‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 56 sur 138 · GROTE · texte numérisé non relu

GROTE

ti titre d^A^ialyse de V influence de la religion naturelle sur le* u bor^ieur temporel du aenre humain. C'était ua examen non ' « de la vérité, mais de l'utilité des croyances religieuses dans a le sens le plus général, abstraction faite de toute révélation « spéciale, — c est-à-dire de la question (jui joue de notre <c temps le plus grand rôle dans les discussions dont la reli- « çon fait l'objet. » Jusqu'ici on avait ignoré le nom du' véritable auteur de V Analyse : Stuart Mill n'avait pas cru devoir le révéler dans ses Mémoires. G*est seulement à la fin de 1874 que M. Bain Ta dévoilé dans une préface aux opuscules inédits de ûeorge Grote ^

Selon Grote et Bentham, la Religion a l'influence la plus ! pernicieuse sur le bonheur du genre humain. Elle condamne une foule d'actions qui seraient utiles aux hommes ; elle commande une foule d'actions qui sont nuisibles. Le type | qu'elle propose à leur imitation est une divinité incompréhensible à la fois dans la fin qu'elle se propose et dans les moyens qu'elle emploie ; or, quel est le vrai nom d'une telle încompréhensibilité? C'est folie. Le fou est l'homme incompréhensible dans son but et dans ses moyens tout à la fois, tandis que le génie est incompréhensible seulement dans les moyens qu'il emploie. En proposant ce Dieu terrible, capricieux, tyranniq^ue, à l'adoration de tous, la religion pervertit l'humanité. En ouvrant la perspective d'une vie sans fin au delà de la tombe, elle introduit dans la morale un motif sans valeur et sans force probante, dont les résultats ne sont que des maux. « Ces motifs surhumains sont « inefficaces pour produire le bien temporel et efficaces a pour produire le mal. » Les dommages causés à l'individu par la reli^on sont : 1® les souflFrances sans profit, 2** les privations inutiles, 3® les terreurs indéfinies, 4** la censure

1. « n ne fttut pas oublier, dit U. Bain, qaand on rappeUe les œuvres «littéraires de George Grote pendant cette période de dix ans (1820-1830), « qall consacra beaucoup de temps à des manuscrits de Jérémie Ben- « Uiam que le vénérable penseur avait confiés à son jeune disciple, « pour qu'il leur donnât une forme lisible. Après avoir digéré et arrange c cette masse de matériaux, Grote publia, en 1832. un petit volume « ia-8*» sous le titre d'Analysis of the influence of the natural religion

Dorchester, et, par conséquent, à l'abri de nouvelles poursuites. A celte époque, les libraires de Londres redoutaient d'avoir affaire à des livres où la religion était en question. Les paniers originaux de la main de Bentham sont devenus la propriété de Mme G. Grote par la volonté de l'auteur. Us existent encore, ainsi que la lettre de Bentham à Grote qui accompagnait renvoi du manuscrit. »

des plaisirs par des scrupules préalables et des remords subséquents. Les dommages causés non-seulcnient aux croyants, mais encore aux autres hommes, sont ; 1° la créalion d'une antipathie factice; 2° la perversion de l'opinion populaire, la corruption du sentiment moral, la sanctiGcatiOD de l'antipathie, l'aversion du progrès; STincapacité des facultés intellectuelles pour les choses utiles en cette vie; 4" la croyance injustifiable; 5° la dépravation du caractère; 6° la création d une classe irrémécTiablement opposée aux intérêts de l'humanité. En effet, entre l'intérêt particuilier d'une aristocratie au pouvoir et celui d'une classe sacerdotale, il semble qu'il y a une affinité et une concordance parfaite; chacune de ces classes fournit à l'autre l'instrument qui lui manque, h L'aristocratie, par exemple. Il dispose d'une masse de force physique suifisante pour « écraser toute résistance partielle, et ne demande qu'à «1 être assurée contre une opposition générale et simul- M laaée de la part do la communauté. Pour s'en garantir, « elle est obligée de prendre fortement possession do l'opi- I" nion publique, de la réduire à porter le joug, d'y im- M planter des sentiments qui neutralisent la haine de (1 l'esclavage et facilitent l'œuvre de spoliation. C'est un n but pour lequel la classe sacerdotale se trouve le mieux « faite et le plus heureusement taillée. Grâce à son influence Il sur les sentiments moraux, elle place une soumission « aveugle au premier rang des devoirs de l'homme. Ses « membres prêchent le plus profond respect pour le pou- II voir temporel ; ils représentent les autorités actuelles « comme étabhes et consacrées par l'autocrate immatériel « d'en haut, et comme participant de sa divine majesté. Le Il devoir des hommes envers le gouvernement temporel se Il confond alors avecle devoir envers Dieu ; c'est une per- H pétuelle prosternation de rintolligence, aussi bien que M de la volonté. Outre cet abaissement positif des facultés u morales, destiné à assurer la non-résistance, les épou- « vantails surnaturels, la croyance extra-expérimentale, que n le clergé est si habile à répandre, tout cela tend au même « résultat. Toutes ces causes produisent la méÛance, Il l'alarme, l'insécurilé qui dispose un homme à s'estimer « heureux d'un peu de jouissance, et en même temps elles V étouffent toutes les aspirations vers une amélioration à « venir et même toute idée que celte amélioration soit pos- « sible '. u

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