‹ La morale appliquée a la politique, pour servir d'introduction aux observations sur les moeursChapitre 62 sur 116 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la Perception et du Recouvrement des Impôts.

LoRSQU£ Sully fut mis à la tète des finances, les taxes s^ élevaient à près de cent cinquante millions ; il n'en entrait que trente dans les coffres de Tëtat: les gens de finances absorbaient chaque année , en émolumens , gratifications , droits et rapines , cent vingt millions de la fortune publique ^ à vingt-huit francs le marc ; c'est-à-dire plus de deux cent trente millions de francs au taux actuel de l'argent. Tous les efforts de l'ami de Henri IV ne parvinrent à arracher que cinq millions des mains avides auxquelles le recouvrement des taxes avait été imprudemment confié. Cependant , avec ce revenu de trente-cinq millions , Sully parvint, dans l'espace de dix années, k éteindre deux cent millions de dettes , et à mettre en ré-

APPLIQUÉE A LA POLITIQUE. 2l3

serve , dans les coffres du trésor royal , trente millions de livres tournois.

Les impôts , si nombreux , si accablans sous fie règne de Louis XIV, ne produisaient au trésor que cent millions ; tout le reste était dévoré par les vampires du fisc et les mendians de la cour.

Dans ce tems de dévotion et d^immoralité , la milice des traitans avait le droit de pénétrer dans tous les asiles, d'enfoncer toutes les portes qu'elle ne trouvait pas ouvertes. Avide de con-r^ fiscations et d'amendes auxquelles elle avait part, elle venait saisir avec éclat ce qu'elle avait elle-même déposé secrètement et dans l'ombre ; semblables aux agens provocateurs d'une autre époque , les soldats des fermiers généraux poursuivaient le délit dont ils étaient les propres auteurs.

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