‹ La morale appliquée a la politique, pour servir d'introduction aux observations sur les moeursChapitre 27 sur 116 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Des Amnisties.

. Quand les vengeances sent assouvies , et que les bras sont las de frapper ; lorsque l'horreur des supplices a rempli tous les cœurs d^une vive indignation , et que la patience des peuples parait épuisée , la politique fait succéder aux proscriptions générales les proscriptions individuelles, et les amnisties aux lois de colère. Ainsi la cour d'Espagne , et son bourreau militaire et diplomatique le duc d'Albe ayant fait périr par Tépée des soldats et la hache des bourreaux un grand nombre des habitans des provinces belges, qu'ils avaient soulevées par des impôts excessifs et d'intolérables exactions , publie une amnistie ( perdona ) pour tous ceux qui avaient pris part à ces soulèvemens. Mais , les ministres du culte protestant . ceux qui les

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avaient inlroduifs dans les Pays-Bas , ceux qiA les amient logis, ceux qui avaient assisté à leurs prédications ; tous les bannis pour rébellion , tous ceux qui amient donné leur gssentiment aux requêtes dressées par le passé contre la religion catholique et le service du roi ; tous ceux qui avaient été , au tems des révoltes , ou conseillers , ou sénateurs , ou syndics , ou magistrats , ou gouverneurs , ou secrétaires, ou procureurs , ou avocats des villes , furent exclus de ce pardon général ; le roi se réservant en outre de confirmer ou d'infirmer à sa volonté , de maintenir ou d'abolir les privilèges des étals , ordres , collèges, corporations et cités : ce dont le duc d'Albe , son lieutenant- général , serait légitime juge. Après des dispositions si clémentes , et chacun devant être satisfait , il était bien juste que les femmes qui écrivaient à leurs maris pour les aider; les pères qui se mettaient en devoir de secourir leurs enfans déclarés rebelles , soit en les recevant ou retirant dans leur maison , soit en leur facilitant les moyens de se sauver en Angleterre ,yi^5i^/7/ condamnés à mort et leurs biens acquis au fisc.

Ces dérisions du pouvoir, cet usage horrible,

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^mpie , des mots de clémence et de miséricorde pour exercer , sous des apparences de douceur , des actes de vengeance et de sévérité , nous les avons vus se renouveler de nos jours ; l'époque n est pas éloignée, des montagnes seules séparent de nous le royaume où il a été dit : <« Am- » nistie pleine et entière est accordée : les peines » sont remises à ceux qui ont pris part aux * excès qui ont eu pour but de renverser le » gouvernement établi dans ce pays. ... . Mais j » ceux dans la maison desquels il a été tenu » des assemblées ; ceux qui ont ébranlé la fidé- M lité des troupes par de V argent , des promesses » ou de fausses nouvelles ; ceux qui , par des » écrits , tant imprimés que manuscrits , ont in- >» sinué le mépris des lois anciennes et proposé de » nouvelles formes de gouvernement; ceux qui , » par une insubordination manifeste , prirent le » commandement des corps ou des places fortes , » ou se sont opposés , par la force et la violence , » à la publication de nos ordonnances ; ceux qui » se déclarèrent chefs directs ou membres du » conseil des rebelles ; ceux qui , préposés à fins- » iruction et à la surveillance de la jeunesse , ront » égarée et lui ont fait prendre part aux aitrou-

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>» pemens ; enfin ceux qui , pour prolonger et » soutenir la révolte , se seraient rendus coupables » d'' extorsions de deniers des caisses publiques ou » d'impositions arbitraires, sont exclus du bénéfice » de ce pardon général, et des poursuites continuent ront d'être exercées contre eux . Le prince , écou- » tant POUR TOUS les autres les sentimens de » son cœur paternel , mu par l'espérance de » remettre, par ses bienfaits, sur le chemin » de Thonneur les hommes ëgarës, couvre » leur faute par un généreux pardon. En con- » SEQUENCE , les employés , tant civils que mili- » taires , admis à jouir de r amnistie , sont déchus *» de leurs charges j emplois f et\déclarés pour » l'avenir incapables d'occuper aucune fonction » publique ; et les étudians des universités , ad- » mis également au bénéfice de la loi de par- » DON , sont exclus de ces universités , et déclarés n inhabiles à y continuer leurs études, »

Ainsi , partout la douceur est dans les paroles , et la dureté dans les actes ; la vengeance s'y déguise sous le nom de justice. Dans l'impuissance d'exterminer un peuple entier , on établit des catégories, des classes de proscrits ;

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cl, sous prétexte de ne frapper que quelquesuns, tous continuent d'être menaces et frappes.

L'objet des lois pénales doit être le crime ; les personnes ne peuvent être que l'objet des jugemens. Lorsque les lois s'attaquent aux individus, c'est la déclaration de guerre d'un parti qui donne à cette guerre le nom A^ amnistie. Celui qui à dit : « Il est des circonstances fatales où les » gouvememens doivent s'élever au dessus des » lois, frapper, s'il en est besoin, ceux qu'elles. » épargnent ; épargner ceux qu'elles frappent , » séparer le fait du droit , et la justice de ses M formes » , n'a professé que des maximes à l'usage de la tyrannie. Vouloir faire succéder au déluge de maux qu'entraînent les dissensions civiles , un débordement de supplices , c'est le désir insensé d'un fou furieux.

Qu'est-ce qu'une amnistie? c'est un pardon général ; c'est , de la part de celui qui Taccorde, la déclaration formelle qu'il oublie le passé, qu'il le tient comme non avenu, et^u'il ne permet d'en faire aucune recherche. Le jour de son entrée à Paris , Henri IV promit solennellement l'oubli du passé, et, le soir même.

il joua aux cartes avec la duchesse de Montpensier , qui s'était raontrëe sa plus cruelle ennemie : voilà le roi. Personne ne fut excepté du bénéfice de la clémence royale : voilà Tamnistie.

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