vmt., cb. Il, p
'celle qu'elle se donnerait si elle était f libre et autonome ». Le désintéressement n'est plus une coméiiie; c'est une sérieuse association d'idées. Il y a progrès sur ce poiut dans la iioctrïoe utilitaire.
Aussi Stuart Mill proteste-t-il énergiquement contre ceux qui interpréteraient la rè^le et le critérium utilitaires dans us suLis égoïste : il rompt d une manière nette et décidée avec Ilclvétius et Bentham. « Le crilàium de la morale utlli- Uire, dit-il en propres ternies, u'est pas le plus graud B bonheur de l'agent, maïs la plus grande somme du bon-
■ heiu' général '. n Et ailleurs : « Les adversaires de l'utia litarisme ont rarement eu la justice de reconnaître que
I le bonheur qui forme le critérium de ce qui est bien dans " notre conduite n'est pas le bonheur propre de l'agent, mais celui de tous les mtéressés (of ail concerned), L'uti-
■ litarisme exige (requires) gue, placé entre son bien et celui (I des autres (between bis own happiness and that of « Qthers), ragent se montre aussi struUement impartial que « le serait un spectateur bienveillant et désintéressé (a disiu- <■ terested una beuevolent spectator) '. » On reconnaît le spectateur impartial d'Adam Smith, avec lequel Stuart ilill et la nouvelle école utilitaire ont plus d'un point de ressemblance. Enfin, dans sa Logique, Stuart Mill, revenant sur cette question, fait avec chaleur une sorte de profession de foi : ■ Sans entreprendre ici de justifier mon opinion, « ni même de préciser le genre de justification dont elle a est susceptible, je déclare simplement ma conviction, que B le principe général auquel toutes les règles de la pratique
■ devraient être conformes, que le critérium par lequel efles B devraient être éprouvées (tbe test by -wich they should « lie tried), est ce qui tend à procurer le bonheur du genre
iiuiiiain, ou plutôt de tous les ôtres sensibles; en d'au- « 1res termes, aue promouvoir le bonheur est le prin- « cipe g nérat de la téléologie ou théorie des fins (pro-
1 motion of happiness is tbe ultimate principle of teleu- « logy} '. .
Etant posé le principe général de la morale, reste à le
1. « Tlie ulilitarian slandard is not Ihe aRent'B own createst happiness, biiL Ihe fireatest amount of happiness altogether. ■ (Uiililar., p. !6, ch. il.)
2. Ulililar., ch. ii, p. 2*. — M, Spencer atlaque Slusrt Mill au suj«t ds cDlli proposition (Batei de la morale évoluiionnitle, p. 192) j mais ii lui
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maintenir en face des autres principes qui lui disputent la prééminence ; reste, en dauires termes, à le prouver. Bon-' Ihiim avait renoncé à démontrer ses principes, disant qu'il suffisait de les éclaircir, de les dégager et en quelque sorte de les montrer, Sluart Mill traite plus sérieusement la question ; pourtant il déclare lui aussi que, s'il s'efforcoi-a de faire valoir des preuves en faveur de l'utilitarisme, « ce mot > preuve ne devra pas être pris dans son acception habituelle net vulgaire.» On ne peut, dit-il, que «faire valoir
■ certaines considérations capables de décider l'intelli- 1 gence à donner ou à refuser son assentiment; et cela vaut
■ tout à fait une preuve '. s
La morale en effet, d'après Stuart Mill, n'est pas une science, mais un art. ■ Le mode impératif, dit-il, est la n caractéristique de l'art, considéré comme distinct de la « science. Tout ce qui s'exprime par des règles , des
■ préceptes, et non par des assertions sur des matières de : « fait, est de l'art; et l'étliique ou la morale est proprement < une partie de l'art qui correspond aux sciences de la ■, « nature bumaine et de la société ". » L'art se propose une fin à atteindre et la définit ; son rôle se borne à dire : Ceci est désirable; désirez ceci, La science au contraire, étant donnée la fin, la considère comme un effet à étudier; elle en détermine les causes, qui sont aussi des moyens; elle &it des théorèmes, auxquels l'art seul a le pouvoir do donner une valeur pratique en les convertissant en règles ou préceptes.
Ainsi, savoir si les fins elles-mêmes doivent ou non être poursuivies, ce n'est point objet de science ; ce n'est donc point objet de preuve directe; les moyens seuls tombent oans le domaine de la science, les fins lui écLappent. D'après Stuart Mill, « on ne saurait prouver qu'une cbosa • est excellente qu'en démontrant qu'elle sert do moyen « pour atteindre une autre chose qui est elle-même re- « connue excellente sans preuve. »
Pourtant, il y a nécessité absolue de justifier, directement r ou iudii'ectement, le principe qu'on veut assigner à la . morale. Stuart Mill en essaye une justifiiation mductive. Ce qui est visible, dit-il, c'est ce qu'on voit; de même, ce gui est désirable, c'est ce qu'on désire. Maintenant, char in uésire son propre bonheur; donc le bonheur de chacun est
désirable pour chacun, et le bonheur de tous est désirable ; pour tous'.
