‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 73 sur 138 · Principles of psychology^pn · texte numérisé non relu

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« industrielle », qui répond aux seconds. A moitié sauvages et à moitié civilisés, nous sonmies encore à moitié ! égoïstes et à moitié altruistes *.

■ V. — Avec révolution des sentiments altruistes se produit une évolution des idées et principes qui y répondent. « Ici, « dit M, Spencer, nous pouvons observer la relation de ce « point de vue avec les théories éthiques courantes, spéciale- « ment la doctrine de l'utilité *..• Lorsque le mot utilité a été

• 1'. /6id., 620, 621. — M. Spencer, comme Benlham, fait du reste le

procès de raltruisme pur et exclusif, du pur désintéressement, et en

!'■ montré les inconvénients pratiques lorsqu'on le pousse à l'excès. 11 y a,

ï^elon lui, deux morales ou. si Ion veut, deux religions, celle de l'égoïsme et celle de l'altruisme; l'humanité primitive n'en avait qu'une, la première ; l'humanité du lointain avenir n'en aura qu'une, la seconde. « Entre « le commencement et la fin, pendant toute l'évolution sociale, il faut a qu'il s'établisse entre elles une sorte de transaction. • {Introduction à la science sociale y trad. fr., p. 192. Morale évolutionniste , ch. xm et xv). « L'altruisme a du bon et l'égoïsme aussi, et une transaction ^ntre lés tt deux principes est continuellement nécessaire. » (Mirf., p. 199.) Si l'on veut pousser à l'extrême l'un ou l'autre de ces deux principes, il se détruit. • La doctrine du sacrifice, par exemple, est insoutenable dans sa « forme absolue. Le travail, les entreprises, les invenlions, les perfec- « tionnements reposent sur ce principe que, dans une société où il y a « beaucoup de besoins non satisfaits, chacun songe & satisfaire ses pro- « près besoins plutôt que ceux des autres. La vie industrielle est basée «c là-dessus. » Si Pierre ne s'occupait pas de lui-même et n'avait souci que du bien-être de Paul, de Jacques et de Jean, tandis que chacun de ceux-ci, sans faire attention à ses propres besoins, travaillerait à pourvoir aux besoins des autres, ce circuit, outre qu'il serait fort pénible, ne donnerait qu'une médiocre satisfaction aux besoins de chacun, à moins que chacun n'eût la conscience de son voisin. « Le pur altruisme conduirait à une impasse aussi bien que le pur égolsme. » Au delà de certaines limites, le sacrifice de soi-même est un mal pour tout le monde, pour ceux en faveur desquels il s'accomplit aussi bien que pour ceux qui l'accomplissent. Pour que le renoncement soit pratiqué par un homme, il faut que l'égoïsme soit pratiqué par un autre. S'il est noble de procurer une jouissance à autrui, l'empressement à accepter cette jouissance est tout le contraire. « L'absurdité de l'altruisme absolu devient manifeste quand on réfléchit qu'il « n'est praticable sur une grande échelle que s'il se trouve dans la même • société une moitié égoïste à côté d'une moitié altruiste. Si diacun s'intt téressait dûment aux autres, il n'y aurait personne pour accepter les u sacrifices que tous seraient prêts à faire. » Peut-être faut-il là un correctif que M. Spencer aurait dû apercevoir : il est bon que l'altruisme soit dans les intentions, mais qu'en môme temps chacun s'efforce de rendre inutile pour soi-même tout sacriûce d'autrui. C'est ce qui se produit dans les familles bien unies^ où chaque membre sent qu'il peut compler au besoin sur le dévouement absolu des autres membres, et cependant prend à tâche de leur épargner tout dévouement de ce genre. M. Spencer conclut en disant : • L'altruisme pur dans une société im- « plique une nature humaine qui rend l'altruisme pur impossible, faute

Morale évolutionniste, p. 169.

2. « Ce mot d'utilité, convenablement compréhensif, a des inconvénients ; « et reçoit des explications qui égarent. 11 suggère vivement la pensée

« éclaîrci, débarrassé des associations trompeuses, et que « sa signiâcation a été étendue d'une manière adéquate, « nous voyons que la doctrine de VuHlité peut être mise « en harmonie avec la théorie de révolution des sentiments € moraux et idées morales^ pourvu qu'elle reconnaisse les (c effets accumulés des expériences héréditaires; et nous « voyons qu'alors la sympathie même, et les sentiments. « résultant de la sympathie, peuvent être interprétés « comme produits par des expériences d'utilité. » Mais ces . expériences ne sont pas nécessairement des calculs conscients; elles sont devenues des instincts en apparence spontanés. De là la croyance « au caractère sacre, spécial € de ces hauts principes, et le sens de la suprême autorité . « des sentiments altruistes qui y répondent *. » î

Cette suprême autorité n'est autre chose que la suprême nécessité de cet état d'équilibre final vers lequel tendent tous les individus.

