POLITIQUE UTILITAIRE
I, — Principes de la iÉfrisIation utilitaire. — Que la momie et la politique ûDt im m£me but. — Ce ijue ûuinoat appelle la logique de la législalioD. ~^ Suppression de la loi naturelle et du droit naturel. — Le droit dérivé du délit. — Principe important: Toute loi est mau- Taise en soi. — Que la seule alTaire du gouvernement est le choix des maui. — Crilique de la législation vulgaire et de la charité despotique.
n. — Ligblation appliquée. — Devise de Benlham : Observation. — iQiuriisance de l'anthiiif^tique morale pour le législateur. — Science DODielle, que Bentham espère fonder : Pathologie mentale, ou science de la sensation. — L'utilitarisme et la médecine. — Les vrais maîtres de BeDtliam. — Principes de pathologie. — Proportionner la peine au degré de sensibilité du coupable. Enumération des circonstances inBuant sur la sensibilité. — Proportionner la peine au mal commis. — Conséquences des actions. — Catalogues de Bentham.
— Le législateur et le chimiste.
El. — Nécessité d'une seconde science pour la législation utilitaire. — Dynamique mentale, d'après Bentliitm. — Les sanctions, au point de vue de la législation. — Doit-on sanctionner la prudence ? — Doitr on sanctionner la bienveillance et dans quelle mesure ? Anal^*se des éléments du bonheur social : subsistance, abondance, égalité, sûreté. — Que la liberté est secondaire. — Principe de la sûreté eénérale, — 1" Des lois retatives à la subsistance. — Des moyens ae remédier à l'indigence. — 2' Des lois relatives d L'abondance. — 3* Des lois relatives à la sûreté. — Définition do la propriété. — La propriétéfondéeparlaloi.— Qu'il Q'eiisle pas de droit de propriété.
— Que l'impOt n'est pas une atteinte à la propriété. — Cas dans lesquels il est nécessaire d'établir de.'i impôts. — Justification de la propriété. — 4' Des lois relatives à l'égaUté. — Théorèmes de pathologie. Tentative de conciliation entre l'égalité et la sllreté. — One toute la morale de Benlham se résume dans cette formule déduite de lliannoDienaturcile des iotéréls: Cherche ton bouheui' dans celui
d'autnii; et loiile sa politique dans celte autre formn!", déduite aussi de l'harmonie des iritérâts ; Cberche le boulieur do tous dans le bonhnur de chacun. — Uoion de la sympathie et de l'fgoismB. — Originalité du système et de l'eaprit de BeJitham.
' I. — La politique, aux yeux de Bentbam, a la méire fin que la morale ; le « déontologue » et le législateur poursuivent un même but : élever le bonheur au maximum. Mais, si la .fin est identique, les moyens sont différents. Tandis que le moraliste conseille, le léyislaleur commande; or, le commandement ne peut s'appliquer indistinctement à tout ce qui est objet de conseil. Par cela même que le législateur a des moyens plus efficaces que le moraliste k sa dispositioQ, il doit plus rarement mettre en œuvre ces moyeas; son pouvoir est plus grand, son domaine est plus restreint : H Toutes les actions, soit publiques, soit privées, j sont du ressort de la morale. Celle-ci est un guide qui peut mener l'individu, comme par la main, dans tous les détails de sa vie, dans toutes ses relations avec ses semblables. La léf^islatioa ne le peut pas ; et, si elle le pouvait, elle ne devrait pas exercer une intervention continuelle et directe sur la conduite des hommes. La morale prescrit à chaque ■ individu de faire tout ce qui est à l'avantage de la communauté, y comp-ris son avantage personnel; mais il y a bien des actes utiles h la communauté que la législation ne doit pas commander... La législation, en un mot, a bien le mémo centre que la morale, mais elle n'a pas la même circonférence '. n
Le principe de l'utiUté étant posé comme centre de la législation, Bentham exclut soigneusement tout :iulre principe et trace les lignes de démarcation de son système politique avec autant de netteté que celles de son système moral. C'est ce que Dumont de Genève appelle la logique jde la législation; cette logique consiste à rejeter « tout ce ' qui n'est pas raison » ; or n'est pas raison, d'après Ben- I Uiam, tout ce qui n'est pas utilité. On sait que uentham a écrit un long ouvrage sur les Sophismes politiques et les Sopliismes amrchiques. Au nombre de ces derniers, il place la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : « Loi naturelle, droit naturel ; deux espèces de fictions ou de métaphores... Le sens primitif du mot toi, c'est le sens vulgaire, c'est la volonté d'un législateur. La toi de la nature
l. JumoDt da Gsnâve, I, iOl. - Inlr. to lli' pvine., cli. XIX.
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est une expression flgurée; on se représcnto la nature' comme un êlre, on lui attribue telle ou telle disposition, ■ qu'on appelle figurativemeiit loi. Dans ce sens, toutes les. ijidinationa générales des hommes, toutes celles qui pa-' raissent exister îndépenâamment des sociétés humaines,! et qui ont dû précéder rétablissement des lois politiques et' dvues, sont appelées lois de la nature. Voilà le vrai sens de ce mot *. > — ■ Mais on ne l'entejid pas ainsi, ajoute-t-il. l Les auteurs ont pris ce mot comme s'il avait un sens { propre, comme s'il y avait un code de lois naturelles ; ils : en appellent à ces lois, ils les citent, ils les opposent litté- \ lalement aux lois des législateurs... Ge qu'il y a de naturel , dans l'homme, ce sont des sentiments de peine ou de , plaisir, des penchants ; mais appeler ces sentiments et ces i penchants des lois, c'est introduire une idée fausse et dan- 1 gereuse ; c'est mettre le langage en opposition avec lui | même : car il faut faire des lois précisément pour réprimei I ces penchants. >
Le droit, k son tour, est créé par la loi ; la loi naturelle étant une métaphore, le droit naturel est « une métaphore qui dérive d'une autre. Ge qu'il y ade naturel dans l'homme, ce sont des moyens, des facultés; mais appeler ces moyens, ces facultés, des droits naturels, c'est encore mettre le langage en opposition avec lui-même, car les droits sont établis pour assurer l'exercice des moyens et des facultés. Le droit est la garantie, la faculté est la chose garantie. Comment peut-on s'entendre avec un langage qui confond sous le même terme deux choses aussi distinctes? Où en serait la nomenclature des arts, si l'on donnait au métier qui sert & faire un ouvrage le même nom qu'à l'ouvrage même *. >
Après la loi naturelle, c'est la loi rationnelle à laquelle i s'attaque Bentham. « Raison fantastisque n'est pas raison, ' dit-il. RieD de plus commun que de dire : La ratson veut, la raison étemelle prescrit, etc. ; mais gu'est-ce que cette raison? Si ce n'est pas la vue distincte d'un bien ou d'un mal, d'un plaisir ou d'une peine, c'est une fantaisie, un despotisme qui n'annonce que la persuasion intérieure de celui r parle ^. « Puis vient le tour de ces rapports des choses it parle Montesquieu : ■ Je suis d une indifférence
I. Dnmonl de Genève, TrviU de légii., I, p. 143. S. DaiÉ.dsGen., I, p. U7.