Le bonheur général est donc chose désirable; « c'est un a des buis de noire conduite, et par conséquent un des s critères de la morale; » mais U reste à examiner si le bonheur est le seul but, l'unique critérium.
m. — "H est palpable, dit Stuart Mill, que les gens dési- « rent des choses qui, dnns le langage oruinaire, sont tout « à fait distinctes du bonheur. » \oilà un point qu'eut nié ^Bentham de toutes ses forces. « Ils souhaitent, par esem-
• pie, la vertu et l'absence de vice non moins réellement « que le plaisir et l'absence de douleur. Le désir do la
, «vertu est un fait moins universel, mais aussi lautlientique
• que le désir du bonheur. »
Ici , Stuart Mill sort complètement de la voie suivie
)"usque-là par les vieux utilitaires. U va faire accomplir h 'utilitarisme, sur la question de la vertu, un changement très-analogue à ceux qu'il lui a déjà fait subir au sujet de la liberté et de la conscience. La vertu, le devoir, — avaient répété cent fois Belvélius et Uentliam, — ne peuvent être l'objet d'aucun désir; parlez aux hommes de vertu et de devoir, vous ne les attirerez pas mieux à vous que vous I ne remueriez des pierres sans levier; ce qui détruit chez \ l'homme l'inertie de la pierre, c'est le désir seul, et ce qui ; seul meut le désir, c'est le plaisir. Helvétius et Benlham * posaient ainsi hardiment leur système en face de l'opinion vulgaire, se souciant peu des parado.tes et ne s'occupant que des intérêts. Chez Stuart Mill, les paradoxes sont bien plus rares : il ramène à lui l'opinion; il se place dans la plupart des questions i un point de vue intermédiaire, s'accordant avec ses adversaires s-ir presque tout ce qui concerne le mécanisme mental, apercevant les mêmes pbéno- . mènes qu'eux, mais les exp!iqL»anÈ dans le fond fort différemiiient. Déterministe, A admet une certaine liberté; moraliste inductif, une certaine conscience ; moraliste , utilitaire, une certaine vertu. Il pousse successivement son syalème dans presque toutes les directions où tendent ceux (le ses adversaires ; mais il l'arrête assez à temps pour qu'il ne coïncide pas entièrement avec ces derniers.
c La doctrine utilitaire maintient non-seulement quHl • « faut désirer la veriu^ mais aussi qu'il faut la désirer avec ^i désintéressement , pour elle-même... comme une chose a désirable en soiy alors même que, dans le cas particu- ; « lier en question, elle n'aurait pas c6s autres conséquences • « désirables qu^elle tend à produire et en considération • « desquelles elle est tenue pour être la vertu, » Encore ' un nouveau pas de Stuart Mill vers la doctrine adverse : la vertu est désirable en soi-même {in itself) comme un bien dernier et une fin. Ce ne sont plus seulement quelques conséquences, c'est le fondement même de l'utilitarisme Sie remet ici en question le disciple des Épicure, des obbes, des Helvétius et des Bentham ; mais il revient aussitôt à ses maîtres, ramenant par une sorte de détour derrière la vertu même, fin en soi, le principe du bonheur. « Cette opinion, dit-il en effet, ne s'éloigne pas le moins du « monde du principe du bonheur. Les éléments qui com- € posent le bonheur sont très-variés et sont désirables « chacun en lui-même, non pas seulement lorsqu'on les c considère comme faisant nombre... D'après la doctrine ; « utilitaire, la vertu n'est pas naturellement et originaire- ' « nunt une partie du but; mais elle peut le devenir; pour ceux € qui l'aiment avec désintéressement, elle Test devenue, « et ils la désirent et la chérissent non comme un moyen « pour arriver au bonheur, mais comme une portion de leur c bonheur. » Stuart Mill reproduit ainsi en les conciliant les théories d'Aristippe et d'Epicure : tout plaisir est à la j fois fin en soi, comme le croyait Aristippe, et moyen du bon- : heur total, comme le croyait Epicure . Quant aux moyens qui, à l'origine, ne comportent aucun plaisir et ne sont conséquemment voulus que comme moyens, ils ne tardent pas à s'accompagner de plaisir : à ce titre, ils deviennent partie de la fin, ils deviennent fins eux-mêmes. Le but, qui ^ était d'abord bien au delà d'eux, ils l'attirent à eux, le rap- î prêchent ou le remplacent. Les vertus ont emprunté peu à : peu une partie de sa valeur au bonheur qu'elles proauisent; ' elles se m sont appropriée et ne semblent maintenant la devoir qu'à elles-mêmes : ainsi la terre a pris et prend chaque jour au soleil un peu de la chaleur vitale et la '. g^rae même après qu'il a disparu.
« Pour éclaircir ceci, nous pourrons nous rappeler que ' « la vertu n'est pas la seule chose qui,... en s' associant à d^