'une façon plus ou moins rudtmentaire : imitation et spontanéité, tout l'art n'est-il pas là an germe? Les oiseaux élevés en cage n&'> savent plus faire un nid, ou du moins ils le font maladroitement, gros^ ■ siérement : c'est que l'éducation leur manque -, ils n'ont pas été à Técole. Comment réaliser ce nid qu'ils n'ont jamais vu, ce nid sauvage tremblant au bout d'une brancne? Gela prouve bien que l'instinct n'est pas! tout chez eux. De môme, on a cru lonf^temps que le chant des oiseaux était inné, et qu'un beau jour, quand ils ouvraient le bec, il en sortait tout naturellement une mélodie : c'est une erreur. L'hérédité, ici encore, a be^in d'être complétée par l'éducation, et elle peut être absolu* ment effacée par elle. Les linottes de Barrington, élevées avec des alouettes, adoptèrent entièrement le chant de ces maîtres; ainsi naturalisées alouettes, elles firent baude à part au milieu même des linottes ; probablement que les alouettes ne les reconnaissaient guère non plus

Cour leurs pareilles, si bien qu'elles avaient perdu leur nationalité, 'homme est un peu comme ces linottes à tête folle qui oublient si vite leur chant national. On fait ce qu'on veut de l'enfant, comme de l'oisillon; on lui fait parler telle ou telle langue morale, comme on fait repruduire tel ou tel chant au rossignol domestique. Sa conscience B'éveille ou s'obscurcit selon la volonté de l'instituteur, selon les cir-* constances et le milieu.

En somme, la moralité dont parle M. Spencer, et qu'il croit gravée

gar l'hérédiié au fond môme de notre organisme, nous parait ressem- 1er beaucoup à ces caractères préférés des savants du moy<'n âge et qui restaient à peu prés illisibles pour ceux qui n'en avaient pas trouvé la clef. Nous avons beaucoup de choses écrites d'avance dans notre ce'rveau; mais il faut apprendre à les déchiffrer : c'est le milieu, c'est l'éducation, ce sont les circoustances et les hasards de toui^^ sorte qui

332 U MORALE ANGUISE CONTEMPORAINE

î tité n'est qu'une idée, une forme de la structure intellectuelle, un fadre de l'intelligence ou, pour mieux dire, du ! cerveiiii. Nuiis trouvons en nous toute faite cette idée, qui ' nous {!\Lite h a^ir, comme l'oiseau trouve en lui toute faite il'imnge du uid qui, obsédant son imagination, l'excite k ' fabriquer un nid réel. L'image du nid est une sorte d'hal- (lucinatiun naturelle, selon la remarque de Cuvier : hallutcinalioD bienfaisante, folie pleine de sagesse, (|ui fait que 'les actes nécessaires à la conservation de l'espèce devienînent nécessaires à l'individu même, sous la forme d'un besoin inné ou d'un instinct impérieux. Au fond, le sens

moral n'est pas autre chose : le type d'une société idéale est inné à noli'o cerveau comme le type du nid h celui de l'oiseau; SLuiIuiuent, c'est une idée plus abstraite et plus dégagée ih; l'nrmes matérielles, parce qu'elle exprime et résume, Ir^ repliions sociales, qui sont bien plus complexes que les irhiiimis des divers matériaux du nid. Aussi l'idée de sociabililé, ou, si l'on veut, de moralité, ne prendelle pas dans notre cerveau la forme d'une image précise ou d une lialludnation matérielle, comme si nous apercevions par l'iniagination une société visible. C'est plutôt une idée Hxu qu'une image fixe , comme la pensée qui obsède un esprit malade et le pousse incessamment i une action. Il n'en est pas moins vrai que cette idée Sxe, cette obsession est une sorte d'hallucination, mais moins coni^rùtc et pour ainsi dire mentale au lieu d'être

Ebysique. Le mental'élant d'ailleurs identique au physique, 1 "moralité n'est qu'une transformation suprême de ces hallucinations normales qui se trouvent chez l'homme le

