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STDART MILL 123
che le plus du sentiment pur et « vertueux » de la justice; il trouve la self -vengeance ; il fait aussitôt appel à la loi de l'association, au grand sentiment de la sympathie; il les ajoute comme éléments du problème, nuis mêle le tout et produit un sentiment approchant de celui de la justice, que 1 peut accepter la doctrine utilitaire sans se détruire elle- \ même.
C'est une remarque bien vieille que les vertus exagérées ] deviennent des vices; fATjSiv <ÎYav , disaient les Grecs. Ainsi . réconomie est une vertu; poussée à ses dernières limites, elle devient l'avarice; le dosir de voir infliger une punition aux coupables est aussi un excellent sentiment; poussé trop loin^ il devient la vendetta italienne. Stuart Mill, dans son analyse, accepte en partie cette antique doctrine, mais il la prend à rebours : au lieu de chercher dans la vertu exagérée la racine du vice, il cherche dans le vice la racine de la vertu; on faisait du vice l'excès de la vertu, il fait de la vertu l'amoindrissement du vice.
De cette sorte, Stuart Mill arrive à compléter, sans aboutir à des contradictions grossières, la doctrine de l'utilité.f D'ailleurs, le sentiment de la justice, quoique différent! par sa matière du sentiment de l'utilité, comme dirait Kant,. s'y rattache toujours par sa /brm«. Son contenu, sa matière,! c'est le désir de vengeance; sa forme est l'utilité sociale.: o Le mot de justice demeure l'appellation propre de certai-* a ses utilités sociales; elles sont infiniment plus important' « tes et, par conséquent, plus absolues et plus imperatives « que ne le sont les autres, comme classe, bien qu'elles ne « le soient pas plus dans de certains cas isolés. Elles doia vent donc être, ainsi qu'elles le sont naturellement, « défendues par un sentiment non-seulement différent en « intensité y mais au^si en espèce^ et qui se distingue du sena timent plus doux qui s'attache à la pure idée de favoriser « le bonheur ou le bien-être des hommes, à la fois par la « nature mieux définie de ses préceptes et par le caractère a plus sévère de ses sanctions. »
Li'idée de justice en général contient l'idée plus précise ( et plus énergique encore de droit. Stuart Mill a déjà pro- j nonce plusieurs fois ce mot, en lui donnant le sens vague ; de titre personnel. Son analyse de l'idée du droit n'est pas ; moins curieuse que celle de Tidée de justice. « Avoir un ■ « droit, dit-il d'accord ici avec Bentham, c'est avoir quelque a chose dont la société doit me garantir la possession - « (something which society ought to défend me m the ■
« possession of). Si après cela on me demande : Pour- K quoi la société le doit-elle f je ne puis donner d'autre
1 « raison quG l'ulililé générale. " Voilà le premier élément empirique do l'idée de droit, fourni par Benlliam; Sluart Mill y ajoute aussitôt le sentiment de sclf-defense. " Si celle u expression ne semble pas mettre suflisammenl en relief « la force (tlie slrength) de cette obligation et n'explique « pas l'énergie particulière de ce sentiment, c'est parce que, « dans la composition de ce sentiment, il entre non-seule- « mont un élément raisonnable, mais aussi un élément ani- (i mal, la soif de la représaillo, » Si celle soif, d'après Stuai't
, Mill, est intense et impérieuse, c'est qu'il s'agit ici du premier des intérêts, celui de la sécurité. " Notre notion du n droit que nous avons de jwus attendre à ce que nos semhlables « se réunissent pour rendre st'tre la base même de notre esùs- H tence s'appuie sur des senlîmeuts qui l'emportent par « l'intensité sur ceux qui se raltacbent aux cas ordinaires « d'utilité, à tel point que la différence dans le degré H {cela arrive souvent dans la psychologie) devient una Ci véritable différence d'espèce. Le droit revêt ce caractère « absolu, cettiiyînr apparent, et celte incommertsjirabilité avec « toute autre considération, qui conslituent la distinction « entro le sentiment du bien ou du mal et celui d'une
, n convenance ou d'une disconvenance ordinaire. » Pour adapter ces caractères à son système , Sluart Mill fait appel à l'idée de nécessité, si chère aux utilitaires : est absolue une relation nécessaire, estinfinie une limite qu'on ne peut pas reculer, est incommensurable ce dont on a plus besoin que de tout le reste. « Les sentiments en jeu Il sont si puissants, et nous comptons si positivement sur H un sentiment correspondant chez les autres (tout le u monde étant également intéressé), que la simple possihi- « lité se chanse en obligation inévitable, et que ce qui est « reconnu indispensable (physiquement) devient une néti cessité morale tout à fatt analogue à la nécessité physi-
■ * que, et qui souvent ne lui cède pas en puissance obliga- ■ toire'. »
(jette nécessité morale, si grande qu'en soit la puissance, est pourtant forcée parfois de céder; aussi, pour augmenter cette puissance, il est besoin des sanctions. La sanction, entre les mains du législateur, était considérée par Helvétius et Benlbam comme une sorte d'arme forgée, de moyen