‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 71 sur 138 · Ibid,,p · texte numérisé non relu

Ibid,,p

3. Sur tidée de justice et de droit dans M. Spencer, voir Vidée moderne du droit en Allemagney en Angleterre et en France et la Science sociale contemporaine par M. Alfred Fouillée, livre deuxième.

'vîdu révolution non moins fatale des sentiments et des idées. La moralité qui est dans les objets, et qui se confond avec la nature même des choses, se reproduit et s'exprime dans le sujet pensant, dans la conscience individuelle, petit monde que le grand façonne à soo image. Passons avec

■ M. Spencer de la loi morale, c'est-à-dire de l'objet que la moralité réalise, au sujet moral et à la moralité même.

, La moralité ne peut être pour M. Spencer une faculté propre, pas plus que pour Stuart Mill -, c'est un ensemble de sentiments et d idées produits par des impressions accumulées, fixées et à la longue devenues héréditaires.

Il y a trois sortes de sentiments, (^ui correspondent aux trois phases de l'évolution. Ceux qui ont pour objet l'individu sont les sentiments égoïstes ou plutôt égoïstiques (egoistic sentiments); ceux qui ont pour objet les autres êtres et la société sont les sentiments altruistes {altruistic setttiments) ; eaBn, entre ces deux extrêmes, il y a des sentiments mixtes qui expriment les degrés divers d'adaptation SUT lesquels l'individu et le milieu se mettent en harmonie; [. Spencer les appelle sentiments égo -altruistes (ego-altniislic sentiments) : tels sont l'amour de la louange, l'honneur, la crainte du blâme, etc., où l'élément égoïste se mêle à l'élément altruiste. Ces sentiments intermédiaires ont un caractère de variabilité beaucoup plus grand que les sentiments extrêmes, parce qu'ils expriment la variété même des progrès dans 1 adaptation de l'individu à la société.

La plupart des critiques dirigées contre la théorie de

l'évolution en morale et contre la manière dont elle explique

I les sentiments moraux proviennent, selon M. Spencef , de

. ce qu'on a confondu les sentiments altruistes, qui sont

: proprement moraux, avec les sentiments égo-altruistes. Ces

; derniers, « en différents temps et en différents lieux, sont

; » souvent tout à fait opposés. Delà on a argué que la genèse

« des émotions, d'après la manière que nous avons décrite ,

: n ne peut jamais aboutir à des sentiments stables et wii-

j a versets, répondant au bien et au mal intrinsèques. » Or,

, ajoute M. Spencer, cette critique suppose que, « dans la

« nature des choses, il n'y a rien qui rende une espèce de

« conduite mieux adaptée qu'une autre à la vie sociale;

■ (1 chaque chose serait ainsi indéterminée. Induire qu'aucun " « sentiment stable n'a pu être engendré par le procès que

« nous avons décrit, c'est prendre pour accordé qu'il n'y a « aucune condition stable pour le bien-être social. » Les

formes temporaires de conduite dont les sociétés ont eu! besoin ont produit des idées et des sentiments temporaires de bien et de mal ^ ; mais toutes les idées de moralité et tous les sentiments moraux « doivent devenir uniformes et «permanents^ par la raison que les conditions d'une vie « sociale complète sont uniformes et permanentes. »

Les sentiments de plus en plus stables qui trouvent leur* satisfaction dans le bien-être ae tous et qui, par conséquent, . sont adaptés aux conditions fondamentales et immuables , du bien-être social, sont les sentiments qu*on nomme altruistes. « Les sentiments altruistes sont toutes les exci- « tations sympathiques de' sentiments égoïstes en eux- « mêmes; et ils varient dans leurs caractères selon les € caractères des sentiments égoïstes sympathiquement exce cités. » Le premier est la générosité pure; le second est la piité. « Tout sentiment altruiste a besoin du sentiment « égoïste correspondant comme facteur indispensable... ce Les gens d'une bonne santé, après avoir été sérieusec ment malades, deviennent bien plus tendres pour ceux

