‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 132 sur 138 · Logiqut, t. O, iSt · texte numérisé non relu

Logiqut, t. O, iSt

LA MORALE ANGI.AKE CONTESlPOfiAINE

De ces prémisses iiièmfis d'où est sorli l'utilitiirisino, recherche uuiverselle de l'inUirét, — est nt?e rHcemir CQ Allemagne la doctrine de déco iiragem eut ifui a pri^l noin do u philosophie du désespoir «. D'après les dâ pies de Schopeiihaiier et de IlarLiimnn, corame d'aprèS'l uljlilaires, le seul bien jiositif, c'est le plaisir; seulemenT somme de peiuel'emporlLi et t'eiii portera toujours dans l'a. vers sur la somme de plaisir, âlcoiisùquemnioat le mal 1*^ porto à iamiiis sur le bien. Aussi Iw bunbuur est-H une ÎU sion, et lo rechercher est une erreur. Dans les temps nnciei rhuumnité rùvail le bonheur sur la lerre pour rindlvidï — illusion — ; au moyen ûfic, elle riiva le Loiihour daan ciel: — illusion. — Maintenant elle rôve le bonheur i| pas pour tel individu, non p:is tout de suite, mais pour Ë. pèce hutnaint; et dans un temps iadélerminé : cost ità rêve môme des utililaires, troisième et domier m stade d'îji slon u, après lequel Thumanilé, revenue de toutes ces fi mères, comprendra eofin que ta vie entière est une va illusion; que vivre, c*est se tromper, se leurrer sol-mëm que U nature, en créant la vie, crée le malheur; qu'il 3 corri^^er la nature, et, par un beau désespoir, anéantît^ soi la vie, pour faire rentrer la nature même dans le ru de l'inconscient. ^

' Celte sorte d'utilitarisme retourné n'aurait-il pas ua.| ■raison contre rulililarisrae même? Supprimez de la 1 humaine celte grande idée de désintéressement quT domine, la vie apparaîtra h l'idéiiliste comme une rechsp vaine, un etlort sans but, une impuissance qui s'igDOttt,^ do certaines heures, la vie serait insupportable à celui j aurait la conviction pleineet entiérequ'il ne peut rien VW avec (iésiutùresseraent et, en conséquence, qu'il ne ] rien aimer. On ne tarderait pas à être persuadé du B& l'existence, si l'on se persuadait complètement du néi la volonté et du néant de rafTection. Kn vain, diral*ij îisie, vous essayez de remplacer par l'espoir du plHial. désespoir de ne pas vouloir et de ne pas aimer; je dit gneniid'autantplus le plaisir que je le connaîtrai davuiâ I et quo je le prendrai pour Bn avec plus de conscieocr^ 1 plaisir ne sulBl pas pour donner un sens à la vÎ6. I èlri', en définitive, la vie n'est-eUe pas faite pour ( n<rii|ilii; par la jouissance. Nous ne sommes pas simji i, ■:< iIpjs machines à sentir, bonnes en proportion qu'a ,iM.:, cl bien; jouir perpétuellement, ce ne serait pas | .,.ir ;i voir accompli toutson rôle dans l'existence. C'ast^

nm ,)i.n, i"i. wiii •^w^fwvf^m^^mmmmwT

tâche que de vivre, c'est un labeur; se figurer la vie , comme simplement agréable, c'est la rabaisser. Il faut l sans doute espérer que peu k peu le travail de la vie deviendra de moins en moins forcé par le besoin, que nous serons de moins en moins nécessités à la peine ; mais, précisément pour cela, nous voudrons avec d'autant plus d'énergie peiner et travailler en vue d'un idéal supérieur. Ayant moins besoin du travail, nous n'en compreodroos CTue mieux la dignité ; nous comprendrons mieux que 1 énergie morale, que la volonté n'est pas un moyen de la vie, mais en est le but; qu'il faut vivre pour vouloir et agir; que l'existence, comme l'avaient compris les stoïciens, est faite de tension, d'effort, non pas seulement d'effort pour soi, mais avant tout d'effort pour les autres et par là de désintéressement.

