LA FIN MORALE. *- LE BONHEUR DE L^HQMANITÉ
trouve et qui rendent l'acte utile à rhumanité? En fait d'utilité, tout dépend des circonstances. — Mais cela diminuera la confiance des hommes les uns danà les autres. >— Non, cela diminuera simplement la confiance des amis qui, par exemple, avant de partir en voyage, viendront' confier un dépôt à leur ami. De même, si Ton donnait^ pour loi universelle aux pauvres de garder le porto-* monnaie d'un homme riche qu'ils trouvent dans la rue ou ' dans un meuble acheté par eux, etc., cela ne pourrait diminuer la confiance que des personnes riches qui perdent leur porte-monnaie ou vendent des meubles. Cet inconvénient ne s6rait-il pas compensé, dans tel ou tel cas spécial, par les avantages qui résulteraient d*une meilleure distribution des richesses?
D'ailleurs, pourquoi parlez-vous d'universaliser? N'est-ce
G s une idée en contradiction avec un système fondé sur i faits de l'expérience? Dans la réalité positive, aucun cas donné n'est jamais entièrement semblable à un autre et ne peut être conséquemment réglé par la même loi. Dans lé cas où j'agis, personne au monde, excepté moi, ne sait ce que je fais; donc personne n'en peut éprouver la moindre alarme ; placez n'importe qui dans cette situation, il devra faire ce que je*yU&..Mais si vous changez la situation, si vous supposez que Tami qui va me confier le dépôt prévoit que je le garderai , comment voulez-vous que, toutes les circonstances variant, la règle reste la même? Dans le premier cas, je devrai garder le dépôt; dans le second, je devrai le rendre; qu'est-ce que cela prouve, si ce n'est qu'une règle utilitaire, très-propre à un cas donné, ne s'applique pas aux cas contraires? « Erige ton action en loi universelle, » soit, mais en loi universelle pour toutes les actions accomplies dans les mêmes circonstances. L'utilité ne peut pas aller plus loin. Or, je le soutiens, mon action, érigée ainsi en loi, contribuerait au bonheur social, loin de l'entraver; je dois donc l'aceomplir.
En définitive, je dois selon vous faire telle action «i, placé dans telles circonstances, je souhaite atteindre tel ou tel but : vos préceptes varieront donc suivant les circonstances; ils s'appliqueront à tot^ les individus placés dans les mêmes circonstances, nullement à tous les individus placés dans des circonstances différentes. Qu'on le remarque, la vertu utilitaire par excellence, ïhabiletéy consiste précisément à adapter ses actions aux circonstances, à saisir en toute
occasion les différences, les nuances, et, ces différences, oes nuiinces qui existent dans les choses, à les faire passer dans la conduifo. Aussi, qu'un discicjle de Mill ne me dise
F as qu'en gardant le dépôt conHe j'agis contrairement à habitude, à la coutume; que, cherchant une voie nouvelle, je risque de me tromper, de m'é{;arer, de causer le malheur public au lieu de contribuer au bonheur public. Toutes mes prijcaulious sont prises, vous dis-je, je suis sûr du réassir; le puis dormir plus tranquillement encore qu'AIeicandre i la veille d'une bataille. — Hais le mauvais exemple pour votre famille? — Excellent, au contraire. Du reste, m vous craignez le moindre inconvénient de ce côté, je garderai sur mon action, même envers les miens, le silence le plus absolu. — Mais le mauvais exemple donné en quelque sorte à vous-même? l'habitude prise d'empiéter sur la propriété d'autrui, le respect perdu pour tout ce qui n'est pas votre bien propre? — A moi d'être assez habile pour que le succès ne me tourne pas la tête. Vous craignez encore ?Ëh bien, je m'engage à ne manquer désormais en rien , et dans aucune circonstance , aux règles de ce qu'on appelle la probité. Que voulez-vous de plus? Entre vous et moi, il s'établit malgré vous-même une sorte de compromis que vous ne pouvez éviter. Dans cette sorte de comédie humaine dont 1 issue sera, croyez-vous, le bonheur, je ne joue pas peut-être l'un des moindres rôles; seulement, une partie de ce rôle, je le joue en aparté; vous seul entendez ma pensée et voyez mes actions, que les autres personnage.^ n'entendent ni ne voient, et c'est pourtant moi, quelquefois, qui mène tout le drame; que pouvez-vous faire, sinon, quand je réussis, de m'applaudir?
Au reste, dans cette sorte de discussion à laquelle nous venons d'assister, le dépositaire infidèle aurait pour lui les ■ textes les plus précis de Stuart Mill lui-même. Dans le discours que nous venons de prêter à notre personnage, il n'est pas un mot qu'on ne puisse rigoureusement déduire des pages suivantes de la Logique.
1 Dans toutes les branches des affaires pratiques, dit
■ Stuarl Mill, il y a des cas où les individus sont obligés
■ de conformer leurs actions à une règle préétablie, et c à'autres oii une partie de leur tâche consiste à trouver et
■ à instituer la règle d'après laquelle ils doivent diriger leur I conduite ». « Le premier cas, par exemple, est celui d'un