'doub rappreiiiietii ; Bi noas ne les dëcbilTronB pas asseï vite, d'aatns I caraciërcs s'Inscrlvenl aussiiAt par-deanus lea yremien comme dam les palimpsestes : îles lignes nouvelles a'entrecraisent but lea onoiennes ' lignfs, li?s recouvrent el peu à (leu les voilent aux regirdfl. Ausai, en nouS'inFniPS, que de chuaes A jamais effacées, que de tendaucea noiourd'hui bien eiiilcirniies el qui ne c'ëveilleront pasi

Nous pensons, en exprimant ces idéee et en noua efforçant de prfr- I ciaer Itr rôle de l'hùrédité dans la formation du caractère moral, ne laira ' qne conimi>nter et interpréter dans un bon sens H. Spencer lui-ménû. S'il en ËtBit :ii lire ment, nous croyons que sa théorie tomberait Bona beaucoup d'olijecuona auxquelles, ainai interprétée, elle noua semble ■ échopper. Selon nous la moralité organique do M, Spencer peut être >«dmise par loua les philosophes, mais, encore une fois, il taut plutAt jertendre par 1» une certaine malléabilité du cerveau ou'une organisation déjà comptéLe. L'hérédité ne nous donne pas de formule nette da Is moraine, pas d' * intuition n véritable; quand elle parle en nous, c'est Inlutôt par ileiiiaïuies que par réponses; elle posa dana l'homme civilisié éme innral que n'entrevoit même pas le sauvage : msia la recette iniprrogation ne vient guère d'elle-même, elle est fournie 'ar le milieu iatêllecttiel et moral où l'homme se trouve placA.

^■^IPT^"^ — r"'*'-.''-' ' *'"» ' V 'T^^- j'^^r^T^^^r^TT^^* mt-wm w ^r^^^r^

plus sain et qui sont une condition de la santé même. ' Ainsi, selon le naturalisme de Ch. Darwin et de Spencer, lorsque nous invoquons un prétendu principe de moralité d'après lequel nous nous jugeons et au nom duquel nous nous obligeons nous-mêmes, nous ressemblons aux hallucinés, qui prennent leurs idées fixes pour des réalités. La grande différence entre l'halluciné et l'être moral, c'est que le premier n*est utile à personne (encore faudrait-il excepter Jeanne Darc, par exemple), tandis que, sans l'être moral, la société ne saurait subsister. On a dit de la sensation en

général qu'elle était une hallucination vraie; on pourrait ire de la sensation morale, et de l'obligation subjective qu'elle produit, que c'est une hallucination utile.

L'homme, par la raison, peut ainsi se rendre compte du mécanisme de ses idées morales ou de ses hallucinations morales, et les naturalistes anglais se donnent précisément pour tâche d'aider l'homme à comprendre ce mécanisme. — Reste à savoir si, quand il l'aura compris, il le laissera fonctionner comme auparavant. Examinons l'influence de la raison et de la volonté sur l'hallucination, état de l'âme essentiellement irraisonnable et involontaire ; et pour cela faisons appel à la physiologie, que l'école anglaise ne sépare jamais de la psychologie.

On peut distinguer deux de^és dans l'hallucination : i l'hallucination inconsciente et l'hallucination consciente. ' La première est la pire : l'homme s'y trouve tellement dominé par les représentations de sa sensibilité, qu'il n'a même pas la force de réagir contre elles par son intelligence, de les comprendre tout en les souffrant et d'en reconnaître le vide. L'hallucination ou obsession consciente, au contraire, est toujours moins grave; elle n'est le plus souvent que passagère et marque le début ou la fin de la maladie. Aussi les médecins s'efiforcent-ils, pour guérir les idées fixes ou les images fixes, de les faire passer de l'état inconscient à l'état conscient , persuadés que ce serait un grand pas de fait vers la guérison ; ils tâchent , suivant une expression vulgaire, mais exacte, de raisonner leurs malades, c'est-à-dire, au fond, de les faire raisonner, c'està-dire encore d'effacer par l'intervention de la raison les sensations ou associations d'idées sans objet, et consé-

auemment irrationnelles, gui tourmentent leur pensée, eux qui étaient pour ainsi dire possédés^ selon l'expression du moyen âge, deviennent simplement obsédés; puis ils se délivrent de cette obsession même. Qu'est-ce que

rZl --^ -J- tr -I. 1- -7.

