SIDGWICK, MURPHY
humaine, peut encore proposer une explication apparente des maux d'ici*bas en faisant de ces maux la condition du c mérite moral » : la peine et la souffrance ne sont plus alors qu'une sorte de monnaie avec laquelle on achète la moralité suprême, seul bien véritable. La uouleur prend un caractère prétendu providentiel, et le croyant ne s'étonne plus de ce qu'elle est répandue si généreusement à la surface du globe. Mais un dieu utilitaire, ne voulant que le plaisir de ses créatures et leur prodiguant les souffrances, ne seraitil pas une absurdité vivante? Il semble qu'une religion vraiment conséquente ne va pas sans un certain mépris de la douleur : comme le pressentait Bentham avec son bon sens habituel, l'utilitarisme, loin de pouvoir s'appuyer sur le mysticisme, trouve plutôt en lui son antagoniste naturel.
H. Sidgwick n'aboutit donc ni au point de vue moral, ni au point de vue religieux, à aucune conclusion satisfaisante. Sa seule conclusion logique serait une pure négation ; s'il évite cette négation, c'est qu'il n'a pas eu le courage de faire porter sa critique de la morale sur le point essentiel, sur l'origine même du sentiment moral et de ces « désirs élevés » qu'il invoque en terminant. Un souhait ou un désir n'est pas une raison; il peut y avoir opposition entre un désir instinclif et une négation rationnelle, sans qu'il y ait au coeur même de la pensée humaine cette c contradiction fondamentale » qui épouvante M. Sidgwick et qui le fait se réfugier dans un acte de foi. La contradiction, si elle existe, ne se trouve que dans son propre système. La critique souvent pénétrante et toujours si parfaitement sincère de M. Sidgwick « ouvre la porte au scepticisme », pour s'empresser ensuite de la pousser à moitié; mais il est trop tard : il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Critiquer est une marque de force d'esprit; mais on ne peut s'arrêter dans la critique sans indécision et faiblesse.
En somme, le livre de M. Sidgwick, avec ses subtilités, ses timidités et ses inconséquences partielles, marque assez bien le moment où la doctrine purement utilitaire nous semble arrivée et la crise qu'elle traverse aujourd'hui. Elle a pris conscience des difficultés; elle ne cherche plus à les cacher et ne sait guère comment en sortir. Elle abandonne de plus en plus le vieux principe de l'égoïsme sur lequel Bentham l'avait fondée, et elle ne se demande pas si elle ne perd point par là toute raison d'être. En face a'elle, au contraire, se dresse une nouvelle école, qui a l'ardeur de la jeunesse et la foi saine que donne la science : c'est l'école
IBd LA MORALE ANGLAISE CONTEMPORAINE
de l'évolution, fondée tout récemment par MU. Spencer Darwin. Il nous reste à étudier ces deux grands penseur «t à voir comment ils rajeunissent, par ries faits nouveaux et de nouvelles hypothèses, la morale utilitaire, qui a toujours voulu s'appuyer uniquement sur ries faits '
I, CtUtns encore auparavsnl nn aiilta philoBophe et paycIjoloKue, d'ui ■gprit iiii \Ku trop 6clcclique, M. Murpliy, qui a essayé de concilier , M^tali' ilMiJi'e cl U morale iatailivf, M. Murphy reconnaît trois cb09L dui9 ksqiiulles eonsUtâ la moralltii ou l'excetlcnce morale ; 1* prtKn U fuior nu présent : c'est la prudenco. ou d'une raaniëre plus précis la irriu ulililaîre; 2' préfiircr l'intéi-êl d'un autre eu aien propre : la .li^itii.'ipisemeot ou la vertu eyinpalhique-. 3" préférer une fin ij«icr >t ur]e plus liassti, par exemple l'accomplisse ment d'un dcvoii H «rj [.as rBcompcnsè ù un plaiBJr, " Je ne puis trouver, dit-il, » iltstingue proprement celte espèce de vertu des d^ux aul ' — ■ ■•- --'-■-■' •"-'■( and InMligmse, cb. sjiu, p.
se développe quand la pensée t, - r la pure 3ensali'>n et sur l'aclioi iiipagne. Let vertua désinléressies ont leur racine daus ca <l<ii excitent tous les organismes eencibles ou mémo intea' L'Limplir les sctioaïi nécessaires pour la conservation de II ~ i:ommant avons-nous acquis ridée de la saiatetâ. can ii-nou» appris que certains plaisirs, indépendttmmtKil da Isa -iint plus élevés que d'aulres et pins dignes de recherche}» iivons-nous appris à concevoir dos fins de devoir »i tinulBi II' les plus hauts plaisira nrésenU ou future devrateal êl i intimes en comparaison* Je crois que ce sens moral eu «S I ^^int ne peut être rapporté à un principe appartenaut & ^ L In vie ou h la sensElion. et peut senlement être exnlJm]
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I iiil-' avait dèji admis, la moralité Bupérïeure ft Ti
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Inmour du plaisir et de la crainte de la peine, il conUao
itn élément qui dépasse tout A la fois la vie organique e
Il [tranKends orqaaic life and ^ensalion). o
..lir peul-61re, M. Murphy revient à Kanl, Que serait m«i
Il le respect d'un principe qui serait sacré par luj-metne e
Il lui-mime une valeur absolue, indépendnramenl de note
I et de loua les autres inlèrélsT C'est la sainteté dont parlai
i voulait élever au-dessus de la vertu même, comme "
de la vertu .