‹ La morale appliquée a la politique, pour servir d'introduction aux observations sur les moeursChapitre 100 sur 116 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Suite du même sujet.

C'est surtout en comparant la sociëtë i eUemême à deux époques différentes , en établissant ce parallèle entre les divers états dont elle se compose , qu'on pourra juger d'un coup d'œil du prodigieux changement qui s'est opéré dans les mœurs.'

Tels étaient en France la force et raveuglcment de certains préjugés, que le commerce , le premier moyen et le plus sûr garant de la prospcrité des états , la source de l'industrie , de l'abondance et de la paix , était frappé d'une sorte de réprobation , et que ceux qui l'exerçaient n'avaient d'autre but que d'y amasser le plus promptcment possible l'argent nécessaire pour en sortir, et acheter, avec le titre Hicuyer^ le droit de vivre noblement : ce qui voulait dire sans rien faire.

En vain les Anglais avaient donné T exemple d'une politique plus habile , en relevant la dignité du commerce : les grands seigneurs , avides d'acquérir un grand crédit sur le peuple , étaient presque tous membres d'un corps de métier, et des ducs, des comtes, ne dédaignaient pas d'ajouter à leurs titres celui de char^ pentier, de serrurier ^ de maçon.

Parmi nous , la révolution n'a point popularisé la noblesse , mais elle a anobli le commerce. Les négocians français ont pris un des premiers rangs dans cette grande république industrielle dont les membres , dispersés sur tous les points de l'Europe , y forment une chaîne de communication entre les différens peuples. Les spéculations du commerce, non-seulement ne sont plus individuelles comme elles étaient jadis , mais presque toutes sont dirigées dans l'intérêt de la chose publique , et donnent à ceux qui les conduisent toute la considération qui s'attache à de grands services rendus à la patrie. On aurait de la peine à citer une seule entre-* prise utile aux arts, aux sciences et aux lettres, qui n'ait trouvé secours et protection dans le

chef d'une des grandes maisons de Paris ; on n'oubliera pas ,que c^est à M. Lafitte que la France littéraire est redevable de cette ma^fique édition des classiques latins qui majoquait à notre littérature.

Les gens de finances, que Henri IV avait surnommés les croquons , étaient la boMe et la plaie de Tétat ; le fumier ^de leurs rkbes^es , que les nobles répandaient à pleines mains spr leurs terres appauvries y n'avait servi qu'à fortifier la corruption. L'orage révolutionnaire a épure les richesses aux mains de ceux qui les possèdent 9 et la plupart en :font un noble usage.

Dans la robe , je dois en convenir, la conir paraisoxi est tout en faveur de l'ancienne ma* gi^rature : autrefois Je vice était i^ns les lois , et la vertu dans leurs organes ; autrefois les lois étaient effrayantes et les magistrats rassurans ; autrefois la justice ét^it rendue par des juges jndépendans Auj ourd'hui

JiC n'établirai pas de parallèle entre les hommes d'épée de l'époque actuelle et ceux des tems qui ont précédé la révolution ; il suffit de dire que nos guerriers contemporains ont acquis , en vingt

ans , plus de gloire à nos armes qu^ elles B^en avaient obtenu en dix siècles des exploits réunis de nos ancêtres.

L'esprit des gens d'église n^est point changé : même intolérance, même appélit du pouT(»r temporel, même honrearJes lumières, même disposition à se soustraire à la loi -coiiimiHie ; cependant le clergé d'aujourd'hui , en 4écla^ mant contre les plaisirs , ne donne pas comme autrefois Texempl^ dç la débauche et d'aune «^ iroyable corruption de moeurs ; tous les évêqoes ne résident pas k Pm& , et si les cardinaux ont des maîtresses, elles ne prennent pas le titre d'émiiicnce.

Les courtisans sont identiquement les mêmes ; ils ont acquis cette espèce de perfection que le régent définissait une manière d'être sans hon^ neuret sans humeur ; seulement leurs vices sont plus laids par la raison qu'ils sont plus vieux.

De ce coup d'oeil rapide jeté sur la société , il est impossible de ne point conclure qu'un grand et salutaire changement s'est fait dans nos moeurs ; que cette amélioration est le résultat du progrès des lumières , de la répartition plus égale des fortunes , des lois mises à l'abri de

Tarbitraire , et de cet esprit du siècle , dont le triomphe complet a peut-être besoin de voir dis- {)arattre les restes d'une génération dont les préjugés seuls attestent Texistence ; comme ur. lierre yivace laisse des traces de végétation sur l'arbre mort dont il embrasse le tronc dépouillé. i Les progrès que j'ai signalés sont surtout re- ' marquables chez les femmes ; à toutes les épo- -ques, elles se lient si étroitement à Tbistoire des ! moeurs de notre nation , que ) ai cru devoir examiner , dans un livre qui leur est consacré , quelle 4 été leur influence sur les mœurs actuelles. ]

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