CONCLUSION FlNAtE.

T. Nous avons mis en présence les systèmes adverses, utilitarisme et idéalisme; nous avons essayé de montrer le pour et le contre; nous avons recherché toutes les objections possibles à l'école anglaise contemporaine. Ce n'est pas que nous méconnaissions le haut rang de cette école dans l'histoire de la morale; nous pensons seulement qu'elle n'a pas encore tenu tout ce qu'elle avait promis, peut-être parce qu'elle avait promis plus qu'on ne peut, tenir. C'est moins sa faute que celle même de l'esprit humain, que celle du monde entier tel qu'il est organisé, s'il subsiste jusque dans la morale une antinomie entre l'intérêt et le désintéressement. Gomme on l'a vu, le plus récent représentant de la morale utilitaire, M. Leslie Ste-' pben , recon naît avec nous que l'utilitarisme n'a pas réponse à tout et n'est point parfait; il ajoute, avec quelque raison, que les autres systèmes ont aussi leurs desiderata et qu'il est heureux que l'humanité n'attende pas une science morale parfaite pour pratiquer les vertus sociales. Cette position modeste nous paraît mieux convenir à l'utilita-. risme que sa primitive prétention de réconcilier tous les intérêts.

Le principal défaut de l'école utilitaire, c'est d'avoir considéré trop exclusivement dans l'activité humaiue la tendaaco au plaisir, et dans le plaisir même sa forme la plus superficielle. Il y a deux sortes de plaisir. L'un répond à ,une forme particulière et passagère de l'activité, comme 1© plaisir de manger ou de boire; 1 autre est lié au fond même de l'activité, comme le plaisir de vivre, de vouloir, de

fenser. Le premier genre de plaisir est purement sensitif ; autre, plus indépendant des objets extérieurs, ne fait qu'un avec la conscience môme (lo la vie. Les utilitaires ont trop exclusivement considéré la première espèce de jouissance. On n'agit pas toujours en vue de poursuivre un plaisir particulier, détermine et extérieur à l'actioD même ; parfois on agit pour le plaisir d'agir, on vit pour vivre, on pense pour penser. Il y a en nous de la force accumulée qui demande à se dépenser; quand la dépense en est en-

■ travée par quelque obstacle, cette force devient désir ou «version; quand le désir est satisfait, il y a plaisir; quand

, il est contrarié, il y a peine; mais il n'en résulte pas que

■ l'activité emmagasinée se déploie uniquement en vue d'un plaisir, avec un plaisir pour motif; la vie se déploie et s'exerce parce qu'elle est la vie. Le plaisir accompagne chez Ions les êtres la reehercbe de la vie, beaucoup plus qu'il no la provoque; il faut vivre avant tout, jouir ensuite '.

On peut montrer ainsi dans la vie, abstraction faite de

■ la poursuite du plaisir, un principe naturel d'expansion et de fécondité : c'est ce qui fait que l'individu ne peut se aulBre à lui-même; la vie la plus riche se trouve être aussi la plus portée à se prodiguer, à se sacrifier dans une certaine mesure, à se partager aux autres. D'où il suit que l'organisme le plus parfait sera aussi le plus sociable, et que l'idéal de la vie Individuelle, c'est la vie en commun ■.

De cette manière, croyons-nous, il est possible de remplacer au fond même de l'être la source de tous ces instincts de sympathie et de sociabilité que l'école anglaise nous a trop souvent montrés comme acquis plus ou moins artificiellement dans le cours de l'évolution, et en conséquence comme plus ou moins adventices. Alors on s'aperçoit combien Bentham et les purs utililaires ont tort de chercher à éviter partout la peine, de voir en elle l'irréconciliable ennemie : c'est comme si on ne voulait pas respirer

1. Voir CCS idées développées dans noire Esquisse d'une morale tatur oMiunlion ni sanflion, c. 1.

Page 1