‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 48 sur 138 · miitar., ch. V · texte numérisé non relu

miitar., ch. V

^. Ou sait que Bentham n'admettait point cette différence établie par Stuart Mill entre la moralité et la convenance, le devoir et le convenable. Est moral, pour lui. tout ce qui est convenablCi et la morale es: essentiellement la science du convenable. U ne prend pas en un autru «ens le mot déontologie.

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l'idée de jiisUce, c'est l'idée de droit moyal qu'elle contient, et cette idée so résout k son tour dans la « connais- II sance ou croyance qu'il existe un ou plusieurs individus « spéciaux h qui le mal a été fait *. » Tout mal est une chose inconvenable, suivant l'expression de Bentham, c'est- 'à-diie nuisible; un mal devient moral, si nous désirons le 'voir puni par la loi, ou autrement; un mal devient injuste, s'il a eu pour objet des individus déterraiaés : telle est, ce semble, d'après Sluart Mill, la genèse de l'idée de justice. L'autorilé et la vivacité des sentiments de justice viendraient simplement de leur précision ; est juste ce qui s'applique à des individus donnés, est juste ce qui est déterminé. Gopondant, pourrait-on dire, ne nous sentons-nous pas obliges aussi bien par la charité que par la justice visâ-vis d'un individu donné? En quoi cet homme, en tant qu'homme, n'a-t-il pas un certain droit moral, non exit;ible par la force, à ma bienveillance? Enfin, abstraction l'aile des individus, l'humanité prise en bloc n'a-t-elle point ua droit plus incontestable encore à ma bienveillance '?

( II, — Stuart Mill a jusqu'à présent invoqué, sans l'expli- ! quer, un sentiment qu'il semble considérer comme capital : |ledésiVrfe;»uji(r. Ce sentiment, qui d'après lui est la base de

1. Vlililar., ch. V, p. TQ. The knowledge or beliet Ihat th^ro is soote

deOnite individual or individuals lo wtioin liarm lias bi^pn doue.

3. Stuart Mill essaye de répondre à ceue demisre otijectioii. < On

< ■ verra, dit-il, à propos da celle déHnition de la justice, comme à propos

t de toutes les déllnilions correctes, que les cas qui semblent ëtra ea

■ opposition avec eile sont ceux qui la confirment le plus. Car si un a rooralialB tente, ccmms quelques-uns l'ont [ait, de prouver qtic les K hommes eii général ont droit â tout le bien que nous pouvons leur « Taire, quoiqu'un individu donne n'y puisse prétendre, il comprend par a le tait de celte thèse la (générosité et la bienfoisance daua la catégorie

■ de IB justice. Il est obligé de dire que nos plus grands efTorls sont

■ dus h nos semblables, assimilant ainsi nos services â une dette— ; et

■ c'est là un cas de justice reconnu, l'arlout où il y a droit, c'est un cas < de justice, et non de la vertu qu'on nomma bienfaisance. ■ [Vtititar., ch. v, p. 1b.) Cette réponse de Stuart Mill est vraiment singulière : on lui demauda comment il distingue la charité de la justice, et il nous dit que nous les conCondons! Mais cette confusion dont nous lui faisons une objection était votoniaire et consciente : c'est à lui de la faire cesser^ il ne <!i.ll pns présupposer la disiinciion qu'il doit poser, ni recourir i l'idée même de justice dont il doit nous faire connaître la naissance et le développement. • On verra, conclut Stuart MiÛ, que qui- 1 conque ne place puà la distinction tiilre la justice et la morale en m général où nous venons de la placer, ne les distingue aucunement,

■ mais confond toute la morale avec la justice. ■ Prèciséroenl, il s'agit de Bavoir si la distinclion de la jusiice et de la morale en général, là où il la place, n'est pas illusoire, n'aboutit pas à cette conclusion qu'il L'eproche à ses adversaires, et qu'il se reproclieralt peut-être à lui-méma avec plus de raison.

toute moralité comme de toute justice, il va s'efforcer de | rinterpréter empiriquement.

Le aésir de punir, dans lequel se résout le sentiment de la justice, se décompose lui-même en deux éléments simples : le mouvement de défense personnelle et le sentiment de la sympathie. Je désire Repousser toute agression, punir tout agresseur, voilà le point de départ, qui est comme toujours le moi, l'intérêt égoïste. Mais la sympathie intervient : voyant un autre individu attaqué, je me mets à sa place, je désire pour lui et avec lui punir son ^ agresseur; le sentiment dé la jvistice, par opposition à celui de la simple convenance, est produit et subsistera désor- • mais. Il a, comme tous les autres, son principe dans le moi; de là il s'étend peu à peu, s'écartant de plus en plus de ce centre unique et paraissant en être entièrement distinct, quoiqu'il y tienne toujours par sa racine cachée. Il est, en somme, « le produit spontané de deux sentiments a naturels au plus haut degré, et qui sont des instincts ou i « qui y ressemblent >. »

En entrant dans le domaine de l'instinct, nous entrons aussi dans le domaine de l'animalité : rien ne sépare plus l'homme de la béte. C'est ce qu'a vu Stuart Mill : « Tous « les animaux cherchent à nuire à ceux qui leur ont nui, « ou qu'ils supposent sur le point de nuire à eux-mêmes « et à leurs petits. Sur ce point, les hommes ne diflfèrent « des autres animaux que sous deux rapports : première- « ment, ils sont capables de sympathiser non-seulement « avec leur progéniture, ou, comme certains des animaux « plus nobles, avec quelque animal supérieur qui est bon « pour eux , mais avec tous les êtres humains et même « tous les êtres sensibles; deuxièmement, ils ont une intel- « ligence plus développée, qui laisse un champ plus vaste « à tous leurs sentiments, soit personnels, soit sympathi- « ques. » Par le fait de son intelligence supérieure, l'homme comprend la solidarité qui l'unit à ses semblables, e-. qui fait que tout ce qui les menace le menace; par le fait de sa faculté supérieure de sympathie, il s'attache à des collections (tribu, patrie, genre numain), non plus seulement à des individus, et tout acte nuisible à la collection, éveillant ses instincts sympathiques, le pousse à la résistance *.

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