-L^ - ^ -i '^c L IZ.

■*- ' ^ ^ ^ — rt, « -z^z — ' r 1 -^ .HT -.1* ^ *^u

,. ^ ^.- -- r- -__! j; fi-'-'-r Tln^^^ ^ît: :l»^z. niais

- -. -^.^ - .j:. irr :î 5l« -'-tf r»i If t:<. ^»:> .TLie

""""." ^" - - - -: ^ ^r :•£ fii^fc-î zriijfc*» ras, voit

• *^ 1\ .. I^î^ -r^v -.^.i-ruri :^r^î--'f^^ezfzi:.z5 de freine

' " ■ " ^ / ''V^ --,::. l 'i-LT'i-rl::»? ■.■czsrî-rzî cherche à si

- 1 T"^^"^T:^^:-rS- i ûriki: !•* reni-^i'es, des palliatifs,

^'"JT r J 1^ j i^^-i-u:.: :îi^ Il n-esure le mal, Taîtend,

" \T^/ j^j^^:*: :iir:. :! re-i cocir-arer le mal d'une

r ipi"» ■, "-i-r

hallucination pénible à tel autre mal ou à tel autre plaisir, ' et préférer Tun ou l'autre; par exemple, il peut préférer . rester seul dans une chambre obscure^, ce qui suscitera une crise, si par là il est assuré d'obtenir un plaisir considérable. De même pour Tétre moral. Du moment où il ne 8'agit plus que d'une évaluation, de douleur ou de plaisir, ■ il faut faire la part de la préférence individuelle. Amsi un . double inconvénient se présente : si le sentiment de l'obligation n'est autre chose qu'une idée fixe et une obsession morale, en rendant cette obsession consciente, vous lui. ôtez d'abord sa force irrésistible, puis vous lui permettez le choix entre elle et un autre plaisir ; vous enlevez donc au remords de son intensité et de son efficacité.

— N'importe, direz- vous ; l'organisme moral subsistera ! toujours en vous et dans la masse des hommes , parce ' qu'il n'est pas une simple association d'idées dissoluble, mais une structure cérébrale impossible à détruire. On ' modifie aisément ses idées, mais non pas son cerveau.

En êtes- vous bien sûr? La conscience ne pourrait-elle, modifier, neutraliser les hallucinations morales, et, si le remords est réellement un trouble organique, apaiser ce trouble, amener en quelque sorte la guérison radicale?

Si j'entends des sons ou si je vois des formes sans réalité, je ne puis m'empècher entièrement et immédiatement de voir ces formes et d'entendre ces sons. Je puis réagir, je puis provoquer moi-môme ma guérison, mais il m est dimcile avec mes seules forces de la produire. C'est aue l'extériorité de ces hallucinations me met vis-à-vis d'eues dans une impuissance relative. En sera-t-il de môme quand les hallucinations ont leur origine dans les organes les plus voisins du centre intérieur, qui, au lieu de me communiquer des impressions venues du dehors, me communiquent à moi-même mes propres impressions et me servent ainsi d'intermédiaires de moi à moi? Lorsque Thaïlucination perd la forme d'une image sensible et matérielle

Sour prendre celle d'une idée, lorsque ainsi elle remonte u dehors au dedans, ne rentre-t-elle pas peu à peu sous la puissance de la volonté?

L'hallucination, dans ce cas, devient plus proprement obsession, et c'est ce qui a lieu pour le remords. Le remords n'est évidemment pas une hallucination revêtue de forme ou de couleur. Certaines idées, par ex^emple celle de la moralité violée, me poursuivent, je ne puis m'en débarrasser; de là une sorte de lutte et de défaite qui semble, .

JX U HOULE ANGUISE CONTEMPORAINE

ôirrvs Ch. Darwin et Spencer, constituer tout le remords. L'a!:^at moral n'esl pas affecté d'une autre manière que îe c^laocolique ou rbypocondriaque, qui sont obsédés liiire* sombrt-5, mais noa de visions véritables. Dans un as tximme dia? l'autre, ce n'est pas un oi^ne extérieur et *a wrtie ic(ior-:''n.i3at qui produit direclement la douleur lar des stneâî.uas tlêtemimées : l'organe lésé tient de I;^j.-v5; au ot-atre intime et est dans un rapport de dépeo- Ci:>:v clrv^i'-e avi?c la volonté.

