CHAPITRE VIL
Suite du même sujet.
Il ne suflit pas que les jugeinens soient équitables, il faut que la nation, que le condamné lai-même , demeurent convaincus que justice a été faite.
' « Les commissions , a dit Jacques Mole , j» sont établies par une politique inhumaine qui » a moins pour objet de punir des crimes que » de décerner des peines arbitraires pour des » offenses particulières. Ge n'est point juger, » c'est assassiner des prévenus que de les mettre » à la discrétion d'hommes qui attendent de la » fortune ou des honneurs de leur vénalité, et » qui prononcent , non à raison des crimes , » mais à raison des personnes. »
Quand Tautorité ne gouverne plus pour tous les sujets, mais seulement pour quelques-uns, elle ne peut imposer silence aux intérêts gêné-
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raux sacrifies à des intérêts de castes ou de corporations, qneparla terreur, et établir la terreur que par les supplices. Les lois et les tribunaux d'exception , les condamnations iniques, sont les moyens que , dans tous les tems , la tyrannie , soit populaire , soit aristocratique , soit monarchique , a employés pour y parvenir ; mais ces moyens sanglans sont aussi ceux qui la poussent le plus rapidement à sa perte ; car personne ne pouvant plus "être rassuré sur ses biens par la légitimité des titres , sur sa vie par Tinnocence des actions , se voit réduit à la défense naturelle. La force ayant été substituée au droit , tous les hommes qu^elle menace sont à leur tour obligés de renoncer au droit pour recourir à la force , tt la société rentre dans le chaos.
M. Boulay de la Meurthe place au premier rang des causes qui amenèrent la révolution d'Angleterre de 16499 l'influence de la cour sur les juges et les jurés , et surtout la création de la haute commission , au moyen de laquelle , sons prétexte de* réprimer Thérésie et le fanatisme , Tinquisition la plus révoltante (ut exercée sur les opinions religieuses ; de la shamhif.
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étoilée f qui poursuivait avec la même tyrannie les opinions politiques, et des commissions mili^ îaires chargées d'appliquer la loi martiale étendue à tous les cas que Ton voulait comprendre sons les termes vagues de troubles et de seditions.
« Le prince qui substitue des juges forcés » aux organes ordinaires de la loi , annonce » le besoin de satisfaire des vengeances , dit '•■ M. Béranger, et la seule différence qu'on » puisse apercevoir entre les ju^és qu'il nomme » et des assassins , c'est que les premiers se » chargent d'infliger la mort en la faisant pré- » céder de la cérémonie d'une sentence , et que I» les derniers la donnent eux-mêmes , et sur-- » le-champ. »
En effet , n'étaient-ils pas des assassins ces commissaires choisis par le tyran Louis XI, pour être les ministres de ses vengeances contre les grands? Quel autre nom que celui d'assassins peut être donné aux membres des chambres ar-^ dénies qui , sous François II , firent impitoy^* blement brûler les calvinistes et toutes les personnes accusées de n'être pas catholiques ? Les commissaires nommés par Richelieu pour cou-
damner le comte de Chalais , le maréchal de Marilhac , le duc de la Vallette , Cinq- Mars , de Thau , ne furent-ils pas les assassins de ces victimes de la férocité d'un digne ministre du roi qui fit entendre ces paroles : « Ceux qui di^ » sent que je ne puis pas donner à mes sujets les » juges qu'il me plaît , sont des ignorans indignes » de posséder leurs charges! » Etaient-ils des juges ou des assassins ceux qu'on vit siéger dans les commissions d,'Orange , dans les tribunaux réçolutionnairei-^ic Nantes, de Lyon, d'Avignon, de Paris?
<c Des volontés et des commissaires , dit fort » bien M. Guizot , sont les conditions du pou- » voir absolu. » O malheureux! qui acceptez ces abominables fonctions , la robe qui vous couvre, ou l'épée que vous portez, ne vous défendra ni des remords , ni de la honte ; vous repoussez en vain ce nom d'assassins qui vous poursuit, que vous lisez dans tous les regards ; il est à jamais inséparable de celui que vous reçûtes de vos aïeux : il y restera attaché tant que le souvenir Je vos crimes vivra dans la mémoire des hommes.
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