‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 57 sur 138 · I. Traduction Caiellea, c · texte numérisé non relu

I. Traduction Caiellea, c

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En somme, le traité de la Religion naturelle est inspiré par une idée vraiment originale : il n'a pas pour but, j comme tant d'autres livres de ce genre, d attaquer ou de : défendre la religion en se plaçant sur son terrain propre; i dans la sphère mystique 'où elle se retranche, la religion : peut sembler toujours inattaquable ; il transporte la question sur un autre terrain et fait la critique de la religion au point de vue moral, politique et économique : c'était là une entreprise hardie. Bien digne de Bentham et de son disciple, bien conforme à cet esprit pratique que montra récole anglaise dans toute la première moitié de ce siècle. Dans ce petit livre, qui ne fut peut-être pas remarqué comme il le méritait, 1 attaque est souvent vigoureuse, et les coups portent juste.

IL — Nous avons vu avec Stuart Mill l'école înductive ! s'arrêter hésitante devant le sentiment de l'obligation' morale ; elle ne peut s'en passer, elle ne peut le remplacer, et elle n'a pu encore bien l'expliquer.

M. Bain, un des représentants les plus distingués de cette école, introduit dans la question quelques éléments nouveaux. Ce qui ressortait le mieux des explications embarrassées de Stuart Mill;^ c'est que le sentiment de l'obligationmorale, du moins daus ce qu'il a de vif et d'impératif, était ane transformation plus ou moins lointaine de la crainte: M. Bain y voit quelque chose de plus : ce n'est pas seule-^ ment la crainte de l'autorité extérieure, c'est encore Yimitalion de cette autorité. Nous tendons à nous mettre en. harmonie avec le milieu, et en une sorte d'harmonie qui, n'est pas extérieure et comme formelle, mais intime ; nous ne nous conformons pas seulement à ce milieu, nous le reproduisons en nous; au commandement du dehors ne répond pas seulement une obéissance passive^ mais une obéissance pour ainsi dire active, un commandement du dedans : telle est la genèse de la conscience. La conscience n'est donc nullement un attribut distinct ou une faculté distincte. « Cette partie de notre constitution est moulée « sur l'autorité extérieure comme sur son type (is moulded c uponexternal authorîty asits type)... Je maintiens que la « conscience est une imitation en nous du gouvernement hors « de nous (an imitation within ourselves of the government « without us); même quand elle diffère dans ses prescripm lions de la moralité courante, le mode de son action est ena core parallèle à l'archétype. J'admets volontiers » — c'est

aussi la tliûorie de Stuarl Mill — « (ju'il y a des impulsions « primitives de l'esprit qui nous disposent à l'accomplis- « sèment du devoir social, parmi lesquelles les princi^^es « sont : 1° la prudence ou intérêt propre, 2° la sympathie n qui nous pousse à une conduite désintéressée, liais la ^1 qualité particulière ou attribut que nous appelons coq-

. Il science est distincte de toutes ces mcliaations et reproduit, « dans la maturité de l'esprit, un fac-similé du système de n gouvernement pratiqué autour de nous (a fac-simile of tbe « System of government as practised around us). La preuve Il de cette observation est dans le développement de la coa-

. H science depuis l'enfance '. »

Mais une <i grande difficulté » se présente : l'individu ne se commande pas toujours ce que lui commande l'autorité extérieure; il est des cas où lui-même, et en son propre nom^ il se donne des ordres; où il ne semble plus seulement répéter et imiter, mais commencer et créer; ou U ne conforme plus ses actes à un type objectif, mais produit et tiré ae lui-même l'idéal moral. Comment a expli- « quer les cas où l'individu est une loi pour lui-même (is a « law to hiraself)? » Il y,a là, avoue M. Bain, une apparente contradiction, mais qui, d'après lui, u n'a rien de « bien formidable. Le sentiment formé d'abord, et cultivé <■ par les relations du commandement actuel et de l'obéis- « sance actuelle, peut à la fin s'établir sur uQ fondement « indépendant [stand upon an independent foundation), H tout comme l'étudiant, instruit par la réception implicite « des notions scientifiques de ses professeurs, arrive peu « à peu à les croire ou à ne pas les croire sur l'évidence de « sa propre découverte '. » Ainsi, obéir à sa seule conscience après avoir obéi jusqu'alors et à sa conscience et à l'autorité du dehors, c'est, d'après M. Bain, faire comme l'artiste qui tend à l'originalité, qui commence par imiter, par copier même, mais finit par se suffire àlm seul et par ne compter que sur ses propres forces. L'homme moral est un disciple qui se sépare du maître, un écolier qui, après avoir répété des leçons, veut en faire à son tour. L'obligation morale n'est plus seulement, comme dans Stuart Mill, une crainte détacnëe de son objet, te châtiment, et devenue en quelque sorte neutre; c'est une autorité qui est devenue indépendante de son principe extérieur et qui semble libre.

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