CHAPITRE IL
Suite du même sujet.
Les lois ont été établies pour maintenir la justice parmi les hommes , pour mettre le faible à Tabri des violences du fort, et protéger la force elle-même contre les ruses et les pièges de la faiblesse.
La conscience a dicté les premières lois ; simples et pures comme leur source , elles ne furent d^abord que le commentaire et Tapplication de cette maxime de la morale universelle : Ne fais pas à autrui ce que tu ne coudrais pas qui te fût fait à toi-rmime. Pour s'y conformer , Thomme n'avait besoin que de consulter son propre cœur. Mais lorsque l'ambition et l'avarice eurent armé les hommes les uns contre les autres , et que , tantôt sous le nom de justice , tantôt sous le nom de guerre, le meurtre fut érigé en droit , tout devint incertain , et la vie
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même parut n'avoir ëté donnée aux uns que pour (aire jouir les antres du barbare plaisir de la leur arracher. L'orgueil , la superstition et Tignorance devinrent les seuls législateurs des nations ; le fort dit au faible : « La nature ne t'a donné aucun droit qui ne m'ait été transmis par la conquête. Si tu reçus des dieux un guide secret que tu nommes conscience, ces mêmes dieux t'ordonnent de ne l'écouter que par la voix de mes ministres. Travailler , te dépouiller pour moi, me livrer ta femme et tes filles, faire tuer tes fils pour ma cause , et mourir toi-même quand je l'ai prononcé , voilà la loi : hors de là , tout est rébellion , révolte et crime de lèse-majesté. >•
Les lois se ressentent des mœurs des gens qui les font. Si les vautours et les pigeons devenaient législateurs , leurs lois seraient probablement différentes. Malheureusement les mœurs des hommes qui se sont arrogés le droit de faire des lois , tenaient plus du naturel des oiseaux de proie que de celui des colombes.
Les lois ont été faites selon les tems et les besoins ; quand les tems sont changés , ces lois du moment doivent faire place aux lois étemelles
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de la morale et de la raison. « Voyez Paris , dit Voltaire : le quartier de Saint-Pierre-aux-Bœufs^ celui de la Halle, contrastent avec le Louvre et les Tuileries. Voilà Tiniage des lois dans la plupart des états modernes ; on les a faites à mesure , au hasard , irrégulièrement , comme on bâtissait les villes , comme Londres avait été construite avant d'être brûlée : elle n'est devenue une ville régulière et habitable que depuis ce grand désastre. » La révolutioii de France a détruit le gothique édifice de la vieille jurisprudence de cette monarchie. Cent coutumes bizarres, mille lois contradictoires , ont été dévorées dans cette grande conflagration politique. La charte et des codes réguliers , quoique imparfaits , sont la ville nouvelle que les partisans du quartier Saint-Pierre-aux-Bœufs s'efforcent de rebâtir ; m^is Dieu leur a envoyé la confusion des langues. La tour des fous ne sera point réédifiée.