I. Prison Kthics^ 12. — Morale évolutionniste^ ch. xv
et la morale n'est que la science des degrés successifs de cette adaptatioD.
Le principe fondamental, dans la doctrine de révolution, est la permanence de la force. En ce point coïncident la physique et la psychologie. La physique est tout entière suspendue, selon M. Spencer, à ce principe essentiel, sans lequel la mécanique ne pourrait se constituer. D'autre part, la permanence de la force est aussi le principe premier de la psychologie, car elle se réduit en dernière analyse à la permanence de la conscience, « La persistance «de la conscience constitue l'expérience immédiate que « nous avons de la persistance de la force, et en même « temps nous impose la nécessité oii nous sommes de l'al- II Armer '. » La conscience morale, pour M. Spencer, ne se distinguant pas de l'autre, on peut dire sans doute que la persistance de la force est le principe essentiel de la morale, comme il est celui de la psychologie et de la physique. Spinoza déduisait également sa morale du principe que l'être tend à persévérer dans l'être.
, (i Go principe de la persistance de la force est le fonde- 'if ment de tout système de science positive, » par consé- ■ quent aussi de toute morale positive. « Son autorité s'élève « au-dessus de toute autre autorité, car non seulement il est Il donné dans la constitution de notre propre conscience, H mais il est impossible d'imaginer une conscience con- <i stituée de façon à no pas te donner... Le seul principe Il qui dépasse l'expérience, parce qu'il lui sert de base, « c'est donc la persistance de la force *. >• Ainsi rentre dans la philosophie en général, et conséquemment dans la morale, un élément a priori. C'est que M. Spencer, voulant fonder toute science, y compris celle des mœurs, sur des lois nécessaires, se croit obligé de faire reposer cette nécessité sur un élément constitutif de notre nature; cet élément nous est connu par une sorte d'intuition; mais c'est une intuition de la conscience, ou, pour mieux dire, une réllexion de la conscience sur elle-même. A l'exemple de Kunt, M. Spencer semble considérer l'a priori commff ce qui dérive de la constitution même du sujet pensant, et c'est ce qui produit le caractère de la nécessité. « Nous « sommes obligés, dit-il, de reconnaître le fait qu'il y a une n vérité donnée dans noire constitution mentale *. » Celte
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vérité est l'expression de la pensée même telle qu'elle \ s'aperçoit dans la conscience : la pensée est donc a priori, j et ce qui est une condition de la pensée est nécessaire a | priori.
SLuart Mill, admettant la contingence universelle des ' lois de la nature,, rejetait toute notion semblable de nécessité et ramenait tout à des liaisons de fait. Aussi no veutil point suivre M, Spencer dans celle voie. A la letlre , que M. Spencer lui avait écrit sur <i l'utililavismo », il répond qu'il admet volontiers que les lois de la morale doivent se déduire des lois de la vio et des conditions de l'existence, mais il rejette l'adverbe nécessairemetit. Les « généralisations empiriques », que M. Spencer reproche aux utilitaires, sont en effet msuffisautes, avoue Sluart Mill; mais, si la méthode déductive doit être employée en morale, les principes dont elle part demeurent purement empiriques : ils expriment des faits et non des nécessités. Ce dissentiment de Stuart Mil! et de M. Spencer a sa première origine, comme on le voit, dans la manière différente dont les deux philosophes comprennent la persistance de la force : simple induclioa empirique selon Stuart Mill, déduction nécessaire de la consdeuce selon M. Spencer.
Au reste, ce principe est selon M. Spencer le seul élément a priori dont ait besoin la philosophie, soit dans sa partie casmologique, soit dans sa partie morale. Les autres {grandes lois de la nature et de 1 humanité dériveront de celle loi fondamentale.
Si la force no peut commencer ni cesser d'être, toute ! manifestation nouvelle d'une force doit être « interprétée <t comme l'effet d'une force antécédente u. De là dérive la transformation et la corrélation des forces, qui est vraie des forces sociales comme de toutes les autres, « Ce qui « démontre le mieux, dit M, Spencer, la corrélation des u forces sociales avec les forces physiques par l'interméu diaire des forces vitales, c'est la diflerence des quantités u d'activité que déploie la même société, selon que ses n membres disposent de quantités différentes de force , a tirées du monde extérieur. Nous en voyous tous les ans ■ a un exemple dans les bonnes et les mauvaises récoltes '. » - Les forces sociales, étant une transformation des forces vi- ; taies, qui sont elles-mêmes une transformation des farces i
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physiques, dérivent comme celles-ci du rayonnement solaire. « La vie de là société repose sur les produits ani* « maux et végétaux, et ces produits sur la chaleur et la « lumière du soleil '. » Les phénomènes sociaux, et par conséquent les phénomènes moraux qui en dérivent, sont de la chaleur transformée.
. La nécessité pour une force de se transformer vient de ^ l'existence des forces adverses. En présence de ces forces, la direction du mouvement suit toujours la voie de la [ plus faible résistance ; et c'est encore une loi de la société, ; comme c'est une loi de la nature. Les hommes ont peuplé les parties du globe qui leur offraient le moins d'obstacles. ; Les travaux de l'industrie et la distribution de seâ produits par le commerce sont aussi une vérification de cette loi. ; Tout mouvement qui rencontre une résistance devient I rhythmique, et celte loi du rhythme est encore applicable ; à la société. L'offre et la demande^ la hausse et la baisse ; des prix, les naissances, les mariages, les morts, les mala- . dies, les crimes, le paupérisme « présentent la mêlée des M mouvements rhythmiques qui s'opèrent au sein de la so- « ciété. » Si Ton notait toutes ces ondulations, nous aurions un dessin compliaué semblable à la houle de l'Océan *. Le monde entier n est qu'un rhythme, comme l'avait compris déjà dans l'antiquité Heraclite. « Le monde, disait « ce dernier, est un feu divin qui s'allume et s'éteint en « mesure. » Sans doute c'est cette mesure suprême, c'est la loi suprême de ce rhythme que la moralité devra reproduire.
j Le rhythme fondamental qui se retrouve dans toutes les lois du monde physique et dans toutes les lois du monde moral, c'est ce que M. Spencer appelle l'évolution et la dissolution. Là est le dernier secret de la morale comme de la cosmologie. C'est l'évolution qui va nous expliquer les lois extérieures ou objectives de la moralité et la moralité intérieure ou subjective.
;' IIL — La loi d'évolution est le passoge de Tuniformîté à : une variété harmonieuse. Celte grande loi, M. Herbert j Spencer l'avait appelée d'abord la loi du progrès ; plus tard, I ne trouvant pas ce mot assez général, le trouvant aussi, il
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