CHAPITRE VI
Des Femmes au tems de la cheTalerie.
En continuant à parcourir ces premiers tems de notre histoire , qu'il faut compter comme les Gaulois comptaient leurs années, par nuits et non par jours, il serait aisé de prouver que si quelque trace de bonté , de générosité , de grandeur, se montre de loin à loin à ces tristes époques, c^est presque toujours à Tintervention d'une femme qu'on doit Tattribuer.
C'est surtout aux siècles déplorables de cette chevalerie , si ridiculement vantés , que l'influence des femmes sur les mœurs nationales devient plus nécessaire et plus sensible : IV mour se mêle au fanatisme pour en adoucir les fureurs ; la galanterie dans les mœurs en polit la grossièreté.
Les forteresses féodales hérissaient le sol, mais la beauté qu'elles renfermaient imposait
APPLIQUÉE A LÀ POLITIQUE. 36 r
àes devoirs aux guerriers qui les défendaient et à ceux qui voulaient s'en rendre maîtres : c'était peu de combattre , il fallait vaincre ; c'était peu de vaincre , il fallait plaire, et Ton ne plaisait aux femmes de ce tems-là qu'avec de la valeur , de la franchise et de la gaité.
La vengeance et la haine régnaient surtout dans les lieux d'où les femmes étaient bannies ; aussi Pépin d'Héristal ne trouva-t-il d'autre moyen de rendre la paix à un couvent de jeunes moines , que la discorde était au moment d'ensanglanter, qu'en mettant sa maîtresse Âmazène à la tête de ces bons religieux.
Au milieu des croisades , sur la terre infidèle où leurs femmes ne les avaient pas suivis, celles-ci ne furent point étrangères à la conduite des guerriers français dans la Palestine. "^
Dans ce tems où la Francp n'était remplie , suivant l'expression de Suger, çue de çeuçes doni les piaris vivaient encore , ne voit-on pas le comte de Soissons et Joinville , au milieu du carnage de la bataille de la Massourc , appeler en riant leurs dames à leur secours ; déjà le premier était couvert de blessures : « Sénéchal ,
M dit-il à Joinville , si poussons en échapper ^ par- » lerons vous et moi de cett^ journée en chambre M deçant les dames, >»