Voir DOtre Uwale dTÉficure^ ch. IV
« dentelle est le moyen, peut devenir désirable en elle- « même et le devenir avec la plus extrême intensité. Que « dire de l'amour de l'argent par exemple ? Il n'y a rien de « plus désirable originairement dans Pargent que dans le € premier tas de cailloux reluisants. Sa valeur est unique- € ment celle des objets qu'il peut payer ; elle.ne consiste ç[ue a dans les désirs autres que lui-même qu'il peut satisfaire. « Pourtant l'amour de rargent est non-seulement un des c plus puissants mobiles d'action de la vie humaine, mais, « dans bien des cas, l'argent est souhaité n6n en vue du « but, mais comme partie du but. De moyen qu'il était pour € arriver au bonheur, il en est venu à être lui-même un « élément principal de l'idée que l'individu se fait du bonjc heur. On peut en dire autant de la plupart des grands € buts de la vie humaine. Ils sont quelques-uns des élé- « ments dont le désir du bonheur se compose. Le bonheur « n'est point une idée abstraite, mais un tout concret ; et « ce sont là quelques-unes de ses parties. Le critérium « utilitaire sanctionne cela et lapprouve. La vie serait une « pauvre chose, bien mal pourvue de sources de bonheur, « s'il n'existait pas cette loi de la nature grâce à laquelle « des choses originairement indifférentes, mais qui tendent € à la salisf iction de nos désirs primitifs ou qui y sont au- « trement associées^ deviennent en elles-mêmes des sources « de plaisir, plus précieuses que les plaisirs primitifs par « leur stabilité j par Vespace de l'existence humaine qu'elles « sont capables d'envelopper, et même car leur intensité. « La vertu est un bien de ce genre. Originairement, il n*y « avait d'autre raison de la désirer ou de la pratiquer que « sa tendance à produire le plaisir et surtout à mettre à « Tabri de la douleur. Mais, gr&ce à cette association, la « vertu peut être regardée comme un bien en elle-même « (a good in itself) et peut être aussi vivement souhaitée « que tout autre bien *. »
Bentham avait comparé l'homme vertueux à l'économe ; Stuart Mill, reprenant une idée de Paley, le compare k l'avare. L'école anglaise, continuant et perfectionnant La Rochefoucauld, fait entrer avec lui c les vices dans la « composition des vertus, comme les poisons dans la corn- « position des remèdes. » Rousseau disait, à propos d'Helvétins, € que ce serait une trop abominable philosophie que t celle où l'on serait embarrassé des actions vertueuses, i^
i. UHHtar., ch. IV, p. 56, ,
STUARTMILL 91
L'école anglaise n'en est plus embarrassée, elle s'en dé^ barrasse : la passion qui a fait un Harpagon pourra bien faire un Régulus. D'ailleurs Stuart MiU est bien loin de nier qu'il y ait une grande différence entre l'avarice et la vertu, différence non de fond, mais de forme, différence d'utilité. En effet, « l'amour de l'argent, du pouvoir ou de la gloire peut rendre, et souvent réussit à rendre Tindividu nuisible aux autres membres de la société à laquelle il appartient, tandis que rien au monde ne le rend aussi précieux pour ses semblables que la culture de l'amour désintéressé de la vertu. Par conséquent, le critérium utilitaire, tout en tolérant et en approuvant ces autres désirs acquis aussi longtemps qu'ils sont utiles, ordonne ei exige que la culture de l'amour de la vertu soit poussé . aussi loin que possible, comme étant, entre toutes choses, ce qui importe le plus au bonheur général. »
En résumé, « on ne désire rien que le bonheur, et toute chose désirée autrement que œmme un moyen pour arnver à une fin au delà d'elle-même est souhaitée comme étant elle-* mime une partie du bonheur^ et n'est pas souhaitée en die-mime avant qu'elle le soit devenue ^ » Pratiquer la vertu est devenu un plaisir; en être dépourvu est devenu une peine : voilà uniquement pourquoi on désire la vertu ou toute autre chose de ce genre. Aussi, comment Stuart Mill s'y prendra-t-il pour rendre Quelqu'un vertueux ? o Le seul c moyen sera d'associer l'iaée de bien faire au plaisir ^ « ridée de mal faire à la douleur , en faisant ressortir , « pour l'imprimer à l'individu et le rappeler à son expéc rience, le plaisir qu'entraîne naturellement l'une de cr < manières d'agir et la douleur oui accompagne l'autre, c Ainsi seulement il est possible de faire surgir cette vo- « Ion té d'être vertueux qui, une fois confirmée, agit sans c égard au plaisir ou à la douleur '. »
Toute cette théorie de la vertu, qui sert, d'après Stuart Mill, à démontrer indirectement la un et le critérium de la morale utUitaire, n'est autre chose qu'une nouvelle forme de la grande théorie de l'association. Go que je désire, noir le savons, c'est toujours mon plaisir ; à ce plaisir s'associe le plaisir des autres: cette association des plaisirs produit la faculté Liorale ou conscience; de plus, au désir de mon bon*»
1. « Wbalever is desiied oiberwise than as a meaa lo somc end beyond itseir, is desired as itself a part of itappiness, and is not desirçd for itscir QDiUs it bas become so. t
»• VtiUt., cb. IV» p^CO*.
heur s'associe le désir des moyens de ce bonliour, parmi lesquels se trouvent certains actes appelés vertueux : cette association des désirs produit le devoir. C'est là toute la moralité, et ces deux associations rendent raison de tout ce qui se passe entre les hommes. Le centre de la morale, c'est toujours le moi, l'égoisme : de ce foyer rayonne tout le faisceau des sentiments moraux, qui viennent eux-mêmes se réfléchir dans' un foyer secondaire , le plaisir du bonheur général; ce foyer secondaire, il s'agirait de le rendre Élus hrillant que le foyer principal lui-même, et c'est là : lâche du moraliste.