CHAPITRE XIV
Têtes mises à prix.
On doit cette justice au pouvoir absolu, que c^est celui qui s'entend le mieux au commerce des têtes humaines. Le prix de cette parure des palais du despotisme est très-bien réglé en Turquie ; il varie peu , et la Sublime-Porte s'en fournit à bon compte.
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Elles coûtent plus cher dans nos états d'Occident. Outre l'argent qu'il faut donner , les monarques sont quelquefois obligés d'ajouter àes titres de noblesse , comme fit le roi d'Espagne , Philippe IV , pour avoir celle du prince d'Orange, qu'il n'eut cependant pas la satisfaction de se procurer à ce prix.
Il y a peu de délais entre la condamnation et le supplice dans la pluparl àes législations modemeSy Cependant, pour abréger ces délais trop longs encore au gré de leur impatience sanguinaire , les criminalistes de révolution et de circonstance ont mis les têtes à prix , tantôt avant, tantôt aprè^ le jugement. Le bras de chaque citoyen a été légalement armé par eux de la hache du bourreau ou du poignard de l'assassin , et si l'usage du poison ne leur a pas été ordonné , du moins ne leur a-t-il pas été interdit formellement.
De cette faculté législative de mise hors ta loi\ est né ce droit prétendu de tuer 1 homme qui fuit devant la force armée , droit exécrable qui rend tout sbire , tout alguasil , tout suppôt de justice , juge des circonstances dans lesquelles U lui est permis de donner la mort , e
APPLIQUÉE A LA POLITIQUE. yS
d'abréger toutes les procédures en les remplaçant par un procès- verbal.
Si les Cannibales ont une législation criminelle , il est impossible qu'elle renferme des dispositions à la fois plus atroces et plus immor raie que celles de la plupart des peuples civilisés de TEurope.