‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 47 sur 138 · Ulilitar., ch. T · texte numérisé non relu

Ulilitar., ch. T

!1I3 LA MOIIALE ANGLAISE CONTEMPORAlflE

a beaucoup plus impérieuses; on voit donc diflicileraent « dans la justice une espèce parliculière ou branche de 10 rutilité générale, et on pense que, possédant une force c obligatoire supérieure, oUe suppose aussi une origine « entièrement dilTéreiite. n Les utilitaires ayant jusqu'alors mal résolu le problème, essayons avec Sluart Mill d'en poser de nouveau les termes.

Sluart Mill se livre d'abord à des recherches étymologiques qni n'apportent peut-être pas grande lumière dans la question '. De ce que justtim vient dejussum, il en ressort ' simplement que l'idée de justice est contenue dans l'idée

générale d'ordre, de commandement, d'obligation; on n'en peut rien conclure de plus, et il reste toujours à savoir si ce commandement dans lequel nos pères enveloppaient la justice était conçu par eux comme intérieur ou extérieur, ou les deux à la fols; comme venant de la conscience ou du législateur, ou plutôt de l'un et de l'autre. D'ailleurs, les étymologies mêmes qu'invoque Stuait Mill, ses adversaires les retourneront contre lui : par exemple, ^Ms/tce, d'après lui, signiûait à Y origine judicaiure , Sixam vient de SUr,; mais, pour avoir l'idée de procès ou de judicature, il faut d'abord , ce semble, avoir l'idée de droit -.jugement suppose jus/i'cc. Ajoutons que rccht, comme droit en français, est dérivé de reclum; il a donc son origine plutôt dans la géométrie que dans la jurisprudence ; la loi est délinie par ce mot la reclierclio et rétablissement du droit, de la droite direction parmi les hommes : cette définition est-elle bien utilitaire ^ ? « Je ne pense pas, continue Stuart Mill, qu'i7 puisse y u avoir de doute que, dans la formation de la uulioa de u justice, l'idée mère, l'élémeot primitif, n'ait été la con- « formité ix la loi. » Même dans la conduite journalière où ne peut intervenir la loi, lorsque nous disons que quelqu'un se montre juste ou injuste, cela veut dire, d'après Stuart Mill, qu'il viole, sinon la loi, du moins ce qui devrait être ta loi. 11 Nous regardons toujours comme un mal rimpuoitè

I 1, • Justum, dit Sluart Mill, est une Forme de jussum, ce qui a été

1 «ordonné. Mta.iBt vient directement de Arm, uo procès. Recht , d'où

' « Bont venus right el rigkteu\Li, eal synonyme de loi. Les cours de JU3-

t ■ tlce, radminislration de la justice, sont les cours et t'administralioti

< de U toi. La juslice est le terme reconnu en Trancais pour La judi- ' ■ cature. >

S. ■ L'étymologie, dit lul-mâme Stuart Mill, n'indique que fort incom- • plétement la ualure de l'iJéa que le mot exprime mnintpnant, mnis '■lin ■ démontre ansii bien que possible buwuieot celte idée a pris utua&wicti. ■

STl'AUT MILL 119

«c qu'obtient l'injustice, et nous tâchons d'y porter remède <t en exprimant fortement notre désapprobation et celle du « public ^ » Tout cela, pour le dire en passant, est bien .suDtil ; qu'importerait d ailleurs que la notion de loi dominât à un tel point celle de justice, dès que Stuart Mill introduit en elle la notion de ce qui devrait être, dès qu'il

ftlace, en un mot, dans la loi un élément supérieur à la oi même, irréductible à elle et qui, au fond, est peutnâtre ridée propre de justice?

Telle est, conclut Stuari Mill, l'histoire véritable y bien'

or, ridée de sanction çénale n'entre pas seulement dans la conception de la justice; elle entre, d'après Stuart Mill, dans celle de la moralité en général. « Nous ne disons: « qu'une chose est mal que lorsque nous entendons que « celui qui la fait devrait être puni d'une façon ou d'une, « autre... Ceci paraît être le point exact où se séparent lu. ù moralité et la simple convenance '. »

Ainsi, nous nous trouvons en présence d'une difficulté f soudaine : nous avons cherché les éléments primitifs de < 1 idée de justice, mais ces éléments se trouvent être en ■ même temps ceux de la moralité en général : comment donc rétablir la vieille distinction posée par tous les mora- ' listes entre la justice et la charité ? '

Cette distinction , d'après Stuart Mill , se ramène à la : suivante : il y a des devoirs qui ont pour objet des individus spéciaux et auxquels correspondent des droits, c'està-diie, ne l'oublions pas, des titres légaux; il y a d'autres devoirs qui n'ont p Jpour objet des i^ndividns'ciéterminés . et auxquels ne correspondent pas de droits. En effet, « la « justice est quelque chose que non-seulement il est bien ' « de faire et mal de ne pas faire, mais que tel ou tel individu « peut exiger de nous comme étant son droit moral. Per- « sonne n'a un droit moral à notre générosité ou à notre. « bienfaisance, parce que nous ne sommes pas moralenifj\t\ M tenus de pratiquer ces vertus à l'égard de tel ou tel indi- \ « vidu. » Ainsi, ce qui imprime un caractère distinctif h '

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