‹ La morale anglaise contemporaine: morale de l'utilité et de l'évolutionChapitre 77 sur 138 · DERNIERS DISCIPLES DE DARWIN ET DE SPENCER · texte numérisé non relu

DERNIERS DISCIPLES DE DARWIN ET DE SPENCER

11 faut seulement transformer le mobile du plaisir de manière à rétendre du moment présent à Tinlérèt individuel tout entier, et de Tindividu à Tintérêt universel. Cette* extension est le résultat de l'évolution même qui lie les intérêts objectivement, et, en nous, elle résulte d une sorte d'évolution intellectuelle qui fait que nous agissons pour des symboles du plaisir de plus en plus larges et élevés. Glifibrd applique ici la théorie de Spencer sur les « notions) symboliques ». Le premier symbole qui flnit par prévaloir f sur le plaisir du moment, c'est l'idée du moi et de son intérêt total. Qu'est-ce que le moi? Un groupe de sentiments agrégés entre eux par une association longue et répétée.. « L'abstraction du moi sert desuppport pour lier ensemble^ « ces motifs complexes et éloignés qui dirigent la plus grande ^ «f partie de la vie chez les. races intelligentes. Quand une « chose n'est désirée pour aucun plaisir immédiat qu'elle « puisse apporter, elle est généralement désirée en raison € d'un certain substitut symbolique du plaisir [&ymbolic substi- « tute for pleasure) : le sentiment que cette chose est proQ- , € table pour le moi. Et dans beaucoup de cas, ce sentiment, « qui d abord tirait sa nature agréable de la représentation « affaiblie des plaisirs simples dont il était le symbole, cesse « après un temps de les rappeler et devient lui-même un « plaisir simple. De cette façon, le moi devient une sorte de « centre autour duquel roulent les motifs reculés, et auquel j « ils ont toujours quelque rapport *. »

Les races inférieures agissent d'après l'impulsion du' moment; puis le moi s'étend, s'agrandit, il embrasse la famille, la tribu. Le sauvage ne souffre pas seulement quand on lui écrase le pied; il souffre quand on écrase sa tribu, car il perd sa femme, sa hutte, ses moyens d'alimentation. « La tribu flnit donc par entrer naturellement dans cette conception du moi qui rend possibles les désirs éloignés en leur donnant un objet immédiat. » Les peines et les jouissances actuelles qui provenaient des succès et des malheurs de la tribu, se fondent ensemble; un symbole les remplace comme centre de désir, le moi de tribu {tribal self).

Alors intervient la sélection naturelle : à ces races appar- ' tient le triomphe, chez qui la notion du moi social est la plus puissante et triomphe habituellement des désirs immédiats.

Clifford désigne par le mot antique de piété la disposition

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