IO LA MORALE
M que les sujets peuvent donner, mais à ce » qu^ils doivent donner en effet. »
Je sais qu'il n est pas permis aux peuples de se choisir des intendans pour gérer leurs af-^ faires , et qu'ils doivent payer proportionnellement plus que les particuliers qui ont la liberté du choix ; mais encore faudrait-il que l'entretien de ces gérans n'absorbât pas le revenu de plusieurs provinces , comme cela se voit , par exemple, en Turquie, dans la Perse et les Indes. II ne faudrait pas que, pour maintenir dans l'oisiveté et les jouissances du luxe certains possesseurs de sinécures et des classes entières ^ on fût obligé de retrancha sur ce qui est nécessaire à la vie des classes vouées au travail et à la fatigue.
C'est d'après cette considération que les taxes doivent suivre l'échelle des besoins, ets' accroître dans une proportion plus forte que celle des fortunes, puisque moins les fortunes sont grandes et plus ce qu'on en retranche est pris sur le nécessaire, tandis que chez les riches, l'impôt n'atteint que le superflu ou les besoins factices.
Il n'y a pas de lois qui agissent plus directe-
ment sur les mœurs que celles qui sont relatives aux impôts ; il n'y en a pas non plus auxquelles la sûreté des gouvernemens soit plus intimement liée. L'homme est façonné de telle sorte parles habitudes sociales , qu'il souffre plus patiemment le meurtre que le vol. Les édits bursaux ont occasioné plus de révolutions que les lois de lèse-majesté. C^est contre des taxes excessives et vexatoires , que les Pays-Bas se révoltèrent en 1672 ; que deux fois les Napolitains coururent aux armes , et que tant de troubles ont agité tour à tour les divers états de l'Europe ; l'édit du timbre ouvrit la révolution française.-
Les gouvernemens parlent sans cesse de leurs besoins , et trouvent toujours des gens prêts à les écouter : de tems à autre quelques citoyens généreux exposent les besoins des peuples; mais ceux-là ne sont jamais entendus avec faveur. Le gouvernement paie largement ses avocats ; l'estime publique est l'unique salaire des défenseurs du peuple.