(^-^ ,^ ^je para"t montrer rexpérience. Persuadez à uq ^, ;^^ -.^ 1: -je. s: ce:?l possible, que toutes ses idées, ses c-i-it*- ^ K vssseries, sont pures chimères; faites en '— ^ -y-î pr^r.r.^ la ivirfaite conscience de ses illusions; •«■i- <«?:. ta l'ai-e d<:'s représentations fatales qui l'obséy.--: > Sun;:—''-! vif de son indépendance individuelle.

• "^ IjriiU'iiîps quil gardera entière sa conscience et

^■-- .--o^ eniit'r le sentiment de son indépendance, il -V*;;*.- '^"^ *>«■- do force pour chasser toute espèce d'hal- ' — - i- oa eî pour neulnuiser ainsi le trouble de ses or-

* v'-"* ivnot'r'àoa fausse nous cause de la peine, c'est '•■i 'Jir ox?lâ mi-me que nous la concevons, elle tend à

- , -^ ^ noQs artMis pn constater noua-mâme sur diverses *• \ ^ ^ .;. , ti,^n qu il e»l irés-difficile de convaincre enUèreineDt r^'*^ .v*rà.'i—« ^' -«^ '*"■■ 'J'"""^'' '" parfaite conscience de leurs *>"* "' "■ ^JJlpj en outre qu^. sous l'mnuenee d'obsessions très-forles, ' ■■*'-'r.',j jj.,;i nas « perdre cette conviction et celte conscience. V uni il vsl P">™>'* '*^ '^ croire. Il elles parvenaient à acquérir

>r»niri'«i*- -^^^ ^^^^^^^^ œ&ue pendant les chEes qu'elles (raverrt t '^^v'^Iu'i-Vtiof •if la («usselé de leurs représen talions et de la *^'\'' K j ^J'L.Qïivr sur elles-Qiémes, !• toute douleur disparaîtrait et rtJ-i-' '"' T j „; u,,^ sorte de ne u irai i sali on de ta maladie, î" la maladie l'^vé-îio liisW''*''""* * ** '""E"* *^ l'organe \éeé rentrerait dans soa *-''îi.*rt!S*'iiron analyse W cm d'obsession inteUectuelle dont noua > JT AU «telml . supposons la conscience entière et parfaitement paTH'ni^™ ij-es irisifs si parfaitement connues des mélancoliques m ™i^tVi^ ■ *u quoi causeraient-elles une grande peine k celui qiû aa- " I larftit*' conscience de leur laussele? Elles ne lui causeraient pas î* . -J^i lUuA de -ioulfur que n'en cause à un homme sain la concep- ^ TiS^^nonlacne d'or ou d'un cheval ailé. Ce qui lui inflige de U u« ^^^ id^es, s'emparant de son esprit, obscurcissent peu

(s-.m-. ir» H auila de leur fausseiè;eIleB lui apparaissent malgré

r.'^'ïun.SvVa»'" «^moment même où H les déClarS'fausses, eTTBes . ...uïïioiiî *n lui su moment où il les me. Sa douleur s'eccroSt à mesure •"V ., i.li A^-hamvr sa conscience et sa volonté; la lutta use ses 2rr,ir^ fl Un.--"" «tombe pa.sit et inerte en proie à toutes le, "1. , " "...i „■, nu écarter, parce quil na pas eu encore une conchimOt.* ''".JwrelBsseï invincible de leur fausseté. Hais, dans "^riTTul^ «MOmo diins la défaite finale, raugmentalion de U pein» iiiiito aroir Wiijour» àlô proportionnée a U duniDuUon de la conecieni».

altérer la conscienoe que nous avons de sa fausseté. A vrai' dire, nous souffrons en proportion de ce (jile nous croyons : les hallucinations qu'on rejette avec une incrédulité entière restent indifférentes, celles dont on ne fait plus que douter inquiètent, celles qu'on croit à demi sont fatigantes, celles qu on affirme deviennent douloureuses.

