I. Dumont de Genève, Disc. piMim., XX
3. Beotham a soin de nous prévenir quil n'allache point à ces mots ih pureté et d'irnpurelà le sens que la ■ rhéioriquo « y altache fiéijuenuiieiit ; il les emploie dans le sens arilbmétiqu? ou muthéinalique. ■ La purele est le profil, i'impureié la perte. Lorsque la pureté pi,- "a'^-nioe dans un plaisir, c'est comme si. dans un compte, la balance
• éiait du côté du profit... L'idée première de la pureté est l'abseuca - à^ toute autre substance que ceUe à laquelle on veut donner cet at-
• Iriliui. ■ La forlne est impure, mêlée de charbon ; le cnarbon est
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assurés. L'ivrognerie, au point de vue coramercial, serait une spéculation ruineuse ; on « achèterait trop clier n le plaisir qu'elle procure.
Qu'on applique le même calcul à toutes les actions, on les verra se ranger en deux grandes classes, se diviser en bonnes et en mauvaises, puis se subdiviser en meilleures et en pires sans que les sentiments arbitaires de sympatliie et d'antipathie apportent jamais le trouble dans celte classiflfiation régulière. L'unité intérieure de poids et de mesure est découverte; désormais chacun pourra peser dans une exactfi balance ses plaisirs et ses peines, prendre les uns, rejeter les autres; cette sorte d'échange qui sans cesse a lieu au-dedans de nous, cette circulation intérieure de plaisirs et de peines, ne sera plus entravée par l'absence de commime mesure. La commune mesure, c'est ma conscience : je m'habitue à apprécier aussi exactement que possible l'intensité et la durée des plaisirs que je ressens; je 0-\e dans ma mémoire cette intensité et celte durée ; je m'efforce en outre de prévoir les conséquences ; j'interroge les statistiques, le calcul des probabilités : cela fait , je range sous les sept catégories principales les profits et les perles, j'établis une balance, et l'action est jugée; ou plutôt, non; ce terme est impropre ; l'action est évaluée. Le mal, en effet, c'est la dépense ; le bien, c'est la recelle. " I^a morale devient une affaire d'arithmétique '. »
■ C'est là une marche lente, dit Dumont de Genève, mais sûre : au lieu çue ce qu'on appelle sentiment est un apen;u prompt, mais sujet à être fautif. Au reste, il ne s'agit pas de recommencer ce calcul à chaque occasion : quand on s'est familiarisé avec ses procédés, on compare la somme du bien et du mal avec tant de promptitude qu'on ne s'aperçoit pas de tous les degrés du raisonnement. On fait de l'arithmétique sans le savoir. Cette raé- Lbode aiialyfique redevient nécessaire lorsqu'il se présente quelque opération nouvelle et compliquée, ou lorsqu'il s'agit d'éclaircir im point contesté*. «
1. Dumont da Genève, I, 58; Cf. Bi.(i7. prélim., XVIIl; Benlham, Mm/t. to the prine.,l\,vi. — Les régies de rariltiméUque morale de BfiilUan» bnt été miseit en vers anglais peu après l'Inlrodaclion aux principai Inlrmt, tang, terlain, jpffldy. fntlfull. nurt,
Sacli plcuuni uelc, il pritale he tby ead :
ir il b» piiilic, vide Jet Ibam altnd.
SBch paùu «.oid, whicheïBt be Itij lie» :
Ifpainj nul comB, let tbeia arind lo S^-v.
% Dum. deGen., I, 59.
Daos SOD Discours prélimiitaire , Dumont de Genè -e
compare l'arithmélique morale de Bentham h au syllogisme inventé par Aristote » ou au novnm organum de Bacou ; c'est, d'après lui, une sorte d' ■ instrument dans les sciences morales, un nouveau moyen de rapprocher et de comparer les idées, une nouvelle méthode de raisonnement, a Quoi qu'on pense de ces ailirmations excessives, on ne saurait nier que Bentham, outre le perfectionnement apporfé dans la partie théorique de l'utilitarisme, n'ait tente de renouveler le critérium pratique de celle doctrine; la morale utilitaire, en tant que science d'application, est fondée '.
Par ïh, Bentham a chancre la lâche du moraliste. Le moraliste ne prononcera plus les noms « repoussants » de devoir et d'obligïLlion : n sa lâche sera d'amener dans les régions de la peine et du plaisir toutes les actions humaines, afin do prononcer sur leur caractère de propriété et d'impropriété, de vice ou de vertu *. » Toutefois, nous le savons, le déonlologue n'imposera point arbitrairement à autrui les actions qu'il juge en son for intérieur les plus productives de plaisir : le plaisir dn chacun, c'est surtout son bon plaisir : « en matière de déontologie, l'homme est constamment traduit h. son propre trilîunal, rarement à celui d'autrui. » Le déontologue n'appréciera donc point, dans les actions, l'élément qui peut varier avec les individus, à savoir Vintensité : son domaine n'empiétera point sur celui
), Ibid., Diic. prélim.
a. BenUinin ne a'nrrêle point, du reste, aprÈ!" ce premier pas. l'our mieux évaluer et comparer les plaisirs et les peines, il faut connaître les principaux genres dans lesquels ils rentrent. Non seulement^ lotis lus plaisirs, quels qu'ils soient, ont sept caraclËres communs, mais chaque plaisir partage un cerlain nombre de caractSres avec d'autres plaisirs et de même pour les peines. Bentbam rangea toul«B les peines et tous les plaisirs, tant phvsiques qu'intellectuels, dans treiie classes principales. C'est Ib ce qu il appelle le tableau des motif). [Inlr. to Ihe prmc., eh. Vî Dum. de Gen., I, p. 38; Dtonl., I, p. 79.}
Ce qu'il avnil fait pour les motifs, il le lit pour les intérêt» et pour les désirs, qu'il en dislingue, dans le Tahleim d's ressorts de Faction. Il avait, dans r/n(roduc(ion aux principes, énurairé les buts derniers des actions, les plaisirs; dans le Taôleau des ressorts de l'aclion, il ënumferc les formes si nombreuses dont l'i machination revêt ces plaisirs et si~>us lesquelles la volonlé les désire. (Table of Ihe springs of artion, Works of Jerem> Bentham, part. I, p. I!)5.]
Nous relrourcrons d'autres classiRcations moins arides dans la pc^N tique de Benlham. Tous ces tableaux et ces catalot^ues représentaient pour Bentham le Iravnil pré|)nratoire d'une science uonvelle, dont c&us parlerons dans le chapitre suivant, la Pathologie mtntaie.