1. « Evidemment, si les formes temporaires de conduite qui ont été' nécessaires provoquent des idées temporaires de bien et de mat avec ' les sentiments correspondants, il faut inférer aue^ les formes permanentes de conduite nécessaire provoqueront des idées permanentes de bien et de mal avec les sentiments correspondants ; et alors, mettre en question la genèse de ces sentiments, c'est mettre en doute 1 exis- ' tence de ces formes. Or, qu'il y ait de telles formes permanentes de conduite, personne ne pourra le nier en comparant les législations de toutes les races qui ont dépassé la vie purement déprédatoire (purely- I predatory life)... ^

« Cette variabilité de sentiment n'est que la conséquence de la transi- ' tion du type originel de société (adapté aux activités destructives) au type civilisé de société (adapté aux activités pacifiques). Tout le long ae ce progrès, il y a eu un compromis entre les nécessités en conflit et un compromis correspondant entre les sentiments en conflit. PerpélueUeroent, les conditions sont en partie changées, les habitudes correspondantes modifiées, et les sentiments réajustés. De là toute cette inconstance. Mais autant les activités pacifiques deviennent fermement dominantes, et autant les conditions pour lesquelles les activités pacifiques doivent être déployées harmonieusement deviennent impératires, autant les idées correspondantes deviennent claires et les sentiments correspondants deviennent forts. » IPrinciples of psychologij P- 607.) ,

« Le régime industriel fqui est celui de notre époque) se dislingue | du régime déprédatoire (qui fut celui des premiers hommes) en ce que ' la mutuelle dépendance devient grande et directe entre les membres • de la société, tandis que le mutuel antagonisme devient moindre et indirect.... A mesure qu^une société avance en organisation, que la solidarité de ses parties s'accroît, et que le bien-être de chacun est mieux fonda avec le bien-être de tous, il en résulte que le progrès des sentiments qui trouvent satisfaction dans le bien-être de tous se confond avec le progrès même des sentiments ajustés à une condition fondamentale et immuable du bien-être social. » (Principles of psyckohffy, p. 607, 608.)

OUTàU.

a qui sont malades qu'ils ne l'étaient auparavant. C'est « qu'ils ont maintenant les sentiments égoïstes qui, étant « sympathiquement excités, produisent les sentiments al- « truistes appropriés. »

Des formes plus simples de sentiment altruiste, passons /maintenant à la forme la plus complexe : le sentiment de iustice. Selon M. Spencer, ce sentiment n'est autre que Tamour de la liberté personnelle, sympathiquement excité par la vue de ce qui restreint la liberté d'autrui *. La liberté personnelle est « ce sentiment qui se complaît à ne ren- « contrer dans les conditions environnantes aucune res- « triction aux diverses sortes d'activité ; c'est le sentiment « qui est blessé, même dans les natures inférieures, par « tout ce qui enchaîne les membres ou arrête la locomo- « tion, et qui, dans les natures supérieures, est blessé a par tout ce qui indirectement empêche les modes d'ac- « tivité (impedes the activities) et même par tout ce qui « menace de les empêcher. Ce sentiment, qui sert pri- « mitivement à maintenir intacte la sphère réclamée par « rindividu pour le légitime exercice de ses pouvoirs ef « l'accomplissement de ses désirs, sert secondairement, « lorsqu'il est excité par sympathie, à causer le respect (( pour les mêmes spnères chez les autres individus; il « sert aussi , par son excitation sympathique, à provoquer « la défense des autres lorsque leurs sphères d'action « sont envahies ■. » A mesure que le sentiment, sous sa forme égoïste, devient plus représentatifs au point d'être excité par les atteintes à la liberté les plus indirectes et les plus éloignées, il devient simultanément, sous sa forme altruiste, « meilleur juge de la liberté d'autrui, « plus respectueux des ég:ales réclamations d'autrui , et

< désireux de ne pas empiéter sur les droits égaux des « autres. » — « Les sociétés passées et présentes fourqis- « sent la preuve évidente de ces relations. At'un des ex- « trêmes, nous avons cette vérité familière, aue le type de

< nature qui se soumet le plus facilement à resclavage est

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