CHAPITRE V
De quelques taxes immorales.
II. est des revenus si honteux , qu'on ose à peine en indiquer la source et en faire connaître remploi. Dans quelques royaumes de l'Europe , des akhimistes du fisc mettent les vices en fermentatioii pour en extraire de l'or. Ou assure
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qu^ils tirent jusqu^à trois millions de francs des produits de la prostitution , ce qui ne les empêche pas de parler vertu , de crier contre la corruption du siècle , de vanter leur probité , leur intégrité , d'aller à la messe et de faire leurs pâques.
Vespasien mit un impôt sur les urines ; il disait que Targent qui en provenait n'avait point d'odeur ; les publicains de Rome trouvèrent cette raison excellente.
Nous avons vu des monarques européens se faire marchands de sel , marchands de tabac , marchands de poudre à tirer , en fixer euxmêmes le prix , et défendre sous des peines sévères d'en acheter à ceux qui se chargeaient d'en vendre à meilleur marché.
Tout impôt sur les besoins naturels y toute taxe qui force un homme à retrancher de ce qui est nécessaire à son existence , est immorale. « Le vin est si cher à Paris, dit Montes- » quieu , dans ses Lettres persanes , qu'il sem- » ble qu'on ait entrepris de faire exécuter les » préceptes du Coran qui défend d'en boire. » Mais ce dessein ne concerne que le peuple ; car où le peuple paie moitié de la valeur,
APPLIQUÉE A hk POLITIQUE. 2 1 j
» le riche ne paie qu'un yingtième. C'est k
» renversement du principe qui veut que les
» taxes portent sur W luxe et sur le superflu;
» ces taxes qui' imposent des privations* quo-
» tidiennes ramènent, des excès périodiques ;
D le peuple , qui ne boit pas assez pendant la
» semaine , boit trop le dimanche , et sanctifie
» le jour destiné à la prière par la crapule et
» l'ivrognerie ; il va chercher à bas prix hors
» des barrières, dans ses jours de repos, ce
» qu'il devrait trouver à un prix modéré , pour
» réparer ses forces , dans les heures de travail
» et de fatigues. »>