On voit combien est considérable ce qu'on pourrait ap-( peler le pouvoir neutralisant de la pensée et de la con-' science sur les souffrances organiques, lorsque ces souffrances proviennent d'organes intérieurs et voisins du centre. Au bout d'un certain temps, l'influence de la conscience, si elle s'établit bien, ira jusqu'à faire disparaître k; cause même de la souffrance et à amener la guérison det l'organe malade.

Appliquons au remords ces observations physiologiques.' J'ai accompli un acte que je crois immoral ; par là, d'après M. Spencer, j'ai blessé mon organisation nerveuse. Le dérangement organique amène un dérangement dans le cours, habituel de mes pensées : comme le mélancolique se voit poursuivi par des craintes illusoires, je me vois poursuivi par l'idée toute subjective de hk moralité, et je subis les effets du mécanisme déjà décrit parSpiuoza, qui considérait le remords comme un trouble maladif ^ Je m'imagine que. l'action accomplie par moi dépendait de ma volonté, quel j'aurais dû agir autrement et que j'ai mérité une peine. J'entre alors dans une période de crise, où toutes ces tendances altruistes, accumulées en moi par les années et correspondant à des organes invisibles et à des nerfs intérieurs, après avoir été un instant dominées par les tendances égoïstes,. se réveillent, prennent la forme d'idées morales, d'idées transcendantes, et viennent m'assaillir comme la troupe des £rynnies antiques. Les associations d'idées que j'avais voulu iiissoudre se reforment et me poursuivent ; je ne puis m'en débarrasser : c'est que, à vrai aire, ce ne sont pas seulement des associations, comme semblait le croire Stuart Mill, mais t|u'elles correspondent bien réellement à des organes intérieurs, et que ces fantômes au fond sont de chair et del nerfs.

Maintenant supposons que , au moment des plus près-* santés obsessions, je m'adresse non pas seulement, comme

1. Spinoza voulait supprimer le remords, car « celui qui se repent

conirrésistible

OUYAU. 22

1. dpinoza voulait suppnmer le remords, car « celui qui se rep< est deux fois misérable »; l'école anglaise contemporaine veut au c( traire le conserver et Tutiliser, en le rendant de plus en plus irrésistil >dans l'individu au profit de la société.

'Oreste, au dieu du jour, à Apollon impuissant, mais à ce 'dieu de lumière que je porte en moi, et qu'à tout instant je puis invoquer, — l'intelligence; supposons que je parvienne à susciter, au milieu de ces fantômes métaphysiques qui me tourmentent, la conscience de moi-même et de mon organisation physique; que je reprenne posses- Bion de moi et que, en présence de tous ces « êtres de raison 11, avec la certitude la plus complète et la f(.i la plus inébranlable, je déclare qu'ils ne sont qu'illusions, idées vaines et chimères, qu'il n'y a pas de moralité proprement dite, mais des désirs, des craintes, des peines, des jouissances et du bonheur : la lumière étant ainsi faite dans ma conscience, lii douleur morale, en même temps que les visions qui la causent, ne disparaît ra-t-elle pas aussitôt, et le trouble apporté dans mon « organisme moral » ne sera-t-i! pas soudain apaisé, jusqu'à ce que, par des apaisements successifs, je rétablisse complètement en moi l'ordre physique compromis?

La dernière ressource du système, c'est que je ne puisse me convaincre assez moi-même que ma moralité est une I pure illusion ; mais si je ne puis m'en convaincre, c'est tout ' simplemen t que je ne suis pas encore assez convaincu de ce système. Si mes organes moraux se troublent et si j'en ressens de la douleur, c'est que je ne crois point assez que ce sont de simples organes. J'ai beau faire, je ne puism'empêcber de croire que je suis un être moral et que, par mon action, jeme suis mis en opposition avec un idéal supérieur. L'idée de ma dignité perdue m'obsède. Mais pourquoi* Parce que je ne me donne pas tout entier à votre théorie; je réserve malgré moi une part de ma croyance priraitivej et je doute encore un peu de votre système. Un doute de moins, un remords de moins. L'utilitarisme ainsi compris, en se faisant une plus grande place dans ma pensée, en chassera ce par quoi il espère me contraindre à le suivre.

