‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 38 sur 138 · I. VtUil., ch. Ote · texte numérisé non relu

I. VtUil., ch. Ote

( du temps, en général, etc. ; — ■ il disait : — Cet accord existe 1 partout et toujours. Sluart Mil! s'écarte donc de sou maître sur [ cepoint; ilreconnaîtque l'union desintérêtsn'est pas parfaite ! dans la réalité, mais il supplée à cette imperfection réelle I d'une manière originale. Il a recours à la théorie psychologique de l'association des idées. Il n'est pas nécessaire, dit- [ U, pour que Je veuille l'intérêt des autres, que cet intérêt ■ soit continuellement associé au mien dans la réalité ; c'est ' assez qu'il le soit le plus souvent. Alors il s'y associera tout natnrellement dans ma pensée, et cela suffit; même si nos intérêts se séparent au dehors, ils s'appelleront en moi; nonseulement je ne pourrai vouloir mon utilité privée sans ' l'utilité publique, mais je ne pourrai même pas laconcevoir sans elle. Cet oplimisme absolu que Rontham mettait dans les choses, Stuart Mill le transporte ainsi dans l'esprit ', Ne ! voyant point réalisé objectivement le monde idéal que rêvait Bentham, il s'efforce de le réaliser subjectivement, de le construire dans l'Ame humaine; union, harmonie 1 subjective des utilités, voilà l'idée nouvelle qu'il introduit ,dans le problème, le moyen nouveau par lequel il espère, de l'égoïsme dont il part avec Benlham, aboutir à un désintéressement bien plus absolu que le « placement de fonds II conseillé par son maître '.

Par cette conception , Stuart Mill apporte un remarquable changement dans l'utilitarisme; si, par certains côtés, il enlève de la sohdité au système de Benlham, système bien coordonné et tout d'une pièce, il lui en donne définitivement plus qu'il ne lui en ôte : l'optimisme qu'on pourrait appeler subjectif, si discutable qu'il soit, est toujours moins insoutenable que l'optimisme objectif de Bentham.

I Ce n'est pas tout : Stuart Mill, en perfectionnant l'utili- J tarisme, le rapproche du système adverse; il fait subir à, la morale anijlaise, sur la question du désintéressement, la même évolution qu'il avait fait subir k la psychologie anglaise sur la question de la liberté morale. Nous remontons avec lui du dehors au dedans, sans pénétrer toutefois jusqu'à l'essence intime de l'être. Chez Bentham, l'union des intérêts qui produisait l'apparence du désintéressement était tout extérieure et étrangère à l'être : je voulais mon plaisir, et il se trouvait, par un concours de circonstances

presque indépendant de ma volonté, que ce plaisir était en même temps le plaisir des autres. Aussi Bentham ne pouvait-il expliquer la sympathie proprement dite ; tantôt il la ramenait à une simple concordance des plaisirs, où les êtres qui les éprouvaient n'étaient presque pour rien : alors il paraissait pencher du côté de Hobbes et de l'égoîsme pur; tantôt il la représentait comme un sentiment stii\ generis, aussi agréîJi)le qu'inexplicable et qu'il semblait admettre sans le comprendre. Stuart Mill, lui, en morale . comme en psychologie, va du dehors au dedans : il associe les plaisirs au sein même de l'Ame ; il n'admet pas seulement des actions ayant pour résultat le bonheur social, mais des inlmttans ayant pour fin ce bonheur et finissant même • par le poursuivre indépendamment du bonheur personnel, •' « comme par instinct ». Nous devenons agents intermédiaires du désintéressement, en même t^mps qu'agents intermédiaires de noti'e caractère. L'harmonie est en nous, et non pas seulement en dehors de nous. S'il n'y a pas mérite proprement dit et responsabilité, il y a déjà intériorité. L'nomme ne se borne pas à chercher^ suivant la formule de Bentham, son bonheur dans le bonheur d'autrui ; il l'y trouve en fait et nécessairement, parce qu'il l'y a placé dans sa pensée et sa volonté.

