‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 22 sur 138 · DéonU, II · texte numérisé non relu

DéonU, II

EL

veillance tende réellement à nous " appauvrir » , 31 elle nous âte plus qu'elle ne nous donne, il faut l'appeler alors uae • imprudence », une «foliei, un a gaspillage de bonheur'. " Pour qu'il y ait vertu, c'est-à-dire profit, il faut, dit Bentbam, qu'il y ait égalité entre le plaisir sacrifié et le plaisir communiqué. Il faut que je vous transmelte, sans en laisser en chemin un atome, tout le plaisir que j'abandonne. Alors seulement le bonheur général n'y perd riea ; les plateaux de la balance sont en équilibre ; bien plus, le bonheur général y gagne, car les plaisirs sympathiques ont bientôt tait pencher la balance du bon côté *. Le sacrifice doit être comme une somme de bonheur (^ue je vous envoie et qui, durant le voyage, s'accroît des intérêts. — Un exemple vivant du vrai sacrifice, où la prudence personnelle et la bienveillance s'unissent et se compensent mutuellement, c'est^le déoatologue. D'une part, dans ses discours, dans ses écrits, dans tous ses efforts, qu'est-ce qui l'encourage, si ce n'est t la pensée que par là, peut-être, il produit plus de bonheur, et à moindres frais, qu'aucun autre moyen ne pourrait en produire ? Et en effet, ne contribue-t-ii pas à agrandir le domaine du bonheur ? » D'autre part, i qw liû m eoûte-t-il pour cela 9 Le soin d'arranger et de combiner quelques phrases. Ces vérités, qui ne tut ont coûte que la peine de faire entendre quelques paroles ou d'emprunter dans ce but 1» voix infatigable de la presse, n'auront-elies pas pour résultat certain d'étendre le domaine de la féiicitêî... ■ Plus Vitidigence morale de rhumanîté est grande, plus le don du moraliste a de valeur. Aussi, ■ quelle mission plus haute que la sienne ! En rendant aux autres d'inestimables services, t^ établit son droit irrésistible aux services des autres; il exerce une puissance qui, elle-même* est un plaisir... En cela, point de sacrifice d'intérêt per* sormel; c'est par ces mouens et par d'autres semblables que chacun peut seconder le progrès et accélérer le triomphe du bonheur universel '. »

On voit combien la doctrine de^Bentham est consciente d'elle-inême, et combien elle est'loin de cette confusion iovolontaire qu'on lui a tant reprochée entre l'intérêt personnel et l'intérêt général : de petits sacrifices pour entretenir la sympathie, et la sympathie pour sauver l'égfHsme, voila tout Bentham, Il revient sans cesse sur

Page 1