Dum. de G«D., i,p. m
40 U MORALE ANGUISE CONTEMPORAINE
absolue sur les rapports ; les plaisirs et les peines, voilà ce
■ qui m'intéresse '. •>
Une fois supprimés tout droit éternel, toute justice, toute loi, toute obligation antérieurs à la volonté du législateur, il s'agit de leur trouver des équivalents. A. la loi naturelle Bentham substitue la loi artiflcielle, œuvre du
1 législateur ; au droit éternel, le droit o créé » par l'homme.
; Le législateur, dit-il, distribue parmi les membres de la
. communauté : 1° les droits, 2° les obligations. Les droits sont des bénéfices pour qui en jouit; les obligations sont des charges onéreuses. Ces deux idées opposées s'appellent pourtant mutuellement : l'origine de tout droit est une obligation ou un devoir ; l'origine de toute obligation ou devoir est un droit.
Et maintenant, quelle est l'idée « fondamentale ■ et première d'où sont dérivées et à laquelle peuvent se ramener celles de droit et d'obligation ? C'est l'idée de délit; un délit, c'est une action à laquelle s'attache une peine. ■ La loi civile n'est au fond que la loi péniile sous un autre aspect : on ne peut entendre l'une sans entendre l'autre. Car établir des droits, c'est accorder des permissions, c'est faire des défenses, c'est, en un mot, créer des délits, n Le législateur humain étant, en effet, le seul créateur du droit, et n'ayant i sa disposition qu'une autorité, — si c'en est une, — celle de la force, il ne pourra appuyer le droit que sur la force, la loi que sur la peine, la faute que sur le délit, a Le droit civil n'est donc que le droit pénal considéré sous une autre face '. »
Droits, obligations, délits, conclut Benlham, ne sont que la loi civile et pénale considérée sous différents aspects; ils existent dès qu'elle existe ; ils naissent et meurent avec elle. Rien n'est plus simple, et les propositions mathématiques ne sont pas plus certaines... Oe sont les mots droit et obligation qui ont élevé des vapeurs épaisses par lesquelles la lumière a été interceptée. On n'a point connu leur origine ; ou s'est perdu dans les nuages ; on a rai- ■sonné sur ces mots comme sur des êtres éternels qui ne naissaient point de la loi et qui au contraire lui donnaient naissance. On ne les a point considérés comme les productions de la volonté du législateur, mais comme les productions d'un droit chimérique, b
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La loi est donc une producUon comme toutes les autres, un moyea relalîf comme tous les autres ; et lu volonté qui la produit doit s'ea servir pour le plus grand bonheur du plus grand nombre. Mais une dilBculté se présente : nulle ■ loi ne peut exister sans coercition, nulle coercition sans j souffrance, et toute souffrance est un mal; toute loi estj donc, envisagée isolément, un mal '. D'une part, il est, impossible de créer des droits sans créer des obligations , et des délits, de défendre la liberté sans la restreindre; d'autre part, ■ chaque restriction imposée à la liberté est sujette à être suivie d'un sentiment naturel de peine plus ou moins grand, indépendamment d'une variété inliaie d'inconvénients et de souffrances qui peuvent résulter du, mode particulier de cette restriction '. »
C'est là une conséquence extrêmement curieuse et très-' bien déduite par Benlham du principe utilitaire. Les ulililaires, en effet, ne voient dans la libedé que le cùté extérieur : être libre, pour eux, c'est pouvoir; plus on peut, plus on est libre ; toute borne apportée au pouvoir est une. entrave mise à la liberté ; et si la liberté est un bien, toute entrave est un mal, toute loi est un mal. « Celte proposition, claire jusqu'à Cévidence, n'est point généralement reconnue : au contraire, les zélateurs de la liberté, plus ardents qu'éclairés, se font un devoir de conscience de la combattre... Ils parlent une langue qui n'est celle de personne. Voici comment ils définissent la liberté : La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. B Bentham aurait dû dire, pour être exact : tout ce qui ne nuit pas à Végale liberté d'autrui. Quant à lui, il repousse cette définition, qui est celle de la Déclaration des | droits de l'homme, et il croit avec Hobbes que la liberté s'étend partout où s'étend le pouvoir matériel. « La liberté » de faire du mal n'est-elle pas liberté? Si ce n'est pas. liberté, qu'est-ce donc? et quel est le mot dont on peut se servir pour en parler ? Ne dit-on pas qu'il faut ôter la liberté aux fous et aux méchants, parce qu'ils en abusent *? » — Mais précisément, pourrait-on répondre, l'abus de la liberté, est-ce la vraie liberté? C'est encore, sans doute, (te la liberté physique; mais, même à ce point de vue, c'est une liberté qui tend à se détruire elle-même, qui, en empiétant sur autrui, attire autrui contre soi. Loin
t. Oéonlotogie, 1, 317. — Dumotit de Genève, 1, lilS. Z. Dum. de Gon., tel.