D'Xtntol.. I
3. Voir, dans la Uorate <fÉpicwe et ses rapjiortt avec ks dottrines aniter»' porainea, le chapilre sur Helvétius.
cboses, le bonheur accompa^De donc la vertu, loin que le sacrifice du bonheur en soit la condition. C'est la doctrine optimiste que professèrent également dans l'antiquité , à des points de vue différents, Socrate et Épîcure. Mais l'optimisme de Bentham est encore plus convaincu : o Montrez a à la déoutologieunseuf cas où elle ait agi contrairement à ta < fétidtéhumaine,et elle s'avouera confotidue...1oat ce qu'elle « se propose, c'est de mettre un frein à la précipitation,
• d'empêcher l'imprudence de prendre des mesures irréc médiables et de faire un mauvais marché. Elle n'a rien à
• objecter aux plaisirs qui ne sont point associés à une portion
• de peine plus qu'équivalente. En un mot, elle régularise « fégoisme ' . n
Bentham vient enfin de trouver la vraie formule de sa morale : régulariser l'égoïsme ; c'est bien là, en fin de compte, tout ce que peut nous promettre la doctrine bentbamiste; mais que de choses inattendues nous allons trouver contenues dans cette formule !
in. — En général, dans un système philosophique, il est aisé de découvrir un certain nombre de tendances qui entraînent à la fois, mais avec une force inégale, la pensée du philosophe en divers sens. Ainsi, dès l'abord, deux tendances qui semblent contradictoires se montrent chez Bentham ; d'un côté il se déclare partisan et défenseur de l'égoïsme; d'un autre câté il aspire, comme toute l'école anglaise contemporaine , aujc sentiments sympathiques et sociaux ; de là, parfois, lorsque ces deux tendances se montrent simultanément, une apparence d'hésitation et de contradiction. Pour supprimer cette apparence, il nous sufBt de ne montrer les deux tendances que successivement, de les subordonner l'une à l'autre , en s'élevant de l'une à l'antre, et d'introduire ainsi dans l'exposition de la doctrine une gradation qui était dans l'esprit de Bentham, mais pas assez peut-être dans ses paroles. Fidèles à la méthode que nous avons exposée ailleurs *, nous essayerons de montrer comment, lorsqu'on suit pas à pas ta marche et révolution d'un système, on voit se dissiper telle contradiotioD qu'on croyait apercevoir lorsqu'on n'en connaissait
1 Déont., 1, p. 199, ISS. — t N'allez pas voua fl{[ur(?r qua lus hommes nn.ueroot le bout du doigt pour vous servir, s'ils n'ont aucun «vanlage i <e taire : cela n'a JBmais été, cela ne sera jamais. • [Oéonl., II, ISU.)
î- Voir notre Morala d'Epieure, avant-propos.
que les idées éparses, sans les relier fortement entre . elles.
Bentham a fait Tapologie de l'égoïsme^ au même titre que les économistes font Tapolo^ie de l'épargne. Rien de
Elus conforme au principe de l'utilité. Mais Téconomie potique est la première à proscrire l'épargne aveugle de l'avare : il en sera de même pour l'économie morale, et Bentham blâme l'égoïste qui n'amasse le plaisir que pour soi. « Quelles déductions importantes tirerons-nous de nos « principes ? se demande Bentham. Sont - ils immoraux « dans leurs conséquences? — Loin de là, répond-il; ils « sont au plus hemii^oini philanthropiques et bief i faisants ^ , » Le premier mouvement de quiconque lira ces lignes ne peut être qu'un mouvement de surprise. Pourtant, quand on y réfléchit, ces déductions, que Bentham appelle justement « importantes », peuvent se soutenir. En effet, l'égoïsme bien entendu, crest la recherche du bonheur ; or Bentham regarde les jouissances de la sympathie et de l'affection comme inséparables de ce bonheur même : elles doivent donc être recherchées. Mais on ne peut obtenir l'affection d'autrui qu'en témoignant à autrui de l'affection, et on ne peut témoigner de l'affection que par des actes où entre dans une certaine portion le sacrifiée de l'égoîsme : régoïsme, pour se conserver, est donc contraint, dans une certaine mesure, de se sacrifier. — Raisonnement qui ne manque pas de force et qu'avaient déjà fait les Épicuriens antiques *. « Comment, dit Bentham, un homme pourra-t- « il être heureux, si ce n'est en obtenant l'affection de ceux « dont dépend son bonheur ? Et comment pourra-t-il obte- « nir leur affection, si ce n'est en les convainquant qu'il « leur donne la sienne en retour? Et cette conviction, com- « ment la leur communicjuer, si ce n'est en leur portant une « affection véritable? Et si cette affection est vraie, la preuve « s'en trouvera dans ses actes et dans ses paroles. » Nonseulement donc l'égoîsme doit simuler Fatfection ; mais, comme l'affection la plus vraisemblable est encore généralement la plus vraie, comme ce qu'on simule ne vaut jamais ce qu'on éprouve, l'égoîsme devra s'efforcer d'éprouver une véritable affection, ou tout au moins de se cacher à ses propres yeux comme à ceux d'autrui. Pour tromper les autres, le mieux sera donc de se tromper soi-
1. Déont., I, p. 27. — Cf. Principles of morals and legiaL, ch^X : of human disposiHons.