■ En résumé, on pourrait poser à M. Spencer et à ses partisans les questions suivantes. Pourquoi accomfftir tel acte que me conseille votre morale et que je sais pertinemment contraire à mon intérêt personnel? — Si vous ne l'accomplissez pas, vous éprouverez une djuleur intérieure. — Pourquoi l'éprouverai s-je si je ne fais rien de moralement mal, absolument parlant? — Parce que vous dérangerez l'oi'ganisation nerveuse que vous ont k^uée vos ancêtres, Bt que les organes lésés vous causeront nécessairement

une douleur par Tintennédiaire d'idées et d'images dé3a-\ grcables. — Mais ces idées et ces images, qui ne correspondent à rien de réel, n'ont rien qui les sépare de certaines hallucinations vulgaires; elles tombent sous les mêmes lois ; comme elles, il me sufSra de la parfaite conscience que ce sont de simples illusions pqur les dissiper;' or, cette parfaite conscience, ne l'acquerrai-je pas du moment où je serai en quelque sorte parfaitement convaincu de votre système? Ne serai-je pas alors parfaitement affranchi de tout ce qui ressemble à une douleur, à une contrainte, à une obligation intérieure, de quelque nom que vous vouliez l'appeler?

IL — Nous avons vu aue la lumière de la conscience f peut neutraliser les effets de Tinslinct moral ; mais ce n'est pas assez encore : ne pourra- t-elle supprimer cet instinct, supprimer et oblitérer l'organisme moral lui-môme, ou, comme dit M. Spencer, la « moralité organique > ? S'il en ' était ainsi, la conscience individuelle aurait défait tout ce que l'hérédité a fait, l'hérédité dont on veut nous rendre esclaves pour faire de nous des êtres sociaux et moraux.

C'est là une conséquence qui semble résulter de la théorie même de Ch, Darwin sur les instincts ou habitudes héréditaires, dont la moralité n'est qu'une espèce orimnale.

Chez les animaux inférieurs, c'est-à-dire chez nos ancêtres les plus éloignés, l'instinct porte l'être à des actes déterminés et invariables : il fait faire à l'oiseau son nid, au castor sa cabane. La sphère où se meut l'instinct est donc d'abord très-étroite; mais en revanche il s'y meut sans obstacle, il y accomplit son œuvre avec une régularité parfaite, il y est tout-puissant. Au contraire, à mesure qu'on monte dans l'échelle des êtres, à mesure que la sphère où se meut l'instinct- semble s'élargir, à mesure qu'il semble embrasser un plus grand nombre d'actions, il embrasse par cela même oes actions moins déterminées ; étant plus large, il est plus facultatif, c'est-à-dire qu'au fond il est moins impérieux et plus faible.

De ce fait, reconnu par Darwin, ne pourrait-on donner . l'explication suivante? Chez les êtres inférieurs, l'instinct est presque mécaniaue et tout à fait inconscient du but qu'il poursuit ; il s ignore lui-même. De là vient qu'il emLrasoO si peu d'actions, mais qu'il les embrasse si fortement. Au contraire, chez les êtres supérieurs, l'intelligence peu à peu se fait jour; elle voit le but que poursuit

3tO LA MORALE ANGLAISE CONTEMPORAINE

l"instinct et, comme au but s'attache généralement le plaisir, elle le poursuit elle-même et aide l'instinct. Seule-

' ment, et c'est là un merveilleux artifice de la nature pour susciter le règne de l'intelligence, à mesure que l'intelligence aide l'instinct, elle le détruit; en effet, du moment où, ce qu'on faisait par instinct, on le fait par intelligence, l'instinct tend à disparaître ; à quoi servirait-il ? Les « modî- Ëoitions nerveuses » qui correspondent à chaque instinct tendent ainsi à s'effacer; tout organe que la nature peut épargner, elle le supprime. Comme la queue ou la crinière des animaux disparaissent chez l'homme, remplacées par d'autres organes , ainsi disparaissent tous les instincts particuliers et tous les orcanes particuliers qui leur correspondent, remplaces par l'organe universel de la pensée. La nature aveugle avait besoin de marcher pas à pas, guidée par l'instinct : ouvrez-lui les yeux, elle rejettera ce guide

, inutile et s'élancera librement devant elle.

