INTRODUCTION A LA CRITIQUE
sables. De plus les penseurs anglais, par exemple Stuart Mill, ne reculent devant aucune subtilité, et il faut pouvoir les suivre dans tous les détours de leur argumentation. Si nous n'avions en face de nous que des Hobbes ou des Spi* noza, si Técole anglaise et surtout l'école utilitaire était représentée de notre temps par des génies aussi logiques, aussi rigoureux dans les paradoxes mêmes; si elle était seulement représentée par des hommes comme Helvétîus ou La Mettrie, capables ae ne reculer, avec la logique française, devant aucune conséquence de leurs doctrines, notre tache serait à vrai dire bien allégée ; nous n'aurions qu'à suivre leur pensée en allant droit devant nous. Il n'en est pas ainsi pour certains représentants modernes de la « morale inductive » : l'esprit anglais, très-perçant, manque parfois de rigueur et de vigueur ; la pensée anglaise, un peu tortueuse, oublie volontiers la voie droite pour se jeter* dans les chemins de traverse; se plaisant aux analyses de détail, elle perd de vue le tout, et si la finesse lui fait rarement défaut, la logique lui manque parfois.
On voit que nous ne nous dissimulons point les difficultés de notre tâche. Du reste, il n'y a pas en philosophie de question facile. Lorsqu'on veut approfondir un problème, on le voit toujours, donnant naissance à d'autres problèmes, se prolonger ainsi à l'infini, et l'intelligence, à mesure qu'elle s'enfonce plus avant dans la réalité, sent la lumière se faire plus rare et lui échapper peu à peu : ainsi, sous la profondeur des fiots de la mer, pâlit et se perd la lueur des astres en une longue et vague traînée lummeuse. \ — Une chose doit nous encourager : si le problème moral : compte parmi les plus obscurs, c'est aussi celui qui inté- ' resse le plus l'esprit humain; c'est celui qui se pose devant nous avec le plus de force : il est doux d'agiter de telles questions, môme quand la solution semble se dérober à i nos prises.