‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 21 sur 138 · Uéont,, I, p. 8t · texte numérisé non relu

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de la liberté individuelle. Mais, s'il lui est impossible de mesurer l'intensité des plaisirs et des peines, il n'en est

S lus ainsi pour les six autres caractères de toute sensation ; } moraliste retrouve de ce côté ce qu'il perd de l'autre. En effet, il ne s'agit plus ici que d'examiner et de classer les plaisirs à un point de vue extérieur, par leurs conséquences et leurs résultats, a Que devient alors la tâche du moraliste? Il peut mettre sous les yeux de celui qui l'interroge un 'aperçu des probabilités de l'avenir, plus exact et plus complet qu'il ne se serait offert à ses regards au milieu des influences du moment. Le moraliste peut l'aider à faire des réflexions et à tirer des conclusions, à tenir compte du passé sous un point de vue plus large et à en déduire des calculs et des conjectures pour l'avenir. Il peut lui indiquer des fins qui ne s'étaient pas présentées et les moyens de les accomplir. Il |out le mettre à mémo de choisir entre les plaisirs et les peines sagement balancés... Pour être véritablement viile, il faut qu'il aille à la découverte des conséquences qui doivent résulter d'une action donnée '. u C'est à accomplir cotte tâcke que Bentham a travaillé toute sa vie : a 11 s'occupait continuellement à calculer le nombre des plaisirs, à peser leur valeur, à estimer leurs résultats ; et la grande affaire do sa vie était de procurer à chacun des membres de la famille humaine la plus grande quantité possible de félicite, soit par l'allégement des souffrances, soit par l'accroissement des jouissances'. »

Bentham, esprit très-classificateur et Irès-méthodique, espère que le déontologue, à force de calculs, d'expériences, de slalîsliques, arrivera à mettre en telle évidence les profits ou les pertes résultant des actions, que toutes les discussions, toutes les dissidences, toutes les controverses s'éteindront peu à peu. Mettez aux prises sur telle ou telle question deux partisans du sens moral : comment voulez-vous qu'ils se convainquent, puisqu'ils s'en réfèrent k leur sentiment et que leur sentiment est contraire? La dispute ne finira que si le plus fort saisit l'autre et <■ le brûle tout vif «. Au contraire, dit Benibam, mettez en présence deux utilitaires ; ou ils tomberont aisément d'accord, ou, s'ils ne sont pas d'accord, " ce sera au sujet de quelques faits, et il n'y a pas lieu de supposer aucun

(l^eux assez déraisonnable pour se fâcher sur une question de fait. > Remarque assez juste ; mais on pourrait demander à Bentham : D'où vient cette chaleur soudaine dans les discussions sur les questions de droit? Cette indifférence à regard du fait, ce réveil et cette vivacité dès qu'il 8*agit de droit, ne tendraient-ils pas à montrer au^il y a chez l'homme quelque chose de supérieur au simple calcul des faits, une préoccupation de Tidéal ?

Mettre en pratique, pour son propre compte, les prescriptions du code moral, cela s'appelle prudence; les mettre en pratique pour le compte d'autrui, cela s'appelle bienveillance effective. Bentham n'admet que ces oeux grandes vertus, auxquelles il ramène toutes les autres \

k propos de la bienveillance, il examine les cas où cette vertu peut se trouver en désaccord avec la prudence personnelle : c*est la question du sacrifice qui se présente a un nouveau point de vue. Bentham irhésite pas un instant : si l'intérêt personnel se trouve en hostilité avec les sympathies bienmisantes, « il faut que ces dernières succombent ; il n'y a pas de remède, elles sont les plus faibles. > Il n'y a pas de remède, en effet , car il n'y a aucun moyen d'échapper à l'intérêt. « Heureusement que ces cas sont rares, » a soin d'ajouter Bentham *. Les hommes sont dans une dépendance mutuelle les uns des autres, dans une solidarité presque absolue, de telle sorte que toute haine et tout amour produisent presque nécessairement une « réaction » par laquelle la haine voit dis- Earaltre ses profits et l'amour voit combler ses pertes '. l'homme est comme le marchand, qui, s'il vendait plus cher qu'il ne doit, réaliserait de gros mais bien courts bénéfices. Ajoutons à cette dépendance qui attache les hommes entre eux, comme le marchana et l'acheteur, l'influence énorme de la « concurrence ». Il y a, dit Bentham, une concurrence dans le monde moral comme dans le monde économique : c'est la « concurrence universelle et constante pour obtenir le respect, l'estime et l'amoui^ des autres. » La* concurrence précipite la sanction et la rend plus grave. D'où il suit que presque toujours la prudence personnelle et la bienveillance s'accordent à commander les mêmes actions.

Mais, encore une fois, s'il arrive que l'action de la bien*

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