‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 26 sur 138 · Dum. de Geo., IGS, ISS · texte numérisé non relu

Dum. de Geo., IGS, ISS

"qu'une loi ne puisse protéger la liberté qu'en la restreignant, elle ne doit la protéger que pour lui enlever îles reslriclions, pour la mettre elle-mérae à l'abri contre de» retours olîensifs de la part d'aulrui. La vraie loi n'est point . uQ mal ni une aiteiiite à la liberté individuelle; et c'est un agraadissement de ta liberté générale.

Si contestable que soit la conséquence tirée par Bentham . de la doctrine utilitaire, elle va épargner à Bentbam les ; erreurs dans lesquelles étaient tombés, en politique, Ilobbes 1 et Huivétius.

En effet, si loule loi est un mal en elle-même, le législa- 'teui' ne devra évidemment en imposer qu'avec la plus grande circonspection, n Aucune restriction ne doit être imposée, aucun pouvoir conféré, aucune loi coercitivo sanctionnée, sans une raison sufflsante et spécifique. Il y a toujours une raison contre toute loi coercilive, et une raison qui, au défaut de toute antre, serait suffisante par elle-même : c'est qu'elle porte atteinte à la liberté. Celui qui propose une loi coercilive doit être prêt à prouver non-seulement qu'il y a une raison spéciflque en faveur de cette loi, mais encore que cette raison remporte sur la raison générale contre toute loi '. d ■ — Ce sont là des conseils pratiques fort justes et auxquels devraient se conformer plus souvent nos législateurs; l'esprit très-anglais de Bentham retrouve ici toute sa supériorité en passant de la théorie à l'application.

« H en est, ajoute-t-il, du gouvernement comme de la

I médecine : sa seule aiTaire est le choix des maux. » Dans le

i choix des maux, le législateur doit avoir ce but toujours en

vue : accomplir le plus de bien possible au moyen du

moins de mal possible -, faire en sorte que la sanction

soit : 1° moins mauvaise que le mal auquel elle remédie;

I 2° meilleure que toute autre sanction appropriée au même

I mal. II y a deux choses à observer, le mal du délit et

Ile mal du remède. » L'obligation que tout droit conféré

■ amène avec lui doit avoir moins d'inconvénients que le

droit accordé n'a d'avantages; tout droit étant, nu point de

I vue économique, une acquisition, et toute obligation un

I sacrifice, " le gouvernement s'approche de la perfection à

' mesure que l'acquisition est plus grande et le sucriUce plus

petit '. ■

Les législateurs, conclut Bentljani avec son bon sens, « ont . en géaëml beaucdiip trop gouverné. Au lieu de se lier à la pmaence des individus, ils les ont traités comme des enfants et des esclaves. Ils se sont livrés à la même passion que les fondateurs des ordres religieux, qui, pou? mieux signaler leur autorité et piir petitesse d'esprit, ont • tenu leurs sujets dans la plus abjecte dépendance et leur ont tracé jour à jour, moment à moment, leurs occupations, leurs aliments, leur lever, leur rx)ucher et tous les détails de leur conduite. 11 y a des codes célèbres où l'on trouve une multitude d'entraves de celle espèce: ce sont des gènes inutiles sur le mariage, des peines contre le célibat, des rèçlenients somptuaires... et mille puérilités semblables, qui ajoutent à tous les inconvénients d'une contrainte inutile celui d'abrutir une nation, en couvrant ces absurdités d'uQ voile mystérieux pour en déguiser le ridicule. » En gL'uéral, Bentbam écnappe ;i cet écaeil oii se sontt heurtés bien des utilitaires, la charité despotique; il nel veut point, comme tant d'autres, qu'on fasse le bonheur ■ des peuples malgré eux. Précisément parce qu'il admet que la vertu est une chose relative et variable, il croit qu'elle ne peut pas s'imposer comme quelque chose d'absolu; la bienveillance, la charité, doivent se plier aux temps, aux individus, aux opinions, mais non les pUer à elles : ■ Le despotisme n'est jamais plus funeste que lorsqu'il se produit sous le manteau de la bienveillance ; il n'est jamais plus dangereux que quand il agit dans la ; conviction qu'il représente la bienveillance '. »

En résumé, d'après Bentham, la loi civile est une puis-,' sance dont il ne faut user qu'avec une grande modératioa, ' une extrême circonspection : c'est un remède efficace,: comme certains poisons, mais qu'il faut distribuer à très- 1 petites doses, car il psht tuer le malade au lieu de le| guérir.

H. — Et maintenant, comment appliquerdans la pratique ces préceptes généraux? à quels pronostics le législateur, ce médecin moral, doit-il se fier pour apprécier le caractère plus ou moins pernicieux de la maladie, le caractère plus ou moins bienfaisant du remède? Pour le législateur qui, comme dos pères de )a Révolution française, croit aux droits de Phomme, rien de plus simple; il lui suffit de

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