Aussi chez l'homme, oii semble venir s'achever la nature, viennent expirer tous les instincts animaux, effacés et complétés h. la fois par l'intelligence, ouvrière d'autant plus infatigiible qu'elle es! plus libre d'impulsions particulières et que nul instinct, nul instrument extérieur, ne s'impose à

[elle. L'homme fait tout ce que font les animaux, et davantage; seulement il le fait en sachant ce qu'il fait et pourquoi il le fait; celte seule conscience de ses actes semble le délivrer de tous les instincts qui le pousseraient nécessairement à accomplir ces mêmes actes ; l'oiseau chante nécessairement, parce qu'il ne chante pas avec conscience et raison; l'homme chante librement, parce qu'il sait qu'il chante et pourquoi il chante : la conscience lui a donné la liberté d'action.

i Pourtant, chezrhommemême, s'ilenfautcroire Ch. Dar- "win et Spencer, un dernier instinct est resté encore inconscient : c'est l'instinct moral. Tandis que les autres ont disparu, laissant place à la pensée libre, dans la sphère de la moralité au contraire l'instinct subsiste encore, d'autant plus vivace qu'il est plus inconscient, et d'autant plus inconscient que, au moment où il nous pousse, nous croyons marcher librement, au moment où nous lui obéissons, nous croyons n'obéir qu'à noire volonté ; instinct qui non-seulement se cache et nous échappe, mais se déguise et nous trompe.

Dès lors, pour l'effarer, nous aurions d'après ce qui vient d'être dit un moyen efficace : il suffirait do le rendre cons-

cient. Eh bien, c'est ce dont se charge la théorie même de Ch. Darwin et de Spencer ; elle persuadera tous ceux qui voudront bien Taccepter qu'ils n'agissent-, en faisant le bien, que par la vertu de leur instinct moral et de leur « organisme moral » . Voyons ce qui arrivera alors , en procédant par observation et induction. ^

La mère qui allaite son enfant ne le fait pas par instinct, comme chez les animaux; elle le fait par raisonnement, en poursuivant un but réfléchi, la santé de l'enfant; de là vient que, si elle croit mieux atteindre ce but en ne l'allaitant pas, en le confiant par exemple à une femme étrangère dont le lait est meilleur, elle n'en éprouve pas de remords. L'homme qui bâtit sa cabane ne le fait pas par instinct, comme le castor, mais en poursuivant un but réfléchi; aussi, s'il croit mieux atteindre ce but en faisant bâtir sa cabane par des maçons, il n'en éprouve nul remords. Nous pourrions citer une multitude d'exemples de ce genre. Au cx)ntraire, la femelle qui allaite, l'animal qui bâtit, s'ils n'obéissaient pas h l'instinct qui le leur commande, éprouveraient, d*aprèsCh, Darwin, de véritables remords, causés par la persistance et la résistance de l'instinct violé.

Maintenant, selon Ch. Darwin et Spencer, ce n'est qu'un ! instinct semblable aux deux précédents qui porte T homme . à ne pas voler, à ne pas tuer, etc., et qui, s il est violé, se représente sous forme de remords. Mais la réflexion de la conscience, une fois suscitée par le système même de M. Spencer, agira à l'égard de l'instinct qui porte l'homme à ne pas tuer, comme à l'égard de celui qui porte la mère à nourrir son enfant ou l'homme à bâtir sa hutte : elle demandera en quelque sorte à cet instinct d'où il vient et où il va, quel est son principe et sa fin : approuve-t-elle cette fin, elle suivra l'instinct; sinon, non, et sans aucun remords.

Bâtir n'est pas moins utile à l'homme qu'au castor ; seulement, tandis que tous les castors bâtissent eux-mêmes leurs maisons, la plupart des hommes les font bâtir. Eh bien, beaucoup de gens trouveront fort commode, au moins pour eux-mêmes, si la moralité n'est autre chose qu'un mstinct, d'agir envers elle comme envers l'instinct de bâtir ; ^ ils laisseront à d'autres le soin de mettre à couvert la vie' sociale et leur vie propre par la moralité; ils rejetteront sur les bras des autres le travail qu'exige cette fonction sociale : la vertu. Désintéressez-vous à ma place, dirai-je aux gens de bonne volonté^ ou plutôt, si l'on peut ainsi parler, aux ,

gens de bon désir! Si je ne le dis pas, je le penserai. Que ceux chez qui l'inslinct moral est resté toiit-pLiissant, faute de devenir réQéclii, pourvoient à la vie sociale ; moi, j'en profiterai, et je m'occuperai exclusivement, comme la loi même de l'être le commande, de ma vie individuelle.

