Tàe battu 0/ tht two philosophies, by an Inquirer, p
mm
laquelle l'iitililii seule peut imprimer la bonne direction. Rien de plus faillible que le prétendu instinct infaillible qui nous fait dire : Ceci est juste, cela injuste. Stuarl Mill
' s'flppuie ici sur l'arcçument sceptique bien connu : il invoque les contradictions qui se produisent chez les individus, chez les nations au sujet de la justice. Bien plus, « dans l'esprit d'un même individu, la notion de justice ne ■ se compose pas d'une seule refile, d'un principe ou d'une
' (I maxime unique, mais de plusieurs qui ne sont pas lou- « jours d'accord dans leurs injonctions; pour choisir entre n eux, l'homme est guidé ou par un crîiérium étranger, H ou par ses propi'es prédilections personnelles ^ » Noti'o auteur met en avant plusieurs questions qui, dit-il, sont insolubles si l'on s'en tient à la justice a priori sans consulter l'utiUté : par exemple, de quel droit et pour quelle fin punit-on? quelle proportion établir dans les châtiments? comment régler les salaires, les impôts '? — Ici se rencontrent dans les mêmes doutes les sceptiques et les utilitaires, les pyrrhoniens et les empiristes; ici, Mon-
. taîgne et Pascal tombent d'accord avec Heîvétius, Bentham et Stuart Mill.
En somme, Stuart Mill apporte dans la théorie utilitaire
(de la société d'importantes motlifications; mais cos modifications concernent plutôt la base sur laquelle s'appuie la société que le but poursuivi par l'art social, et qui reste toujours l'utilité. Le sentimeat de la justice est aveugle ; il ne peut diriger la politique et la législation ; c'est aux politiques et aux législateurs de l'attacher à eux, autant que po.ssible, et de le diriger vers un but. Je n'ai pas de droit, iï proprement parler, mais le sentiment du droit; c'est ce sentiment du droit, non mon droit, que le législateur doit respecter, et il ne doit le respecter qu'autant que ce sentiment se conforme plus ou moins immédiatement à l'utihté sociale.
I IV. — Nous le savons, lorsque Stuart Mill, après avoir exposé toute la morale utilitaire, arrive à cette question : Oii est le devoir, où est l'obligation? il fait appel à la politique pour compléter ^a morale. Le devoir ne peut se remplacer que de deux manières, par l'intérêt ou par l'associa-
STUAKT MILL 129
tion des idées : il faut fondre dans la réalité Tintérêt privé) etrintérét public, ou encore les associer dansTàme sielroi-j tement que nulle force ne puisse plus les séparer- Or,i qui proauira cette union objective ou cette association subjective des intérêts? Le moraliste à lui seul en est incapable; il faut qu'il demande main-forte au législateur.; Ainsi à la morale est étroitement liée la politique; Tindividu, dans le système de Stuart Mill comme dans ceux de Hobbes et d'Helvétius, tient sa vertu de l'Etat, De là vient sans doute que presque tous les utilitaires, et surtout ceux de l'école anglaise contemporaine, ont eu en même temps
Sue leur doctrine morale un système politique ou social ; s n'ont guère pu s'en tenir à Findividu, sauf Epicure^ qui précisément considérait cet individu comme doué d'un moi indépendant, d'une « liberté » un peu étrange, capable de se suffire et de s'imprimer à elle-même le mouvement *. La plupart ont eu besoin de compléter leur morale par autre chose, de porter leurs regards plus loin que rindividu, ce tout imparfait, ce membre qui ne peut jamais , former un corps, et de reposer leurs yeux dans le spectacle d'un tout idéal. .
Pour atteindre à cet idéal, il est, d'après Stuart Mill, deux ? CTands moyens : modifier par la loi les rapports des ' hommes entre eux ; modifier, par l'éducation, les hommes \ eux-mêmes. En d'autres termes, l'Etat doit venir en aide à ^ la morale : 1® par l'organisation sociale^ 2* pai* l'instruction . individuelle. '
L'organisation sociale la meilleure, d'après les moralistes/ ordinaires, c'est évidemment celle où la justice est le mieux respectée; d'après Stuart Mill, ce sera celle où le sentiment de ta justice est le plus développé et s'applique aux utilités les plus grandes. Pour apprécier la valeur respective des diverses utilités et connaître la manière la plus utile d'organiser l'Etat, c'est surtout à l'économie sociale qu'il faut . s'adresser.
L'organisation sociale ne suffit cependant pas à produire | cette harmonie des intérêts , « le chef- d œuvre de la ; législation » d'après Helvétius. Ce n'est pas tout de perfectionner et de réformer les rapports des hommes entre eux, et de construire comme le moule delà société, il faut pétrir et préparer les individus eux-mêmes. Ces individus ne sont-ils pas l'argile que le législateur, ce « i)otier » dont ;
1. Voir, dans notre Morale d'Êpicure^ les chapitres consacrés & la théorie de la liberté et du clvnamen,
QUYAU. 9
1 parlait Helvétius, placera dans le moule idéal ? C est là le rôle de l'éducation. Nous le savons, pour Helvélius et
Owen, réducalion était tout; on pouvait faire les hommes, leur donner tel ou tel caractère, se substituer presque entièrement à leur individualité. Stuart Mill, sans tomber dans cet excès, ne s'accorde pas moins avec Owen pour admettre l'influence extrême de l'éducation.
Quelle est en ellet la loi à Iai|ueUe nul être ne peut se 'dérober, qui explique tout en nous, nos idées, nos jugements, nos croyances, nos tendances, nos volilLons, nos actes? Cette loi à laquelle revient sans cesse l'école anglaise contemporaine et qui domine tout le système utilitaire, c'est l'association des idées. L'association, cause de presque tout ce (jui se passe en nous, devient un moyen à la portée de l'instituteur. Sentiment moral, sentiment du devoir, de la justice, amour de la vertu : autant de produits de l'association, autant de produits de l'expérience et de la routine haturelle, qui peuvent devenir aussi bien des œuvres de l'art, n La faculté morale, dit Stuart Miil, est susceptible, a si l'on fait suffisamment agir les sanctions extérieures et « la force des premières impressions, d'être développée n pour ainsi dire dans toute direction '. n
Stuart Mill s'efforce de faire reposer l'éducation sur des / principes scientifiques. Il détermine l'objet et trace la ; méthode d'une science nouvelle, qu'il appelle la science de la formation du caractère ou éthologie. Cette science ne peut procéder par pure exnérienco, puisqu'il s'agit d'un caractère à venir; mais des lois généi-ales fournies expérimentalement par la psychologie, l'étbologie devra tirer des conséquences de plus en plus complexes pour les appliquer aux individus. Une fois constituée, celte science n supposerait un ensemble donné de circonstances et se « demanderait ensuite quelle sera, d'après les lois de l'esa prit, l'influence de ces circonstances sur la formation du n caractère; » ce serait « un système de corollaires de la H psychologie ». Par cette science, nous n'arriverions pas sans doute hprédire l'événement dans un cas donné, faute de connaître toutes les circonstances du cas; nous saurions du moins que telles causes tendant à produire tel effet, et celte connaissance pourraitsufflre ànous guider dans la pratique. La formation du caractère, étant ainsi l'objet d'une I science, pourra devenir plus siîrement celui d'un art, l'art