CHAPITRE vm
GROTB, BAIN, BAILEY, LEWES. 8IDQWICK
I. G. Grotb. — Ses premières impressions sur Técole de Beûtliam. -^ Le traité de la Beligion naturelle. — Les croyances religieuses jugées au point de vue non de leur vérité, mais ae leur utilité.
n. M. Bain. — Éléments nouveaux introduits par M. Bain dans la question de Tobliçation morale et de la responsabilité. -;- Gon-* science morale et imitation. — Gomment M. Bain explique le senti'' ment du u devoir dans Tabstrait ». — Qu'est-ce que ce sentiment? -^ Diversité et contradiction des jugements moraux, sur laquelle insiste M. Bain ; à quoi il réduit la conscience morale en dernière aiialjse. — La collection des codes moraux de Thumanité. -^ Comment M. Bain explique l'universalité des jugements moraux, là où elle existé.
ni. M. Bâiley. — Substitution du terme de bonheur à celui d'utilité. — Le sentiment de réciprocité et de sympathie constituant la conscience morale.
rV. M. Lewes. — La vie morale, produit du mUieu social. — Développement simultané de l'intelligence et des tendances u altruistes ».
V. M. SiDGWics. — Les méthodes en morale. — Trois méthodes et trois systèmes : système égoïste, système intuitionniste, système utilitaire. — Gonclusions de M. Sidgwick sur les sanctions de l'utilitarisme. — Nécessité de la sanction religieuse pour l'utilitarisme.
L — Parmi ceux qui subirent, comme Stuart Mill luimême, l'influence si puissante de Bentham et de James Mill, , nous citerons en premier lieu George Grote, rillustra; historien et philosophe. Grote n'avait pas vingt ans qu'il appartenait déjà à 1 école de Bentham. Il connut d'abord j lUcardo, qui était membre du Parlement, puis James Mill; j voici comment il raconte lui-même son entrevue avec ca i dernier : « J'ai vu James Mill chez Ricardo, et j'espère, si «je le fréquente, recueillir à la fois du plaisir et de Tinstruc- « lion : c est un penseur profond ; il me parait en même c temps assez disposé à se répandre ; enfin il est intelligible ; « et clair. Son esprit a, j'en conviens, ce cynisme et cette' « dureté qui distinguent l'école de Bentham ^ Ce que sur- « tout ie n'aime pas en lui, c'est la complaisance avec la- « quelle il insiste sur les imperfections des autres, même « des plus grands. Mais il est si rare de rencontrer sur son
4. On sait que Stuart Mill 9% plaint de cette dureté dans son Autobio graphie.
< chemin un homme de cette profondeur que je m'empres-
< serai de le cultiver ', »
En 1876 ont paru les Fragmejils de Grote sur les sujets de morale. On y retrouve les idées essentielles de l'école benthamiste, avec un certain nombre de modiiications importantes. Grote ne parle plus guère du • plus grand bonheur » I et il parle moins encore de la c somme des plaisirs de l'in- ! diviclu « ; ridoiU moral commence à n'être plus pour lui, 'i comme pour Darwin et Spencer, que le " bien-être social », 1 l'état de santé du grand organisme humain. Notons aussi t une soigneuse distinction entre la matière de la moralité et I sa forme, enfin une genèse do la conscience morale plus I complète que les esquisses tentées par les autres disciples de Bcntham. Selon Grote, la conscience morale est un pro- ■ duît de réiat social, un résultat complexe de la sanction j attachée par la sociélé à l'observance ou à la non-observance : des prescriptions qu'elle nous impose *. A beaucoup I d'égards l'ouvrage de G. Grote, publié trop tard, était une œuvre de transition : il préparait la voie à l'utilitarisme scientitlque tel que devaient le concevoir Darwi n et Spencer- Un autre livre curieux de G. Grote, comme moraliste, est VAnalyse de l'influence de Ut religion naturelle sur le bonhuitr du genre liumain, d'après les papiers laissés par Bentham. / Le moraliste a besoin de savoir si la religion possède en réalité une influence bienfaisante ou malfaisante sur les esprits, si elle ne trouble pas notre bonheur an lieu de le favoriser, si elle n'entrave pas le progrès intellectuel et moral de l'individu, si enlin par son existence comme institution sociale elle ne comfiromet pas les intérêts de la civilisation. Telle est la question que Grote et Bentham ' examinent. Par religion naturelle, ils entendent le fonds commun de toutes les religions, et parlant la religion ! mémo en général.
Il Parmi les livres que je lus dans le courant de cette « année (1822) et qui contribuèrent beaucoup à mon déve- « loppenieut, dit Stuart Mill dans ses Mémoires, je dois men- « tionner un ouvrage écrit d'après certains manuscrits de n Bentham, publié sous le nom de Philip Beauchamp et le
1. Voir TAe personat life 0/ Gf-or'je Grote, par Mrs. lirote. London. 1873.
S, Il ne faut pas confajidre Ueorge Grote avec aon fière John Grote, qui fut (le son vivaut professeur de philosophie morale à runlTersilê de Caoïliridge el qui a laissé, eotre autres écrits, un Ecamen de la pkilolopliie utilitaire et ud Traité jur let idéaux moraux. John Groie est hostile à rutiliiarisme ; il oppose les idéaux de perri?i:tion que l'bonms peut coDcsTûir et doit rËaliser au pur calcul du bonheur.