Est-ce une autorité vraiment impérativey comme le dit M. Spencer, c'est-à-dire vraiment obligatoire? Non ^ si l'on attache un sens moral et mystique au mot d'obligation. L'autorité des grandes règles de justice n'est pas une contrainte « morale » , mais une contrainte physique provenant.

de rhabitude; c'est une sorte de nécessité subjective résul-^

des usages, des moyens, des fins prochaines ; il ne suggère que faiblement ridée des plaisirs, positifs ou négatifs, qni sont les fins ultimes. et qui, dans les discussions éthiques, sont seuls considérés. De plus, il implique la reconnaissance consciente de moyens et de fins; il implique le choix délibéré d'une voie pour gagner un avantage ; il n'indique pas les cas nombreux dans lesquels les actions sont déterminées et rendues habituelles par les expériences de résultats agréables ou pénibles, sans aucune généralisation consciente de ces expériences. » 1. « Pour faire comprendre pleinement le point de vue auquel je me l place, écrivait M. Spencer à Stuart Mill, il semble nécessaire d'ajouter < qu'aux propositions fondamentales d'une science morale développée cor- • respondent certaines intuitions morales fondamentales^ qni se sont développées successivement et se développent encore dans la race et qui, bien qu'elles soient les résultats &e3opériences d^utilité accumulées^ gradnellement passées à l'état organique et transmises béréditairenjeni, sont arrivées à être entièrement indépendantes de l'expérience consciente. « De même que, selon moi, l'intuition de l'espace possédée par un indÎTidu vivant a été le fruit des expériences organisées et consolidées des individus qui l'ont précédé et qui lui ont légué leurs organisations nerveuses lentement développées ; de même que cette intuition, qui n'a besoin des expériences personnelles que pour se déterminer, est devenue en apparence indépendante de l'expérience ; de même je crois que les expériences d'utilité organisées et consolidées à travers toutes les générations passées de la race humaine ont produit des modifications nerveuses correspondantes, qui, par transmission et accumulation con- tinue, sont devenues chez nous certaines facultés d'intuition morale, certaines émotions répondant à une conduite juste ou injuste, sans ' aucune base apparente dans les expériences d'utinté individuelle. »

' tant de notre constitution, qui elle-même résulte des im- ; pressions accumulées à travers les âges. Grâce à Thérédité, ' cette tendance plus ou moins nécessitante vers les actions , conformes au bonheur a pris la forme d'une intuition *. M. Spencer applique amsi son explication générale des idées innées à 1 idée du bien moral ; et il ajoute que ces idées se trouvent exactement conformes aux choses précisément parce qu'elles sont le résultat des choses. « De « même que l'intuition de l'espace répond aux démonstra- (( tiens exactes de la géométrie, et que nous voyons ses (( conclusions grossières interprétées et vérifiées par la géo- « métrie, je tiens que Vintuilioji morale répondra a\ix dé- « monstrations de la science morale et y trouvera l'interpré- « tation et la vérification de ses conclusions grossières '. » En d'autres termes, les nécessités de notre pensée, . façonnée par les choses, correspondent aux nécessités des choses elles-mêmes. Cette sorte de nécessité objective est un second équivalent de l'obligation morale que nous propose M. Spencer. En vertu même de la vie sociale est né et s'est développé en nous un sentiment de « coercivité », qui nous porte à faire passer le présent après l'avenir et nos ' désirs personnels après les droits des autres.

Toutefois ce sentiment, quelque fort qu'il puisse être ) aujourd'hui, n'est que transitoire et correspond à un état ' social encore inférieur. Un jour viendra où, la conduite morale étant devenue la conduite naturelle^ le « devoir » finira par être toujours un « plaisir ». Les sentiments moraux guideront les hommes d'une manière tout aussi spontanée et exacte que le font maintenant les sensations ^. Au sacrifice même, à tous les actes que nous regardons encore comme pénibles s'attacheront de telles joies, qu'il y aura entre les hommes une sorte de concurrence pour le dévouement * : partout et toujours le plaisir de chacun sera identique au bien de tous.

La morale ainsi entendue a-t-elle une sanction ? Cette sanction n'est encore, selon M. Spencer, que la nécessité même des lois naturelles qui amèneront tôt ou tard l'équilibre final de la société. Tout ce qui n'est pas dans le sens de ce progrès n'est qu'un moment transitoire; tout ce qui , est dans le sens de ce progrès prend un caractère de plus

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