‹ La morale appliquée a la politique, pour servir d'introduction aux observations sur les moeursChapitre 10 sur 116 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des Lois en gënëral.

Je n'examine point par qui les lois doivent être Eûtes ; cette question est exclusivement dures*' sort de cette ancienne politique à laquelle la mo« raie était étrangère .

Les anciens ont très-souvent fait intervenir les dieux dans Fœuvre de la législation. Cette intervention vaut mieux que celle des héros ; c'est peut-être le seul cas où la ruse soit préférable à la force.

J. J. Rousseau reconnaît les lois à ce caractère , qu'elles ont été faites par tous et pour tous.

Il importe peu qui les a faites , pourvu qu'elles obligent tous les sujets et le législateur lui-même . Car, du moment où il y a quelqu'un au dessus des lois , leur puissance est détruite : la soumission n'est plus alors T effet de la volonté, mais de la contrainte ; nul ne se fail scrupule d'éluder, leiir autorité dès qu'il peut s'y. soustraire, et il y a désobéissance toutes les fois qu'il y a espoir d'impunité.

Les législateurs de Locres et de Thurium ont laissé au monde deux exemples immortels de res«pect pour leurs propres lois. D'après celles de Zeleucus , un homme convaincu d'adultère devait avoir les deux yeux crevés : son fils se rendit coupable de ce crime, et tous les Locriens, émus de compassion , demandèrent la grâce du coupable avec tant d'instances que Zeleucus , se laissant fléchir , ne fit arracher qu'un œil à son fils ; mais , en même tems, il s'en fit arra^ cher un à lui-même , afin de satisfaire à la fois à ce qu'exigeaient la tendresse paternelle et la loi qu'il avait rendue.

Charondas fit plus , il scella ses lois de son propre sang. Pour prévenir les meurtres, qui avaient trop souvent lieu dans les assemblées

APPLIQUÉE A LA tÔLlTÎQUÈ. îig

{mbliques , il avait défendu d'y paraître arme ^ sous peine de mort. Un jour , revenant de la campagne , il apprit que le peuple était convoqué , et se rendit à l'assemblée sans songer qu'il portait une arme : un citoyen lui en fit l'observation , en disant qu'il violait la loi que lui-même avait portée : <« Au contraire , dit Charondas , » je Tapprouve et la confirme à jamais. » En disant ces mots , il tire son épée , s'en frappe et meurt aussitôt.

Ces exemples feront sourire de pitié tant de législateurs courtisans qui ; semblables aux lâches flatteurs dont parle Racine , vont répétant chaque jour,

. . . . k ..... Que les plus saintes lois , Maîtresses du vii peuple ,■ obéissent aux rois ; Qu*un roi n'a d'autre frein que sa volonté même , Qa*ilxioît immoler tout à sa grandeur suprême ; Qu'aux larmes, au travail , le peuple est condamné, Et d'un sceptre de fer veut être gouverné.

3o LA MORALE

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