‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 61 sur 138 · SIDGWICK · texte numérisé non relu

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de rintuitîon morale, comme identique au fond avec le bonheur universel, identité gui n'est pas improbable, qui est même probable. « Mais pouvons-nous réconcilier de même « l'hédonisme éçoïste avec l'hédonisme universel?... Quoi- <c que, dans un état tolérable de société, l'accomplissement « des devoirs envers les autres et l'exercice de la vertu c sociale semblent généralement coïncider avec le plus i

M grand bonheur possible de l'agent vertueux, cependant « itmiversalilé et la complète exactitude de cette coïncidence « sont tout au moins incapables de recevoir une preuve « expérimentale. Plus nous analysons avec soin les di- « verses sanctions, légale, sociale et intérieure, considé- '

N rées comme opérant dans les conditions actuelles de la « vie humaine, plus il semble certain qu'elles ne peuvent « toujours être adéquates , de manière à produire cette K coïncidence. » On voit que M. Sidgwick ne tombe pas dans les erreurs où étaient si souvent tombés Bentham et même Stuart Mill. Il ajoute : « L'effet naturel de cet argu- « ment sur un utilitaire déjà convaincu est de le rendre « désireux de changer les conditions actuelles de la vie « humaine... Toutefois nous n'avons pas à considiérer mainte tenant ce qu'un utilitaire conséquent s'efforcera de faire « pour Vavenivy mais ce qu'un égoïste conséquent a à faire « dans le présent. » La distinction est fort juste, et nous avons été forcé de la faire nous-mème en commentant Stuart Mill. « Il y a, continue M. Sidgwick, des écrivains « de l'école utilitaire qui semblent affirmer ou supposer « que, en considérant l'importance supérieure de la sym- « palhie comme élément au bonheur humain, nous ver- « rons la coïncidence du bien de chacun avec le bien de « tous. Je fais spécialement allusion au traité de Mill sur « rutilitarisme... Mais personne ne peut affirmer que la « sympathie soit actuellement assez développée chez le « plus grand nombre d'hommes pour produire ce résultat... « Aussi une autre section de l'école utilitaire a préféré ap- « puyer le devoir sur la sanction religieuse. De ce point de « vue, le code utilitaire est considéré comme la loi de « Dieu. » Selon M. Sidgwick, la sanction religieuse serait, effectivement le seul moyen de réconcilier l'utilitarisme universel avec l'égoïsme. Pauvre ressource pour le système, il faut l'avouer. M. Sidgwick reconnaît d'ailleurs que « l'existence de la sanction religieuse ne peut être dé- « montrée par de simples arguments moraux. Nous pou» « VOUS seulement montrer que, sans quelque suppositioa .

« de ce genre, la science morale ne peut être construite. « —

Après avoir exposé les arj^uments en faveur d'une sanction divine, M. Sidgwick conclut son livre en disant : « A « tout cela on a répondu très-logiquemeni que l'existence « de ces désirs, quoique élevés, ne prouve pas l'exisLence a de leurs objets... Mais on peut répliquer que nous n'au- II rions pas une conception complète de l'argument en ic faveur d'une telle liypothèse, si nous nous la repré- « sentions simplement comme satisfaisant certains désirs. H Nous devons plutôt la regarder comme une hypothèse Il logiquement nécessaire pour supprimer une contradic- H lion fondamentale dans une des principales sphères de la « pensée. Si nous trouvons que, dans les autres sphères K de notre savoir supposé, on accepte généralement pour « vraies des propositions qui ne semblent avoir d'autres fon- Il déments que notre forte disposition à les accepter et leur Il nécessité pour lier systématiquement nos croyances, il « sera difficile de rejeter en morale une supposition ayant un H fondement semblable, pour ouvrir la porte au scepticisme « universel'. "

Tel est le deus ex machina qu'invoque en dernière ressource l'utilitarisme de M. Sidgwick pour réconcilier Vkédonisme universel avec Végoisme personnel : selon ce philosophe, la sanction, au lieu d'étro comme pour Kant une conséquence du « devoir », en est plutôt une condition sine

Îuâ non. Je ne puis sacrifier mon intérêt personnel dans 1 vie présente si je ne conçois pas ce sacrifice comme devant être amplement compensé plus tard. Bentham avait donc grand tort, d'après M. Sidgwick, d'attaquer si vigoureusement les religions. La morale vient en somme se suspendre tout entière à une conception religieuse; cette conception elle-même, si on essaie de la formuler plus nettement que M. Sidgwick, ne pourra aboutir qu'à la notion d'un dieu utilitaire, voulant pour toutes ses créatures la plus grande somme de plaisirs, mais ne pouvant la distribuer dos cette vie, et uniquement occupé dans l'élernité à corriger les misères do ce monde (misères qu'il a dû luimême contribuer à produire). Cette conception d'un dieu impuissant ou repentant est elle plus soutenable que la doctrine religieuse vulgaire? Au moins celle-ci, qui considère la vie actuelle comme une épreuve imposée à la liberté

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