Four emprunter un exemple à l'histoire naturelle ellemême, sur laquelle s'appuie Ch. Darwin, ne voit-on pas des fourmis paresseuses qui, dégoûtées du travail de la vie active, enlèvent les larves de fourmis plus petites, les élèvent, les plient à la servitude et, désormais oisives, perdent à ce point leurs instincts primitifs qu'elles mourraient de faim si elles étaient abandonnées à elles-mêmes? Qui em-

Sèchera l'être moral d'agir d'une manière analogue, de se ébarrasser de cet instinct par lequel vous espérez le retenir? Vous-mêmes vous l'y aidez, vous-mêmes vous l'en débarrassez.

Kn fait il y a, dès ce moment, des gens chez qui l'instinct moral dont parlent Ch. Darwin et Spencer s'amoindrit considérablement, parfois même semble disparaître. 11 sérail intéressant d'examiner si cet obscurcissement de la moraj lité, qui d'ailleurs n'est jamais définitif, n'est pas dû précisément à des doctrines et à des raisonnements analogues. D'après les rapports et les observations recueillis sur les 'condamnés et sur les prisons, on pourrait classer en deux catégoiies la population des coupables. Les uns, dominés par la passion, ravalés au-dessous de l'homme, sontcomme des représentants de l'âge' brutal égarés dans le règne humain. Si l'inslinct moral semble avoir péri en eux, c'est qu'il a été élouflë par d'autres instincts : dans cotte lutte d'instincts animaux, rien d'intéressant pour nous. Mais il n'en est pas ainsi des vrais coupables : nous voulons parler des coupables intelligents, qui savent ce qu'ils font, qui ont reçu une certaine instruction, qui sont capables de réflexion , qui enfin ne représentent pas seulement l'homme physiquement abruti, mais moralement dégradé. Ceux-là ne sont autre chose que des sceptiques qui pratiquent. La moralité est pour eux une chimère, le bien et le mal un préjugé; chacun suit son intérêt, et eux ils le cherchent où ils ie trouvent; tous les hommes sont égoïstes, autrement qu'eux, mais non moins qu'eux : ainsi pourrait-on formuler la pensée générale qui se dégage de leurs actes et de leurs paroles, et cette pensée, en dernière analyse , constitue le fond primitif et essentiel de toute docli'iae exclusivement ulilîLaire. De là, sans doute, cette

ironie qu'on s'étonne de rencontrer chez certains coupables, cette raillerie amère à Tégard du bien idéal ; de là vient même ce cynisme qui parfois touche au stoïcisme ; cette persévérance dans le vice, qui implique parfois courage et apparaît ainsi comme l'image lointaine de la persévérance dans le bien; en un mot, cette affirmation suprême, dans la souffrance et la mort, que tout est négation et néant. ^

A vrai dire, l'utilitarisme exclusif et radical, avec saj conséquence et son principe naturels , le scepticisme ; n'est pas une doctrine aussi étrangère qu'on pourrait la croire au domaine de la pratique; il a déjà eu, sans lei savoir, bien des sectateurs : c'est d'après ses principes essentiels que beaucoup de gens sont parvenus à éteindre en eux , à force de la nier , la moralité. Ce n'est point une injure faire à ses partisans, qui sont de nobles intelligences; mais, s'il est vrai que chaque système de l'esprit humain exprime un de^ côtés de l'nomme, ils avoueront eux-mêmes que le système purement utilitaire, malgré la

Sart de vérité qu'il contient, n'exprimant point -cepenant le côté idéal et la partie de nous-mêmes qui aspire au supérieur et au « divin », ne semble pas répondre a ce qu'il y a en nous de plus élevé, déplus beau et de meilleur*.

'— i * Ti ^«mz* i.'.iî' — ' air-

Page 1