Aussi, de même que Stuart Mill, en psychologie, finissait [ par admettre une quasi-liberté morale, un pouvoir de modi- ! fier son caractère si le désir nous en vient, de même il reconnaît une semi-conscience morale, résultant de l'association dans la pensée humaine du bonheur individuel et du bonheur général. C'est là ce qu'il appelle la faculté morale {moral facully). Cette fiaculté, au lieu de produire lo respect du bonheur d'autrui, est au contraire le produit de! ce respect, comme ce respect est lui-même le produit de circonstances extérieures. Il y a là un progrès notablo sur Bentham, qui rejetait obstinément toute faculté morale, tout sentiment moral, et déclarait la conscience une « chose fictive s ; pour Stuart Mill, c'est une chose subjectivement réelle , une faculté naturelle , tout acquise qu'elle est.

Stuart Mill distingue, en effet, ce gui est naturel {naturalj de ce qui est inné {innate). Tout en rejetant pour son compte, comme nous venons de le voir, l'hypothèse de Vinnéité, i\ . ne la combat pas ouvertement; il la regarde seulement ' comme secondaire. « U n'est pas nécessaii'e, pour l'oi/^oi « aue nous nous proposons, de décider si le sentiment du c devoir (feeling of duty) est inné ou acquis. » Stuart Mill

' va même bien lûia sur ce point et, entraîné par un remarquable esprit de conciliation, il ajoute : n SU y a quelque

■ ciwsed^nné dans la question (iHh^Tzh^ any thing innate îe

■ the matter), je ne vois pas pourquoi le sentiment qui est

■ inné ne serait pas la préoccupation (regard) des plaisirs <t et des peines d autrui. S'il est un principe de la morale « intuitivement obligatoire (intuîtively obligatory), je dirais que ce doit être celui-là. S'il en était ainsi, la morale

■ intuitive coïnciderait avec la morale utilitaire (if so, the « intuitive ethics would coïncide with the utilitarian), •

' Nous examinerons plus tard si cette coïncidence des deux morales avec ce seul point commun serait bien complète. Cet essai de conciliation n'en est pas moins digne d'être I noté. Stuart Mil) ne s'y arrête pas du reste et persiste à croire ' que le sentiment moral est naturel, sans être inné. < Parler, < raisonner, bâtir des villes, cultiver la terre est naturel à « l'homme, bien que ce soit là des facultés acquises... Db

■ même que ces facultés, la faculté morale, si elle n'est

■ pas une partie de notre nature, un produit naturel comme «ces facultés (a natural outgro'wth from it), est capa-

• ble, dans une mesure très-restreinte, de naître spontanéc ment; et, par la culture, elle peut atteindre un haut

; ■ degré de développement '. »

I IL — Nous sommes à présent munis d'une sorte de liberté ot d'une sorte de conscience morale. Sur ce fondement ne pourrions-nous, avec Stuart Mill, appuyer en la fortifiant la morale inductive?Bentliam, supprimant la conscience, çnanjjuait trop d'un point d'appui dans l'homme même ; l'école înductive a désormais ce point d'appui; elle a trouvé dans l'homme une tendance vers le honneur d'autrui qu'elle a pour simple tâche de diriger; elle peut poser comme hn suprême de la conduite le principe d'utilité, a Les actions

! « sont bonnes en proportion de leur tendance à produire le « bonheur. Par bonheur, on entend le plaisir et l'absence

■ de peine; par malheur, la peine et l'absence de plaisir'. » Le bonheur, — c'eat-à-aire mon bonheur, le vôtre, loiisles

bonheurs de tous les êtres associés dans ma pensée, — étant la (in des actions, en fournit le critérium : ■ La cause finale n par rapport à laquelle toutes les autres choses sont dési- « râbles (que nous considérions notre bien ou celui d'autrui] ,

• est une existence aussi exempte que possible de peine,

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