‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 32 sur 138 · Dnmont de Genève, I, p · texte numérisé non relu

Dnmont de Genève, I, p

■ même centre, le plaisir à son maximuni, qui se confond

■ avec l'utilo, qui se confond lui-même avec le bonheur. ' C'est là le point de départ, c'est lu aussi le point d'arrivée.

Pour la morale, tout se ramène au bonheur de l'individu; mais dans ce bonheur d'un être elle retrouve le bonheur de tous les autres èlres ; dans le particulier elle retrouve l'universel ; dans l'individu elle retrouve le monde. La législation, elle, ne s'occupe que du bonheur de la société; elle s'efforce d'augmenter, de quintupler, de « maximiser » ce bonheur; mais, par une merveilleuse identité, elle élève par là même au maximum le bonheur de l'individu; dans la somme elle retrouve les unités qui la composent;

■ dans la société elle retrouve chacun de ses membres. La morale dit à l'homme : Cherche ton bonheur; et elle ne tarde pas à transformer ce précepte dans le suivant : Cherche ton bonheur dans le plus grand bonheur du plus grand

■ nombre. La politique dit au législateur : Ghercue le plus grand bonheur du plus grand nombre ; mais bientôt cette formule devient la suivante : Cherche le bonheur de chacun. C'est là l'idée qui commence, achève, domine le système entier de Bentham : union déjà très-réelle et sans cesse progressive de tous les intérêts dans l'intérêt de tous. Par cette idée, Bentham a pu introduire dans sa morale l'apparence et les dehors du désintéressement; par cette idée, il a pu introduire d:ms sa politique un équivalent du droit. Avec la sympathie, il a sauvé sa morale cierégoisme; ravec l'égoïsrae, il a sauvé sa politique de la bienveillance

despotique et du communisme. Si l'on n'aperçoit pas l'identité établie par Bentham entre l'égoïsme et la sympathie, il est impossible de rien comprendre à son système, qui devient un tissu de contradictions.

En somme, depuis Epicure, la théorie utilitaire n'avait pas trouvé un représentant tel que Bentham. Chez Hobbes et Helvétius, elle était mêlée à d'autres doctrines; elle n'avait pas le premier, le seul rôle ; chez Bentham, elle est tout, et elle s'efforce de se suffire. Par cela même, elle s'efforce de se constituer, d'échapper à l'empirisme et au hasard; elle veut se faire pratique, et pour cela elle est contrainte de s'appuyer sur des tnéories plus précises, de faire appel à la science ; bien plus, de créer des sciences nouvelles, La morale utilitaire se pose nettement, s'oppose à l'autre morale, apprend ce qui lui manque à elle-même, y supplée; dans la lutte qu'elle engage, elle prend conscience et de sa force et de sa faiblesse. .

Grâce à l'exactitude scientifique qui caractérise l'esprit de Geutham, oo ne trouve guère dans sa vaste construction que des imperfections et des erreurs de détail. Il n'est pas exempt d'une certaine tendance à l'utopie; mais son utopie n'est autre chose que la confiance de traiter scieiitiBquement et par des quantités ce qui s'en écarte le plus. Dans ces principes politiques que nous venons d'exposer, il applique à des problèmes extrêmement complexes nn bon sens qu'on trouve rarement en défaut. C'est bien là le type de 1 utilitaire anglais, de l'économiste, classant tout, divisant tout, ne laissant rien dans le vague, ne raisonnant jamais sur une somme, sur un total, sans les vérifier, les chiffres sous les yeux. C'est par ces minutieuses recherches qu'il a pu, sans de trop dangereuses contradictions, assimiler la morale à l'économie morale, la politique à l'économie politique. Avec lui, le système utilitaire est arrivé à la période la plus décisive de son développement : Beotham est le vrai fondateur de la morale anglaise conteoiporaine.

CIIAPITRE IV

Page 1