‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 51 sur 138 · Vlililar., cli, V, p. 8i · texte numérisé non relu

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artificiel. Pour Stuart Mill, elle répond à un sentiment na-l turel, elle trouve un support dans Târae même. « Dès notre ; « première enfance, Tidée de la mauvaise action (c'est-à-dire a de l'action défendue, ou dommageable pour les autres) M et ridée de punition se présentent ensemble à notre « esprit; et l'intensité des impressions fait que l'association « qm les lie nous offre le plus haut degré d'intimité... Gela « suffit pleinement pour que les sentiments spontanés de « l'humanité considèrent le châtiment et le mécnant comme « faits l'un pour Tautre, comme liés naturellement, indé- (c pendamment de toute conséquence ^ . »

Si le désir animal de punir explique le châtiment, l'utilité ^ le justifie : le châtiment a deux fins qui, dans la théorie ; des utiUtaires et des nécessitaires, « suffisent pour le jus- ; « tifier : le profit qu'en retire le coupable lui-même, et la a protection des autres hommes. »

Dn adversaire de Stuart Mill lui avait opposé à ce sujet une objection assez spécieuse 2. Si le châtiment n'a qu'un ; but : faire détester le mal et aimer le bien, ce but pourrait ' être beaucoup mieux atteint par la récompense. Les récom-

f)enses ont en outre l'avantage d'augmenter immédiatement ' a somme de bonheur, tandis que les châtiments ne * l'augmentent qu'à la lon^e. Ainsi, « plus je serai pervers, « plus je mériterai de recompenses. » Stuart Mill n'a pas de peine à montrer que, si l'on récompensait les coupables., tout le monde voudrait l'être : l'objection tombe ainsi; toute seule. Bentham eût sans doute répondu de même,^ mais Stuart Mill va plus loin. « Supposons, ajoute-t-il, « qu'il n'en soit pas ainsi, et que la récompense soit un « moyen aussi efficace que la punition i)our améliorer un «caractère et protéger la société, la récompense se re- « commande -t- elle au même titre à notre sentiment de tt mérite f Je réponds non. La récompense choquerait le <c désir naturel, je dirais même animal, de représailles,! u qui nous porte à faire du mal à qui nous en a fait. » Il faut donc punir pour cette seule raison de punir, et parce que la punition apparaît à l'esprit comme méritée. Le sentiment du mérite et de la responsabiUté , comme celui de la justice et du droit, subsiste ainsi indépendamment de l'utilité qui l'a produit ; il conserve une valeur intrinsèque.

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