LA FIN MORALE. ^ LE BONHEUR DE L'HUMANITÉ
« Yidu, et qu'en conséquence le bonheur général est un ! « bien pour la réunion de tous les individus '• > — Personne , assurément, ne conteste que le bonheur de la collection ne soit un bien pour la collection. Mais qu'est-ce que Stuart Mill entend par la collection, par la somme des individus? Pour une collection en tant nue telle, c'est-àdire pour un nombre abstrait, il n'y a pas ae bonheur ; il ne pourrait y en avoir que pour les individus réels qui la corn- ^
{>osent. Stuart Mill soutiendra- 1- il donc que le bonheur de a collection est nécessairement pour chaque individu un ' bien, et le bien suprême ou le suprême désirable ? Ce qui serait plutôt le bien de l'individu, ce serait son bonheur à lui; avez-vous donc montré que le bonheur de l'individu et le bonheur de la collection sont inséparablement liés ? Ainsi, au premier paralogisme que nous avons déjà relevé dans cette induction fondamentale s'en ajoute un second, encore plus grave, et Stuart Mill ne nous a nullement, jusqu'à nouvel ordre, prouvé « par toutes les preuves que nous puissions exiger, « que le bonheur de la société est la fin suprême pour l'individu. Son raisonnement contenait déjà une première confusion, signalée plus haut, entre ce qui est désiré et ce qui est désirable : une chose ne doit pas nécessairement être désirée parce qu'elle a été , est ou sera désirée. A cette première confusion, Stuart Mill en ajoute maintenant une seconde entre le désir aénéral du bonheur et le désir du bonheur général. De ce qu un voleur désire son bonheur, et de ce qu'un gendarme désire le sien, il ne s'ensuit nullement que le premier désire et doive désirer le bonheur du second, m que le second désire et doive désirer le bonheur du premier.
Ainsi, au début de ia morale sociale comme au début de { la morale individuelle, la méthode inductive de Stuart Mill place un principe qui n'est ni un fait évident ni une nécessité évidente : que le bonheur général soit toujours désiré par lïndividu, ce n'est point un fait évident; que le bonheur général soit toujours désirable pour l'indiviau, ce n'est point une nécessité évidente. La méthode qui se pré« tendait toute positive et expérimentale commence donc par un principe purement hypothétique, par un postulat des plus contestanles; et ce postulat, en définitive, c'est précisément ce oui est en question. Tel est le cercle vicieux où s'enferme ces le début la morale de Stuart Mill. Sous sa
i. Vimtar., ch. IV {loc, cit,).
forme égoïste, elle a commencé par une pétition de priii'^ cipejsoufi sa forme altruiste, elle commence encore par une petilioD de principe.
I II. — Admettons cependant sans preuve cette fin proposée : A l'individu, le bonheur géoéi^l. Trouverons-nous au moins ' un crilérium pour déterminer d'une manière sûre les moyens qui y conduiseat. Il était difficile de calculer la plus grande somme possible de plaisir chez l'individu et de déterminer exactement les actions qui favorisent ou entravent en lut le développement du bonheur, mais il faut reconnaître que la difficulté n'est point aussi grande lorsqu'il s'agit du bonheur social : plus les masses de bonheur sur lesquelles une action influe sont considérables, plus il devient aisé de connaître l'effet que cette action tend à produire. Le calcul, en effet, tombe sous la tot des j;rtinds nombres. L'ivrogne peut douter que, pour lui, les conséquences de son ivrognene représentent un excédent de peine ou de plaisir ; mais , s'il prend pour but le bonheur social et suit des yeux les conséquences sociales de son acte, que Bentham oous montre se déroulant à travers la société entière, il ne pourra douter qu'elles ne représentent un excédent de peine pour l'humanité. C'est que, en tombant pour ainsi dire dans le milieu vaste et mouvant de la société, chaque action laisse après elle une ondulation d'autant plus large et visible que le cnilieu où elle se produit est moins resserré.
Toutefois la morale utilitaire anglaise, ne pouvant établir ' les lois du bonheur social que sur les grands nombres, s'appuie en déSnitive sur de simples moyennes, sur des généralités et des probabilités. Des lors, peut-eJIe être sûre et Eositive? ne fait-elle pas entièrement défaut à ceux qui ont i malheur d'être des exceptions ou de se trouver dans des circonstances exceptionnelles? Proposer à l'individu pour règles de conduite des généralités, n'est-ce point comme si Ton donnait pour modèles en littérature des lieux communs?
Voici donc ta question qui se pose : — Si la fin suprême . est « le plus grand bonheur de tous », et que, dans une drconslaace exceptionnelle, les moyens qui tendent gêné* ralement à produire le plus grand bonheur de tous ne tendent point a le produire, l'agent ne devra-t-il pas se servir d'autres moyens plus efficaces? N'aboutirons-nous point ainsi à une casuistique qui exclura toute règle flxef — Si